Entretien avec Aïcha M’Barek & Hafiz Dhaou

Célébration d’Aïcha M’Barek & Hafiz Dhaou ouvre le festival TransDanses à l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône. Entretien avec les deux chorégraphes.

Danser Canal Historique : Comment est née votre cette nouvelle création Célébration ?

Aïcha M’Barek : Quelques semaines avant le confinement, la compagnie était en tournée avec Ces gens là ! Une ambiance clubbing pour une fête grandeur nature et les spectateurs qui envahissaient la scène pour vibrer avec les danseurs. C’était joyeux, formidable ! 

Hafiz Dhaou : Sauf que nous ne pouvions pas imaginer que le confinement allait stopper notre élan, et tout s’est évaporé de façon radicale. Ce fut une période très lourde à vivre. Du coup, nous avons changé notre fusil d’épaule, c'est-à-dire qu’il ne s’agissait plus de parler de rituel comme nous le faisions auparavant, mais d’une célébration. 

DCH Quelle différence entre rituel et célébration ?

Hafiz Dhaou : C’est simple, quand on célèbre, on n’impose pas. Dans le mot célébration on imagine le coté festif. Pour autant, une cérémonie est une communion. 

DCH : Quelles ont été vos inspirations ?

Hafiz Dhaou : Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes. Il traite de l’amour et décrit cette distance nécessaire pour parler de l’absent. Donc nous nous sommes mis au fond du plateau et nous avons ouvert les bras. De là est née la gestuelle de l’étreinte, l'autre devennant comme un poisson qu’on ne peut jamais attraper. Ainsi, toute la scénographie est née de cette posture. 

Aïcha M’Barek : Nous avons travaillé sur l’état de corps pour retrouver des choses simples comme la joie de vivre, des forces vitales éblouissantes, émouvantes. Mais la première étape fut de recréer un lien avec l’équipe et, une fois que les uns et les autres étaient  disponibles, il fallait faire œuvre, accompagner les danseurs et surtout tenter d’oublier ce que l’on venait de subir. 

DCH : Donc vous vous lancez dans un tout nouveau style de pièce.

Hafiz Dhaou : Oui, c’est la première fois que l’on écrit une pièce par fragments. Avant, nous imaginions nos créations en temps séquence où le public était témoin de la métamorphose du corps. Là, on peut se permettre de jongler avec une écriture dramaturgique différente, un ailleurs dominant, un ailleurs du processus, d’où la célébration. Notre langage a changé, mais il n’est pas question de teneurs sombres.Nous sommes dans notre rôle social, politique et poétique. 

DCH : Comment imaginez-vous la scénographie ? 

Aïcha M’Barek : On a mis en lumière le plateau d’une façon assez épurée pour que le corps puisse être le plus lisible possible. La lumière donne l’éclat, un sens et une incarnation au choix d’être ensemble. Il ne faut pas être lourd, ni didactique. Á la guitare électrique, batterie et piano, le musicien et compositeur Jean-Noël Françoise assure en direct une mélancolie joyeuse avec une fibre de métal.

DCH : Et la chorégraphie ? 

Aïcha M’Barek : Avec les trois danseurs, la chorégraphie se déploie entre désir, étreinte et corps à corps retrouvés. L’âme était devenue très fragile et dans notre démarche les interprètes doivent se remettre en jeu, comme renaître après cette épreuve.  

Hafiz Dhaou : Dans Célébration nous avons créé toutes les conditions pour que le public soit avec nous. La direction émotionnelle dépendra de notre rencontre. C’est une invitation à partager quelque chose de particulier, comme le bonheur d’une renaissance. Que les gens viennent au spectacle est un rituel, une communion. Mais depuis ce confinement, nous nous interrogeons sur le fait de savoir ce qui les motive aujourd’hui à assister à une représentation, à avoir le désir de  jongler entre le réel, l’utopie et la rêverie.

Propos recueillis par Sophie Lesort

En création le 16 novembre à l'Espace des Arts de Chalon sur Saône dans le cadre de TransDanses 

En tournée : 20 novembre au CCN de Nantes
31 mars 2022 à l’esplanade du Lac, Divonne-les- bains. 

Conception et chorégraphie : Aïcha M’Barek & Hafiz Dhaou 
Avec : Johanna Madonnet, Stéphanie Pignon, Fabio Dolce 
Musique : Jean-Noël Françoise 
Lumières : Xavier Lazarini 
Costumes : Aïcha M’Barek

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