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Entretien Anne-Sophie Lancelin

Anne-Sophie Lancelin présente Persona, un solo entre contes et étrangeté créé en janvier dernier au festival Faits d'Hiver, et présenté au festival Tours d'Horizons organisé par le CCN de Tours.

Danser Canal Historique : Quelle est l'origine de Persona, votre premier solo ?

Anne-Sopie Lancelin : Un jour j’ai entendu, lors d’un concert, une pièce du compositeur argentin Lucas Fagin, une pièce d’une dizaine de minutes, et j’ai eu tout de suite envie de chorégraphier sur cette musique. Fagin compose aujourd’hui pour l’Ensemble Intercontemporain et d'autres grands ensembles, mais je le connais depuis vingt ans et nous discutons beaucoup au sujet de la musique et de la danse. Je voulais vraiment chorégraphier chaque geste en relation avec sa musique. Et j’ai eu l’idée de danser avec un masque en pierre. Cette pièce est la partie centrale de Persona, mais je sentais que d’autres choses pouvaient découler de cette première danse. Au total il y a huit tableaux, avec différents visages et personnages avec, à chaque fois, une silhouette caractéristique.

DCH : Il ne doit pas être aisé de danser avec un masque en pierre. Pourquoi ce choix et comment ce masque a-t-il été réalisé ?

Anne-Sophie Lancelin : Pour la réalisation du masque, j’ai rencontré le sculpteur Denis Monfleur dans son atelier à Fontenay-sous-Bois. II avait justement créé un masque en pierre. Sauf que celui-ci n’était pas du tout destiné à être porté, mais à être exposé. Il l’a ensuite adapté pour que je puisse le porter. Ce masque est fait en diorite et pèse plusieurs kilogrammes ! La diorite est utilisée pour couper d’autres pierres, c’est un matériau extrêmement dur. Au départ, ce masque était tellement lourd, que je devais le porter pendant seulement deux minutes. Mais je suis finalement montée à dix minutes avec trois apparitions de ce masque, chaque fois de manière différente. Aussi le masque lui-même change de visage. Il me permet d’incarner un géant ou de jouer sur le dédoublement. Ces personnages sont en relation avec le masque. D’autres sont en relation directe avec la danse et c’est mon propre visage qui peut alors trouver une qualité de masque et créer le visage d’une danse ou inversement, c’est une danse qui vient contaminer une idée de visage.

DCH : Comment se relient les huit tableaux entre eux ?

Anne-Sopie Lancelin : D’une part par les musiques, de Fagin, Pink Floyd, Miles Davis et autres et qui ont toutes un lien avec le psychédélisme. Mais il y a aussi des danses sans musique. Chaque danse porte en elle une sorte d’histoire, un petit conte. Et chaque personnage possède une étrangeté.

DCH : Cette construction en petits tableaux pourrait nous faire penser à Mary Wigman, autant que le terme de Persona  peut renvoyer aux théories de C.G. Jung.

Anne-Sopie Lancelin : En effet, il y a parfois un esprit expressionniste, mais pas toujours. Mais il se trouve que j’ai dansé, il n’y a pas longtemps, avec Aurélie Berland dans une pièce où nous interprétions les études wigmaniennes de Gundel Eplinius. Jung m’a également intéressée et j’ai choisi le titre en rapport avec la définition qu’en fait Jung. Mais tout cela n’est pas la direction de recherche dominante, c’est juste présent en sourdine. Il y a beaucoup d’autres matières qui m’ont traversée pendant le processus de création et qui viennent vers moi aujourd’hui encore, quand je danse. La figure du géant est par exemple inspirée de Borges.

DCH : Vous avez été interprète chez Josef Nadj, Thomas Lebrun, Daniel Dobbels… De quelle manière ont-ils une influence sur votre écriture ?

Anne-Sopie Lancelin : Je ressens parfois, à différents moments de ce solo, et c’est ça qui est étrange, la présence fugace de différents chorégraphes avec lesquels j’ai travaillé. Les affinités qui ont défini nos rencontres sont toujours vivantes et quelque chose continue à résonner en moi. Je n’ai cherché ni à les suivre ni à me défaire d’eux. Ce ne sont pas des influences, mais des présences qui m’accompagnent dans mon écriture ou dans les poèmes que j’écris. En fait j’aborde chaque danse comme un poème.

Propos recueillis par Thomas Hahn

Le 16 juin 2022, festival Tours d’Horizons-CCN de Tours
 

 

 

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