En mars, le CN D sous « Occupation artistique »

Le programme Répertoire du CN D présente neuf pièces de Xavier Le Roy, articulées avec d’autres programmes. Concept, ou pas ?

Concept, ou pas ? Ou bien carrément « danse conceptuelle »? Ces concepts-là ne sont que des raccourcis et ce n’est pas ce qu’il cherche, et de toute façon, il ne saurait définir une quelconque danse conceptuelle, dit Xavier Le Roy. Il faut donc que ce soit par ironie, peut-être même par autodérision, qu’il place les neuf pièces de son répertoire qui sont programmées au CN D (du 16 au 29 mars) sous le générique This is not a concept, reprenant le titre de Ceci n’est pas un concept, créé en 2004. Mais il s’agit là d’une pièce imaginaire et immatérielle qui n’existe que par son titre, où « chacun est libre d’en percevoir ce qu’il veut, après en avoir lu le titre. » (1)

Définir l’indéfini…

Pour l’institution, Ceci n’est pas un concept représente une aubaine. Aucune autre pièce n’est aussi simple à programmer et à annoncer - sauf qu’elle doit s‘inscrire entre d’autres pièces de Xavier Le Roy. Elle constitue ici le neuvième spectacle de This is not a concept. Pas de concept donc. Qu’en est-il des titres ? De Sans titre (2014) à Still untitled (2019) et Temporary Title (2015), la recherche de l’indéfini - souvent entre le vivant, la matière, l’humain et l’animal - s’inscrit directement dans les (non-)titres.

Ce concept ou non-concept de l’indéfini touche aussi la question des espaces et des durées. Certaines œuvres programmées peuvent se manifester sous forme éclatée ou étirée, ou bien ne pas se matérialiser du tout (Ceci n’est pas un concept). Si Temporary Title s’étale sur six heures, Still Untitled sera « activé à des dates aléatoires et dans des espaces non-déterminés », à la croisée du spectacle et de l’exposition, où des sculptures vivantes peuvent surgir selon la volonté des interprètes et provoquer des rencontres accidentelles avec le visiteur.

…sans définir l’auteur

La sélection, négociée entre Le Roy, le CN D et les contraintes matérielles et financières, n’est ni un portrait de l’artiste ni une conception conceptuelle, mais composée pour donner aux public la possibilité de découvrir des pièces rarement visibles et qui méritent, autant que certaines autres, de continuer à exister. C’est même cela  qui fait que l’œuvre de Le Roy persiste comme entité vivante et organique. Ce qui n’exclut pas de séduire le public en lui proposant les classiques mythiques, et avant tout Self Unfinished, créé en 1998, et aussi Produit de circonstances, créé un an plus tard.

Dans ses pièces basées sur des œuvres musicales (2), également sélectionnées pour le CN D, Le Roy veut changer le regard et l’ouïe, élargir la perception par « une invitation lancée au public à être attentif aux détails ». (1) La démarche ne se construit donc pas autour d’un concept, mais autour de la question du sensible. Dans Temporary Title, où dix-huit performers, tous dénudés, forment des paysages charnels, végétaux ou minéraux, le spectateur construit lui-même son parcours, entre et sort à son gré au cours des six heures engagées.  Et il est même possible d’engager la conversation avec les interprètes.

Dialogues des univers

Entre les neuf pièces de Xavier Le Roy, on découvre cependant deux intrus de choix. The Family Tree de Claudia Triozzi, créé en 2002, pose son propre regard, loufoque et un brin punk, sur les questions soulevées par Le Roy, à savoir la frontière entre l’animé et l’inanimé, et celle de la relation entre le geste et la musique. S’y ajoutent les textes, la scénographie et les vidéos de Triozzi ainsi que la création musicale de Xavier Boussiron. L’autre compagnie invitée est Grand Magasin, avec deux de leurs vrai-faux spectacles-conférences et leur questionnement humoristique de la relation entre l’action performative et la parole. De Xavier Le Roy à Grand Magasin, c’est le langage même de l’artiste et son adresse au public qui sont au centre de la réflexion.

Occupation artistique et plastique

Comme Still Untitled de Xavier Le Roy s’inscrit dans un contexte d’exposition, la jonction est naturelle entre les spectacles et le volet arts plastiques de cette Occupation artistique. En 2022, le Centre national de arts plastiques (Cnap) s’installera à Pantin, mais commence dès maintenant à s’enraciner, avec une première exposition autour de la notion du dérisoire. Suivra, à l’automne, la participation à une nouvelle Occupation artistique, cette fois autour de La Ribot, artiste associée au CN D. Pour lancer ce temps fort autour de Xavier Le Roy et du Cnap, le désormais traditionnel weekend pour danseurs amateurs, où tous les spectacles et manifestations sont libres d’accès, se déroule les 16 et 17 mars.

Thomas Hahn

https://www.cnd.fr/fr/program/group/1137-repertoire-xavier-le-roy

https://www.cnd.fr/fr/program/group/1254-week-end-ouverture

https://www.cnd.fr/fr/program/1146-danses-partagees

(1) Propos recueillis par Florian Gaité pour le CN D

(2) Le Sacre du printemps (2007) et Salut for Caudwell (2005)

 

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