« De bon augure » de Thomas Lebrun

Une pièce délicate, étincelante et follement drôle ...

Face à un public masqué et dispersé dans la salle du Centre Chorégraphique de Tours, Thomas Lebrun a présenté sa saison avec humour, car expliquait-il, un teaser des différents spectacles est visible dans le hall, sauf qu’il est interdit de s’y rassembler. Idem pour la grande affiche de sa programmation collée sur un mur, que personne n’aura le temps de voir avant de sortir. 

Débuter une soirée sur un éclat de rire est toujours de bon augure. Et c’est justement le titre de sa nouvelle création influencée par les oiseaux, une autre de ses passions. 

« Depuis toujours, les oiseaux inspirent l’ensemble des mondes artistiques. La littérature, la peinture, la photographie, le cinéma, la danse... et particulièrement la musique. Pendant ces quelques mois d’une trêve obligatoire, on s’est étonné d’entendre à nouveau leurs chants résonner et habiter l’environnement qui, soudainement, ne nous appartenait plus... » indique Thomas dans sa feuille de salle. Feuille qui, bien entendu, n’a pas pu être distribuée aux spectateurs…. 

Sur des musiques et des chansons du Moyen-âge à nos jours qui sont plus ou moins en corrélation aves des volatiles, Anne-Emmanuelle Deroo, Raphaël Cottin, Yohann Têté et Thomas Lebrun, dessinent une pièce savoureuse nourrie de mille facettes. 

Entre solos, duos et quatuors, les excellents quatre danseurs déploient une chorégraphie terriblement complexe et précise qui met en exergue les multiples mouvements d’un oiseau. Qu’il picore, soit en plein vol, amoureux ou réjouit, triste ou simplement installé sur une branche à profiter du soleil levant, tout est décrit avec une rare subtilité. 

Une main incurvée semble désigner un œuf si précieux, les bras définissent un battement d’aile, une démarche lourde est sans doute celle d’un cygne ou d’une oie bernache, des sautillements hésitants sont peut-être ceux d’un nouveau né, les grands étirements font ressentir la difficulté d’un envol, les équilibres précaires expliquent l’embarras pour se tenir sur la toute petite brindille et les doigts écartés mentionnent les ailes …  

Non seulement la chorégraphie de Thomas Lebrun prouve à quel point il a passé des heures à guetter et à observer des oiseaux de toutes sortes, mais il conjugue son engouement par le biais de séquences tendres, sensibles, splendides et hilarantes. Eclats de rire avec Thomas déguisé en Nana Mouskouri qui chante un play-black raté sur Coucouroucoucou accompagné par Raphaël et Yohann juste vêtu de slip de bain à fleurs, idem avec Yohann Têté en justaucorps bleu à paillettes. Magnifique et fort émouvante, la mort du cygne dansée par Raphaêl Cottin nu, juste après qu’il se soit retrouvé dos au public à faire frétiller ses fesses comme un moineau heureux. Quant à Anne-Emmanuelle Deroo, elle irradie le plateau. 

Les formidables lumières de Françoise Michel et les costumes très colorés de Kite Vollard complètent à merveille ces tableaux qui mettent en scène le quotidien mystérieux et la fragilité d’une multitude d’oiseaux 

Avec De bon augure, née après cette longue période de gestation due au confinement, Thomas Lebrun propose une pièce délectable d’une grande beauté qui donne des ailes. 

Sophie Lesort

Vu le 7 octobre 2020 au Centre Chorégraphique de Tours

« De bon augure » Chorégraphie : Thomas Lebrun avec la participation des interprètes Raphaël Cottin, Anne-Emmanuelle Deroo, Thomas Lebrun, Yohann Têté  

Création lumière : Françoise Michel 

Création son : Maxime Fabre 

Création costumes: Kite Vollard, Thomas Lebrun 

Musiques : A. Briggs, Anthony & The Johnsons, P. Casals, M.-A. Charpentier, L. Gauty, E. Grieg, S. Iradier, F. Liszt, S. Martel, O. Messiaen, J.-P. Rameau, M. Ravel, T. Rush, F. Schubert 

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