« Danser Schubert au XXIe siècle », avec le Ballet du Rhin

Le Ballet de l’Opéra national du Rhin, dirigé par Bruno Bouché, ouvre sa saison 2021-22 avec un alléchant programme de danseurs chorégraphes inspirés par Schubert. 

« C’est une invitation, pas une commande » spécifie Bruno Bouché, à la tête depuis 2017 du CCN - Ballet de l’Opéra du Rhin. « C’était au printemps dernier, juste après l’annulation des représentations publiques des Ailes du désir. Pour remobiliser la compagnie, j’ai proposé à l’ensemble des danseurs de participer librement à un moment musical et chorégraphique, autour de pièces de leur choix de Franz Schubert ».

Seize d’entre eux soit la moitié de l’effectif ont répondu à l’appel, élaborant au total quinze pièces, interprétées par leurs camarades, qui seront présentées en création mondiale du 12 au 14 octobre à Mulhouse, et les 21 et 22 octobre à Colmar. A la différence des précédents programmes dédiés à un compositeur, initiés par Bruno Bouché à son arrivée à la tête du Ballet (Danser Bach, Mahler, Chostakovitch, Mozart), ces soirées ont donc été conçues comme un espace ouvert, dans lequel chacun a pu s’inscrire selon son désir. « Je ne m’attendais pas à autant de réponses » avoue d’ailleurs le directeur artistique, qui confie avoir toutefois particulièrement encouragé les chorégraphes femmes à se lancer dans l’aventure. Au final, celles-ci sont au nombre de sept, joli score si l’on considère l’habituelle et générale sous représentation féminine dans le champs de l’écriture « de formation académique ». 

Un cadre général a été fixé : la scénographie des quinze pièces est confiée à un seul et même artiste, le peintre Silvère Jarrosson. Ce dernier, ex élève de l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris ayant dû interrompre sa carrière suite à une grave blessure, est évidemment très sensible à l’alliance proposée entre musique, danse et art visuel. Lui qui a trouvé, dans la peinture, « un autre moyen de s’exprimer par le corps », notamment au travers de la réalisation de décors de scène, a imaginé un dispositif composé de panneaux mobiles sur lesquels ses toiles abstraites et puissamment évocatrices sont reproduites « à une échelle immersive ». Adossés au mur comme dans un atelier de peintre, puis progressivement mises en avant sur le plateau, ces éléments modulables suggèrent « un vide prometteur qui ne demande qu’à être investi par la création », et dont les danseurs prennent peu à peu possession. Apport bienvenu, trois étudiants de l’Ecole du Théâtre national de Strasbourg (TNS) ont participé à l’élaboration des décors et des costumes, ajoutant leurs compétences techniques à ce projet collectif. 

Bien entendu les partitions de Schubert, qu’il s’agisse de lieder, d’extraits d’œuvres symphonique et de mouvements de concertos, jouent elles aussi un rôle primordial. Le pianiste et répétiteur du Ballet Bruno Anguera Garcia, qui intervient également en tant qu’interprète, assure la dramaturgie musicale de l’ensemble dans l’esprit d’une Schubertiade, ces réunions musicales intimes, spontanées et éclectiques d’artistes et amis autour du compositeur, qui mêlaient grandes pièces et impromptus. On se promène ainsi entre La Jeune fille et la MortNacht und Traüme ou Le Roi des Aulnes, les mélodies pour voix étant interprétées en direct par le baryton Damien Gastl et la mezzo-soprano Lying Yang.

Reste à citer les seize chorégraphes, dont on attend avec impatience de découvrir les œuvres : Monica Barbotte et Oliver Oguma, Susie Buisson, Christina Cecchini, Noemi Coin, Pierre Doncq, Brett Fukuda, Cauê Frias, Mikhael Kinley-Safronoff, Pierre-Émile Lemieux-Venne, Jesse Lyon, Jean-Philippe Rivière, Marwik Schmitt, Alain Trividic, Julia Weiss, Dongting Xing.

Galerie photo - Répétitions  © Alice Pernao

Certains ont déjà à leur actif quelques pièces, d’autres se lancent pour la première fois. Souhaitons que cette soirée « d’émergence », permette à chacun de faire entendre, dans la diversité assumée des formes et des durées, sa voix singulière et son talent. Un talent qu’il faut, comme le rappelle Bruno Bouché, « nourrir au bon moment et au bon endroit ». 

Isabelle Calabre 

Les 12, 13 et 14 octobre 2021 à 20h à la Sinne à Mulhouse, les 21 et 22 octobre 2021 à 20h au Théâtre de Colmar. 

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