Crise covid : quid des agences artistiques ?

Thierry Duclos et son agence Delta Dance représentent 14 compagnies très internationales. Rencontre. 

Une compagnie qui donne un spectacle dans une autre région ou à l’étranger, c’est bien plus qu’une série de représentations à présenter ou des sièges à occuper dans des trains ou des avions ou encore des chambres d’hôtel. Négocier et organiser une tournée demande à travailler en réseau, à faire des plannings et surtout, en temps de covid-19, à refaire le travail encore et encore, suite aux annulations, aux fermetures de théâtres et de frontières. Plus désormais, obtenir les passes sanitaires des danseurs. 

Tout ce travail est souvent fait par des agents artistiques travaillant comme entreprises privées, donc sans soutien financier direct. Les confinements les ont frappés aussi durement que les compagnies. Thierry Duclos dirige l’agence Delta Danse (anciennement Le Trait d’Union) qui représente le Malandain Ballet Biarritz, le Ballet du Grand Théâtre de Genève, Yacobson Ballet, Alonzo King, Carte Blanche, Ballet de l’Opéra National du Rhin, Aterballetto et tant d’autres. 

Danser Canal Historique : Thierry Duclos, vous avez fondé votre agence de diffusion artistique en 1997. Comment êtes-vous venu à la danse ? 

Thierry Duclos : Après une courte carrière de danseur au Ballet de l’Opéra de Bordeaux – qui était une compagnie de répertoire – j’ai d‘abord suivi d’autres chemins avant de créer mon agence. J’étais décidé à défendre une forme de danse plutôt classique, à un moment ou elle était considérée, en France, comme "has been". Je constatais que cette danse était mal représentée sur le réseau français et je ne trouvais pas ça normal. J’ai donc voulu promouvoir le danseur de ballet, non seulement dans un style académique, mais aussi dans des créations contemporaines, comme à l’époque au Ballet du Rhin avec une pièce de Felix Rückert ou au Ballet de Genève avec une pièce de Gilles Jobin, dans l’idée qu'un axe artistique de l’agence doit rester identifiable pour les programmateurs – soit une danse très écrite avec un certain esthétisme. Actuellement, nous organisons ainsi quelques 230 spectacles par saison. 

DCH : Vous avez choisi le festival Le Temps d’aimer sous la direction artistique de Thierry Malandain pour dévoiler votre nouvelle identité, Delta Danse. Parlez-nous de votre relation avec le Malandain Ballet Biarritz.

Thierry Duclos : C’est un peu notre ADN. C’est avec Malandain que je me suis construit. Cela fait vingt ans que nous travaillons ensemble et notre amitié est profonde. Thierry est un artiste que j’aime défendre particulièrement. Quand je leur ai proposé mes services, je n’avais pas encore créé mon agence et la compagnie s’appelait encore Temps Présent. Il cherchait, pour la diffuser, quelqu’un qui avait déjà son réseau de programmateurs et pouvait rapidement lui apporter des résultats. Trois ans plus tard, il cherchait toujours et nous nous sommes mis d’accord sur un essai. Aujourd’hui nous travaillons ensemble sur environ cinquante dates par an, ce qui revient à environ 70% de leurs représentations en tournée. 

DCH : Vous représentez beaucoup de compagnies internationales, de la Russie aux Etats-Unis et vous organisez des tournées de compagnies françaises à l’étranger. La pandémie et les fermetures des frontières, avec leurs obstacles comme les quarantaines ont dû vous frapper de façon particulièrement dure. Comment avez-vous pu gérer cette situation ? 

Thierry Duclos : Financièrement, nous avons eu la chance que la France ait bien soutenu les entreprises comme la nôtre. Le premier confinement a été terrible parce qu’il a été décidé alors que des tournées étaient en cours. Nous avions beaucoup de monde sur les routes. Beaucoup de projets étaient enclenchés. Heureusement, à ce moment-là, ma trésorerie était bonne. Mais après six semaines environ, les caisses étaient vides. Ensuite nous avons pu bénéficier du chômage partiel et mon équipe a joué le jeu de se tenir prête et de travailler quand cela était nécessaire. Avec cette activité réduite, nous nous sommes mis en position de survie. Et beaucoup de théâtres nous ont défrayés sur des spectacles qui n’ont pas pu se réaliser. L’ensemble de ces aides nous a permis d’être aujourd’hui dans une situation nous autorisant à relancer nos activités de manière sereine. Par contre, côté organisation, les vrais problèmes arrivent maintenant ! Pendant longtemps nous savions que tout était bloqué. Aujourd’hui, la situation est confuse. Et quand on met trente personnes sur une tournée internationale pendant deux mois, if faut se demander combien de temps on va pouvoir tenir sans qu’il y ait des des malades du covid ou des cas contact qui obligeraient à tout arrêter. Nous sommes encore en train d’étudier tout ça. Nous essayons de nous tenir prêts, tout en restant prudents. Nous avons par exemple prévu une tournée, essentiellement en France mais pas que, de la compagnie B.Dance de Taipeh de mi-février à mi-avril 2022. Son directeur, le chorégraphe Po-Cheng Tsai est quelqu’un que je veux vraiment faire découvrir. 

DCH : En effet, vous développez aujourd’hui vos activités en Asie et vous diffusez en Europe la compagnie taïwanaise B.Dance et en même temps le Xiexin Dance Theatre de Beijing. Vous ne craignez donc pas les conflits géopolitiques ? 

Thierry Duclos : J’espère que politiquement, cela ne nous nuira pas. Ce qui m’intéresse, c’est le talent artistique. J’ai deux passeports, comme tous ceux qui voyagent beaucoup professionnellement, et pourrais si nécessaire les affecter aux visites à Shanghai et Taipeh. Il est vrai qu’il sera difficile pour les Taiwanais de se produire en Chine continentale et inversement. Nous avons par ailleurs commencé à nous lancer en Asie juste un mois avant que la pandémie n'ait été découverte. Nous espérons maintenant pouvoir y travailler dès que la situation se sera suffisamment normalisée. 

Propos recueillis par Thomas Hahn

www.ltddanse.com

Les compagnies représentées par Delta Danse en tournée 

A Chaillot Théâtre National de la Danse : 

- Malandain Ballet Biarritz en novembre 2021
- Carte Blanche/Lia Rodrigues en novembre 2021

A la Maison de la Danse, Lyon :

- Ballet du Grand Théâtre de Genève, janvier 2022
- Xiexin Dance Theatre, mai 2022

A Montpellier Danse : 

- Yacobson Ballet, janvier 2022

A Mâcon, Scène nationale : 

- B.Dance, mars 2022

Au Théâtre de Nîmes : 

- Ballet du Grand Théâtre de Genève, avril 2022
- Xiexin Dance Theatre, mai 2022

 

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