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Anne Teresa De Keersmaeker entre au musée

On le sait, la danse tend de plus en plus souvent à s’approprier les procédés du monde de l’art, et la danse a investi les musées depuis les années 60, notamment aux États-Unis, grâce aux Events de Merce Cunningham et à sa suite les post-modernes.

Pourtant, cette fois, il s’agit d’autre chose de plus qu’amener la danse dans un musée, soit, recréer entièrement une pièce pour l’espace et la temporalité muséals.

Work/Travail/Arbeid d’Anne Teresa De Keersmaeker, propose donc de faire voir la danse à l’œuvre, c’est-à-dire, le travail, et en ce sens, son titre est une trouvaille en soi.

Galerie photo Anne Van Aerschot

L’exposition consiste donc à déconstruire une pièce déjà construite soit Vortex Temporum, chorégraphié à partir de l’œuvre éponyme du compositeur français Gérard Grisey pour la transposer et non la transporter au WIELS de Bruxelles. « Nous montrerons en somme comment nous procédons pour monter une pièce, étape par étape. Nous dévoilerons toutes les étapes intermédiaires, non de façon didactique, mais de façon empirique. » nous explique Anne Teresa De Keersmaeker.

Galerie photo Anne Van Aerschot

Sept danseurs de Rosas et six musiciens d’Ictus, ce sont donc prêtés à ce jeu consistant à redéployer les couches de matériel chorégraphique normalement conglomérées dans la pièce initiale d’environ une heure pour étendre le processus aux neuf heures d’ouverture du musée au sein desquelles chaque heure propose un fragment chorégraphique – ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre – jour après jour, semaine après semaine, puisque l’exposition dure neuf semaines. Neuf, on l’aura deviné, étant un chiffre structurant pour la composition d’Anne Teresa De Keersmaeker. Il faut ajouter que l’œuvre de Grisey se prête particulièrement bien à un tel découpage, puisque créateur de la musique « fractale » qui dit assez la décomposition sous la composition, la division sous la somme. En l’occurrence dans Vortex Temporum, il s’agit de développer un motif rudimentaire par des dissolutions et des précipitations du temps et de l’espace dans la dissémination de sept « voix » ou parties instrumentales.

La salle d’exposition devient donc le lieu où la danse apparaît comme vue avec une focale grossissante, le corps du spectateur devenant partie prenante de l’espace du danseur. Il se trouve donc convié à un moment rare où il se trouve dans une proximité, une intimité avec la danse, en découvrant le corps dans ses articulations les plus fines, le mouvement physique dans la beauté de sa simplicité, accompagné de musiciens tout aussi proches qui resserent autour des corps un espace imaginaire.

Les spectateurs du WIELS ont joué le jeu de cette rencontre à la fois impromptue et informelle, mais sans se promener comme il serait naturel lors d’une exposition. La plupart s’asseoient au milieu de la salle, ne sachant pas toujours d’ailleurs, où se poser.

Galerie photo Herman Sorgeloos

Suivant la chorégraphie dévolue à cette heure de la journée, les mouvements sont plus ou moins amples, et demandent donc plus ou moins de place ce qui oblige tout de même le public à certains déplacements. Par contre, on a pu observer qu’au bout d’un moment, même si l’espace scènique se trouve, de fait, déstructuré, puisque le public est réparti dans toute la pièce sans le moindre rapport frontal, il se recrée vite un aspect un peu solennel, d’autant que les enfants qui ont une tendance naturelle à participer, sont vite « remis au pas » par les danseurs ou les musiciens qui semblent soudain dérangés par le dispositif lui-même. Bémol tout de même dommageable dans ce projet muséal.

Dans une autre salle, et à heures fixes cette fois, Anne Teresa De Keersmaeker développait My Breathing is my dancing où le travail de la respiration est rendue palpable non seulement par la danse en expansion d’Anne Teresa et surtout l’Œuvre pour flûte (traversière) de Salvatore Sciarrino interprétée par Chryssi Dimitriou où le souffle et ses modulations est prépondérant. C’est une sorte de retour au naturel d’une danse qui s’ébauche, une sorte d’étude minimaliste du départ du mouvement qui jaillit du silence comme le trait creuse et module l’espace de la page blanche.
Agnès Izrine
14 mai 2015 WIELS, Bruxelles, dans le cadre du Kunsten Festival des Arts
 
L’exposition (dans une version de neuf jours) voyage :
- Centre Pompidou, Paris (26.02 – 06.03.2016)
- Tate Modern, Londres (juillet 2016)
La présentation à Bruxelles est soutenu par :
BNP Paribas Fortis, Fondation BNP Paribas, Rolex Institute, Villo! et les WIELS Patrons
- Les présentations à Paris et à Londres sont soutenues par :
Fondation BNP Paribas, Opéra de Paris, Centre Pompidou, Tate Modern, Sadler’s Wells

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