Amala Dianor, Alioune Diagne, Ladji Koné, Naomi Fall : « Siguifin »

Siguifin est une création à quatre voix qui réunit autour d’Amala Dianor des chorégraphes et danseurs venus du Mali, du Burkina Faso et du Sénégal dans le cadre exceptionnel du Musée de l’Histoire de l’immigration au Palais de la Porte Dorée, piloté par l’Atelier de Paris.

On l’attendait pour June Events 2020, dans le cadre d’Africa 2020, la création a finalement eu lieu en septembre 2021 pour cause de pandémie. 

En Bambara, Siguifin signifie « monstre magique », autrement dit, une chimère assemblant des parties hétéroclites pour composer un être merveilleux. C’est exactement l’essence de cette pièce, portée par Amala Dianor, mais réunissant à ses côtés trois chorégraphes, le Burkinabé Souleymane Ladji Koné, la Malienne Naomi Fall et le Sénégalais Alioune Diagne pour cette création collective. Les neuf interprètes de cette pièce étant originaires de chacun de ces pays.

L’idée qui préside à l’élaboration de Siguifin est de montrer le vivier artistique africain et la créativité chorégraphique de sa jeunesse. C’est pourquoi, si certains danseurs sont des professionnels, d’autres sont encore en formation ou en voie de professionnalisation. 

Le Palais de la Porte Dorée et son hall monumental offre un cadre à la fois grandiose et déjà symbolique à cette chorégraphie en forme de portrait chinois. Car chacune des chorégraphies ici rassemblées en un tout veut dessiner l’Afrique d’aujourd’hui avec ses bonheurs et ses peines, sa vitalité et son bouillonnement. 

Tout commence par l’arrivée des danseuses et danseurs courbés et serrés les uns contre les autres, faisant penser à la fameuse « tortue » de Jules César, soit une figure offensive destinée à briser les lignes ennemies. Rythmée par quelques cris ou d’onomatopées avant que ceux-ci ne se transforment en chant, l’entrée est impressionnante et convoque à la fois une procession peut-être rituelle, une cohésion sociale qui pourrait être celle d’un travail agricole ou d’un rouage, et bien sûr, la métaphore guerrière. L’effet de groupe est aussi saisissant qu’entraînant avec sa pulsation sans répit. Mais peu à peu, ils se détachent les uns des autres, les personnalités de chacun s’affirmant, tandis que le chant prend de l’ampleur, grâce à la voix extraordinaire de la Burkinabé Rama Koné, une danseuse chanteuse au potentiel énorme.

Ce sont des figures issues du hip-hop qui prennent peu à peu le relais, tout en y mêlant une gestuelle venue de danses traditionnelles que l’on devine très diversifiées. Jouant avec brio des isolations et des ralentis, des unissons et des dissociations, ils mènent la danse à un train d’enfer, nous emportant avec eux dans leur voyage chorégraphique entre Mali, Burkina Faso et Sénégal. Nous racontant en un clin d’œil plein d’humour les coupures de courant ou dans le tableau final la lourdeur administrative qui ronge tout le continent, avec des volées de papiers qui finissent par envahir le plateau.

Puisant leur élan vital dans le groupe, notre petite troupe repartira comme elle est venue, laissant derrière elle une joie de vivre et de danser contagieuse pour le public.

Agnès Izrine

Le 16 septembre 2021, Musée de l’Histoire de l’Immigration en partenariat avec l’Atelier de Paris.

1er et 2 février 2022 à POLE SUD - Strasbourg 

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