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Séquence Danse Paris 2026 : un mois pour éprouver le mouvement

Pour sa 14ᵉ édition, du 1ᵉʳ au 24 avril, Séquence Danse Paris affirme plus que jamais la vitalité d’une danse contemporaine en perpétuelle mutation. Fidèle à l’esprit du CENTQUATRE‑PARIS, le festival rassemble des artistes qui bousculent les formes, déplacent les cadres et interrogent la manière dont les corps — individuels ou collectifs — traversent le monde contemporain. Du solo à la pièce de groupe, du hip‑hop au cirque, de la danse‑théâtre aux expérimentations plastiques, cette édition compose un paysage d’une rare diversité.

Les œuvres réunies cette année ont en commun de sonder les liens : liens entre les générations, entre les disciplines, entre les corps qui cherchent ensemble un équilibre ou une résistance. Certaines pièces réactivent des archives chorégraphiques, d’autres s’emparent de gestes venus d’ailleurs — arts martiaux, traditions populaires, pratiques sportives — pour les faire dialoguer avec le présent. Une même pulsation traverse l’ensemble : celle de communautés qui se rassemblent, se confrontent ou se réinventent.

Dans cette constellation, plusieurs propositions dessinent les contours d’un festival attentif aux tensions du monde. Le mois s’ouvre avec The Great Chevalier, où M. Chevalier revisite avec panache l’héritage du Ballet National Folklorique du Luxembourg, entre hommage, déconstruction et virtuosité [lire notre critique]. À quelques heures d’intervalle, Cruel Trop Tard de Tsirihaka Harrivel installe un pas de deux sous haute tension entre une archère et une danseuse, transformant la trajectoire d’une flèche en matière chorégraphique et en méditation sur le risque.

Dans un tout autre registre, WASCO! déploie une énergie collective débridée, où la danse se mêle à une théâtralité joyeuse et à une inventivité plastique qui fait exploser les cadres habituels du plateau pour un premier spectacle interprété exclusivement par des enfants, signé par la chorégraphe Lisbeth Gruwez et le musicien Maarten Van Cauwenberghe [lire notre critique]. À cette effervescence répond l’univers singulier de Camille Boitel et Sève Bernard, qui proposent avec « » une pièce‑énigme où l’instabilité, la métamorphose et le burlesque deviennent moteurs d’un théâtre physique en perpétuelle recomposition [lire notre critique]. Et avec Bal Magnétique, Massimo Fusco imagine une danse d’attraction et de répulsion, un jeu de forces invisibles qui aimante les corps et recompose l’espace [lire notre critique].

Dans cette dynamique d’échos et de circulations, le Ballet national de Marseille dirigé par (LA)HORDE propose avec Roommates un dialogue entre archives et créations, où se croisent des écritures qui ont façonné l’histoire de la compagnie – notamment Claude Brumachon ou Lucinda Childs – et celles qui en dessinent l’avenir tout en affirme une vision politique de la danse, nourrie de soulèvements populaires, de raves et de gestes collectifs. La question de la transmission irrigue également Frames d’Alexander Vantournhout, qui déplace les corps hors du plateau pour mieux interroger la gravité, l’équilibre et la coopération.

Le festival accueille aussi des œuvres où la danse devient un outil de résistance face à l’immobilité du monde. Dans Le Grand Bal, la Compagnie Dyptik imagine une fièvre collective qui emporte huit interprètes vers une révolte libératrice, entre hip‑hop, rituels et pulsations populaires. Avec RAW, Sandrine Lescourant donne voix à quatre danseuses qui racontent leur parcours dans le hip‑hop, entre sororité, luttes et transmission. Enfin, Tendre colère de Christian et François Ben Aïm explore l’énergie du collectif face au chaos, dans une écriture chorale où les déséquilibres deviennent moteurs d’entraide [lire notre critique].

Au terme de ce parcours, Séquence Danse Paris 2026 apparaît comme un festival où les écritures se frottent, se répondent et déplacent nos habitudes de regard. Les artistes invités y composent un paysage contrasté, traversé par des élans de révolte, des gestes de soin, des expérimentations formelles et des récits intimes. Pendant tout le mois d’avril, le CENTQUATRE‑PARIS devient ainsi un lieu où la danse s’invente au présent, dans une attention aiguë au monde et à ceux qui le traversent.

Agnès Izrine

Séquence Danse, au CENTQUATRE PARIS, du 1er au 24 avril 2026.

 

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