Salia Sanou : « Du Désir d’horizons »

Depuis plusieurs années, la fondation African Artist for Development (AAD), en partenariat avec le Haut commissariat aux réfugiés, utilise la danse comme moyen de reconstruction psychologique des populations réfugiées sur le continent africain. Le programme d’AAD « Refugees on the move » prévoit l’organisation d’ateliers dans les camps de réfugiés de huit pays africains en cinq ans. La création de Désirs d’Horizon, de Salia Sanou, est inspirée par des ateliers de danse menés dans ces camps de réfugiés africains et interroge le thème de l’exil.

Galerie photo © Laurent Philippe

La danse est magnifique, sinueuse, forte, profondément originale avec son vocabulaire qui mêle brillamment à la danse contemporaine des accents venus d’ailleurs, que ce soit d’Afrique ou de la vie quotidienne, ou même un sirtaki venu d’on ne sait où. Mais peu importe. Ce qui frappe, dans la pièce de Salia Sanou, c’est qu’avec elle, il peut tout dire. L’attente, l’angoisse, les souvenirs d’une guerre qui n’en finit pas, la difficulté de vivre ensemble et la solidarité…

L’exil, ici, est interrogé depuis le camp de réfugiés, matérialisé par des lits de camps, d’abord empilés puis étalés sur le plateau, objets aussi emblématiques que plastiques, dont l’accumulation est une formidable idée scènographique.

Galerie photo © Laurent Philippe

Les gestes sont donc ceux de la perte et de l’espoir, Du désir d’horizons comme le dit si bien le titre.
Mais l’intelligence de Salia consiste à ne pas appuyer sur le drame de la situation, et au contraire, d’en faire la trame d’un quotidien plutôt joyeux et détaché où la menace est sans cesse embusquée. Les relations de l’individu au groupe sont bien menées, superposant les classes d’êtres et de sentiments. Il y a des uns aux autres, communication, assistante, charité, intelligence, invitation, obstacle, mesure… le tout sans jamais rien concéder à une narration qui se substiturait à la nécessité du mouvement. Le final, qui convoque les mobylettes qui servent à se déplacer dans toute l’Afrique est une idée lumineuse.

Galerie photo © Laurent Philippe

Seul léger bémol sur le texte, pâle copie de Beckett. On regrette vraiment que la compagnie n’ait pu obtenir les droits pour utiliser les textes originaux de Cap au pire ou autres, qui aurait encore accru la grandeur de cette pièce, portée par des interprètes formidables.

Agnès Izrine

Le 29 juin 2016. Chaillot-Théâtre national de la danse
Les 3 et 4 juillet festival Montpellier Danse.

En tournée
13 et 14 septembre : Genève (Suisse) – festival La Bâtie
23 septembre : Limoges – festival des Francophonies
06 octobre : Bordeaux – festival Novart au Casino de Bordeaux
13 octobre : Saint-Brieuc – La Passerelle
18, 19 et 20 novembre : Tremblay en France – Théâtre Louis Aragon en co-accueil avec la MC93 Bobigny
26 novembre : Ouagadougou (Burkina Faso) – Triennale Danse l’Afrique Danse
17 janvier: Mulhouse – La Filature
24 janvier : Foix – L’Estive en collaboration avec le CDC de Toulouse
09 février : Le Creusot – L’Arc Scène nationale
05 mai : Annecy – Bonlieu Scène nationale

Distribution :
conception & chorégraphie Salia Sanou

avec Valentine Carette, Ousseni Dabaré, Catherine Denecy, Jérôme Kaboré, Michaël Nana, Elithia Rabenjamina, Soa Ratsifandrihana, Marius Sawadogo
textes extraits de «Limbes/Limbo, un hommage à Samuel Beckett», de Nancy Huston éditions Actes Sud (2000)

lumière Marie-Christine Soma

scénographie Mathieu Lorry Dupuy

musique Amine Bouhafa

régie générale Rémi Combret

régie lumière Diane Guérin

 

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