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« Fragments of poetics on fire : The Tree » de Carolyn Carlson au Théâtre des Champs Élysées.

Nous nous devions d’assister au dernier spectacle de Carolyn Carlson, The Tree, Fragments of poetics on fire, inspiré de l’œuvre de Bachelard, présenté sur la scène où elle fit ses premiers pas en France peu de temps après l’effervescence de mai 68.

Avec cet hymne à la nature sublimé par la lumière, la musique et le geste, par-delà le verbe, Carolyn Carlson boucle la boucle d’une carrière de six décennies. Avant de dissoudre sa compagnie, elle revient sur les lieux non du crime mais aussi de sa reconnaissance par un jury prestigieux (1) qui lui décerna le titre d’étoile d’or au Festival international de la danse de Paris, en 1968, au Théâtre des Champs-Élysées, où elle se produisit au sein de la troupe d’Alwin Nikolais.

Galerie photos © Frederic Lovino

La pièce se veut un « playdoyer pour le vivant, une réflexion poétique sur l’humanité et la nature, au bord du naufrage ». Elle clôt le cycle inspiré par Gaston Bachelard, débuté par eau (2010), suivi de Pneuma (2014), d’après L’Air et les songes et de Now (2014), d’après La Poétique de l’espace de Gaston Bachelard. C’est l’occasion pour Carolyn Carlson de retrouver le lumiériste Rémi Nicolas (assisté ici de Guillaume Bonneau), de recourir aux thèmes musicaux de son fils, Aleksi Aubry-Carlson, du père de celui-ci, René Aubry, auteur, entre autres, des B.O. de Blue Lady (1983), Steppe (1990) et Signes (1997), ainsi que de la violoniste estonienne actuelle Maarja Nuut et du compositeur baroque Karl Friedrich Abel.

Galerie photos © Frederic Lovino
 

Carlson a conçu la chorégraphie mais aussi la scénographie, claire, épurée, raffinée. Avec la projection de toiles peintes de Gao Xingjian et un minimum d’éléments, d’objets et d’accessoires, elle crée des atmosphères oniriques enveloppant la danse et les neuf danseurs, cinq filles, quatre garçons, élégamment vêtus, les unes de robes claires, les autres de costumes noirs. Tous sont de haut niveau technique (2). La pièce est composée de différentes tableaux, d’autant de métaphores poétiques sur le thème sacré du feu. La lumière de Rémi Nicolas souffle le chaud et froid, des contrastes colorés entre climats méditerranéen et nordique. Un arbre stylisé, côté cour, motif dans la peinture japonaise comme dans celle de Monet, figure représentée par le barong, seigneur de la forêt et roi des esprits dans la danse balinaise, symbolise la permanence de la nature.

Galerie photos © Frederic Lovino

Les paysages sont intérieurs et également sonores. Le calme domine avant la tempête ou, si l’on veut, avant l’embrasement. Le regard des danseurs se tourne vers le ciel lorsque la lumière se met à clignoter de façon inquiétante. La pièce alterne moments de silence et plages sonores d’ampleur relative ; airs anciens et contemporains ; musique planante, minimaliste et staccatos de violon ; le temps est dilaté ; les mouvements, ralentis ou, au contraire, extrêmement vivaces ; les gestes de bras sont arrondis, ceux de la tête et du reste du corps peuvent être impétueux, énergiques et soudains ; le pas tranquille du sage ou du moine Zen soutenu par une canne contraste avec les déplacements rapides, les gestes saccadés, le changements de direction.

Galerie photos © Frederic Lovino

La chorégraphie, comme la musique, est répétitive, cyclique. Elle prend une forme canonique ; les danseurs arrivent un par un ; ils s’expriment en solo ou reprennent une phrase en écho ; ils forment duos et trios et évoluent à l’unisson ; les portés se font en douceur ; les interprètes jouent avec les objets à disposition ;  l’un grimpe sur un tabouret ; l’autre transporte un seau noir ; un troisième use d'une façon absurde d’un portevoix ; un poste de télévision fait office de réchaud ; une femme tient dans ses mains un bouquet de fleurs calcinées ; ils se penchent et tanguent ; ils multiplient entrées et sorties de scène. Comme la nature, la danse demande à être contemplée. La fascination et l’attention portée à chaque geste et à la moindre vibration sont telles que le spectateur ne sent pas le temps passer.

Nicolas Villodre
Vu le 30 janvier 2026 au Théâtre des Champs-Élysées.

(1) Le jury était composé de Georges Auric, Pierre Bertin, Jean-Pierre Bonnefous, André Chamson, Edmonde Charles-Roux, Henri Dutilleux, Philippe Hériat, René Héron de Villefosse, Duc de Maille, Robert Manuel, Duc de Noailles, Pierre-Christian Taittinger et Hubert de Villez.
(2) Distribution : Isida Micani, Chinatsu Kosakatani, Juha Marsalo, Céline Maufroid, Riccardo Meneghini, Yutaka Nakata, Alexis Ochin, Sara Orselli et Sara Simeoni.
 

THE TREE, FRAGMENTS OF POETICS ON FIRE
Pièce pour 9 danseurs (2021)

Distribution
Carolyn Carlson | chorégraphie et scénographie
Aleksi Aubry-Carlson, René Aubry, Maarja Nuut, K. Friedrich Abel | musique
Rémi Nicolas | lumières
Gao Xingjian | peintures projetées
Elise Dulac, Chrystel Zingiro et l’Atelier du Théâtre National 
de Chaillot | costumes
Alexis Ochin, Chinatsu Kosakatani, Juha Marsalo, Céline Maufroid, Riccardo Meneghini, Isida Micani, Yutaka Nakata, Sara Orselli, Sara Simeoni | danseurs

 

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