« Four New Works » de Lucinda Childs
Lucinda Childs, icône de la post-modern dance, propose une série de quatre nouvelles pièces courtes, dont un solo dansé par la chorégraphe elle-même et une création mondiale.
Sous le titre Four New Works se cachent quatre courtes pièces de l’icône de la post-modern dance minimaliste américaine, avec un solo, dansé par la chorégraphe elle-même qui date de 1965, une création mondiale, Distant Figure, et deux autres pièces dont le programme ne nous dit ni quand ni où elles ont été créées, Actus et Timeline. En tout cas, elles sont nommées comme « nouvelles » !
Si nous ne savions pas qu’Actus, duo sur la cantate Actus Tragicus (BWV 106) de Jean-Sébastien Bach enregistré par Norie Takahashi et Björn Lehmann, est signé Lucinda Childs, nous l’aurions immédiatement attribué à George Balanchine comme une sorte de « péché de jeunesse » ou d’étude dans laquelle il aurait mis à l’épreuve ses fameux décalés dans des pas de base, détournés qui se retournent, tours, glissades, le tout un peu mièvre comme ces costumes en voile blanc qui ressemblent à des tuniques antiques. C’est donc une pièce très surprenante pour Childs, dont on suppose, vu son titre, qu’elle est assez actuelle. La chorégraphe a-t-elle voulu retracer son parcours qui s’arrime dans six décennies de créations et donc six décennies d’histoire de la danse ? C’est possible. Car la gestuelle de ce duo est confondante – au double sens du terme !
Géranium 64, une pièce qu’elle créa en 1965 est un solo qu’elle danse elle-même, vêtue d’une combinaison kaki, retenue par une poignée de résistance (de celles que l’on utilise pour la musculation) ce qui lui permet des positions étranges, comme couchée par le vent tel Buster Keaton dans Steamboat Bill. Mais ici, ce n’est pas pour faire rire. Devant un panneau gris matiéré, genre acier brossé, nous voyons peu à peu passer des ombres. Aussitôt, la silhouette de Lucinda, tandis que l’on entend quelques notes de Verklärte Nacht (La Nuit transfigurée) d’Arnold Schönberg, évoque les fantômes du passé. Mais non. Bientôt les voix, les cris et enfin la vidéo devenant nette, nous voici devant une rude partie de football américain. Que penser ? Qu’en 1965, en pleine période contestataire il s’agissait de provoc’ pour critiquer le mâle américain classique ? Aujourd’hui, bien sûr, ça reprend tout son sens, sauf que, pour un œil de 2025, ça reste difficile à décrypter.
Enfin, Timeline sur une musique originale de Hildur Guðnadóttir et Distant Figure la création mondiale sur une musique originale de Philip Glass enregistrée par le formidable pianiste Anton Batagov sont deux pièces pour l’ensemble de la compagnie qui reprennent le vocabulaire chorégraphique si élégant de Lucinda Childs, avec ses brillants contrepoints enserrés dans une fausse répétitivité, et reposant sur la relation étroite à la musique et l’unisson des ensembles le long de lignes droites qui se superposent et se croisent jusqu’à dessiner des voltes, des courbes, des diagonales. Le vocabulaire, relativement restreint, recourt aux pas académiques, sissones, jetés, soubresauts ou déboulés mais qui auraient vrillés ou, au contraire, auraient été contraints par une absence totale de lyrisme ou sans affect ni inconscient, libérée de l’expressivité et des signes de la théâtralité. Simple dans son principe, insondable dans sa complexité. C’est tout le charme de cette chorégraphe. Certes ce n’est pas si « new » mais comment demander à une écriture devenue classique d’être perpétuellement renouvelée.
Agnès Izrine
Chaillot Théatre national de la Danse. Jusqu’au 22 mars. Représentation supplémentaire le 22 à 19h30.
Distribution
Chorégraphie Lucinda Childs
Interprètes Lucinda Childs Dance Company Lucinda Childs, Robert Mark Burke, Katie Dorn, Kyle Gerry, Sharon Milanese, Map Pardo, Lonnie Poupard, Jr., Caitlin Scranton
Musique Johann Sebastian Bach, Philip Glass, Hildur Guðnadóttir
Vidéo Anri Sala
Costumes Nile Baker
Création lumière Sergio Pessanha
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