« A Folia » de Marco Da Silva Ferreira et « Acid Gems » d’Adam Linder
Un double programme qui manie les unissons et les références à la multiplicité des danses avec autant de virtuosité que d’énergie !
Utiliser ce thème des Folies d’Espagne, retravaillé par Luis Pestana, que l’on doit à Arcangelo Corelli et dont il existe plus de cent cinquante variations dans la musique occidentale, à commencer par l’ouverture de ce ballet, à savoir ce célèbre Music for the Funeral of Queen Mary de Henry Purcell, est une excellente idée. La Folia trouve son origine dans des danses rurales portugaises rapides, liées à des rites de fécondité, où l’on portait sur les épaules, des hommes déguisés en femmes. Elle vient aussi du mot « fole » – soufflet et d’un contexte social du XVe siècle où la mélancolie n’a d’égal que la folie des corps. S’inspirant donc de cette pléthore de métaphores qu’il acclimate à notre monde contemporain, il livre une pièce joyeuse, explosive, où Krump et hip-hop jouxtent pas traditionnels, clubbing, et vélocité quasi baroque, où les danses serrées-collées s’arriment à la vigueur populaire. Rapidité d’exécution époustouflante, énergie à tout casser, euphorie percutante marquent les corps vibrants. Bien sûr, on retrouve chez Ferreira ce mélange de style punchy à la mode qui caractérisent La Horde, ou Cogitore et autres...
Après cette traversée énergique en diable de Ferreira, bienvenue sur la planète Acid Gems d’Adam Linder.
Si le chorégraphe australien poursuit avec Acid Gems sa recherche sur l’hybridation des danses, prenant comme référence et idée de départ Jewels de Balanchine, pièce en hommage aux trois grandes écoles de la danse, il dit également souhaiter « faire un massage cardiaque au ballet ». Pari tenu. Un cyclo aux couleurs saturées allant du rose indien au bleu aquatique en passant par le vert pomme, – éclatantes lumières conçues par l’artiste berlinois Shahryar Nashat – des costumes très années 70-80 aux tons d’une surprenante harmonie, jaune, pourpre et vert de gris ... Acid Gems affiche une esthétique plutôt pop. Côté danse : du peps, un vocabulaire virtuose et des ensembles bien boostés.
Dans une gestuelle dynamique et assez athlétique, les danseurs vont s’ébrouer et se déployer, généralement à l’unisson, sous le regard de « watchers » – quatre personnages ainsi nommés par le chorégraphe – juchés sur de hautes chaises d’arbitres ou postes de surveillance. Simples observateurs ? Gardiens ? Maitres de cérémonie ? Leur rôle reste assez énigmatique – un flou voulu par le chorégraphe – d’autant plus qu’ils occultent parfois leur visage de tissus.
Galerie photo © Laurent Philippe
Passant du groupe formant un corps unique et organique, amas compact et ramassé aux lignes épurées et figures géométriques, entrelacs, rondes joyeuses et ribambelles rythmiques, les quatorze interprètes insufflent une bonne dose d’énergie teintée d’humour. L’espace est parfaitement dessiné et exploré dans toutes ses possibilités et l’écriture précise laisse parfois place à quelques ralentis où les danseurs s’échappent de l’ensemble un par un … pour mieux y revenir. Et cette danse qui met le groupe au cœur du sujet, porte et entraîne, rythmée par une musique pulsatile signée Billy Bultheel qui vibre comme un cœur qui bat.
Avec ce programme de choix et une troupe au sommet, le Ballet de Lorraine montre une nouvelle fois son excellence et emporte l’adhésion du public.
A Folia, Agnès Izrine Vu le 7 mars 2024 à l’Opéra national de Nancy.
Acid Gems, Marjolaine Zurfluh Vu le 1er avril 2023 à l’Opéra de Nancy
21, 22 mars à 20h et 23 mars à 15h – Opéra national de Lorraine , Nancy
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