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Festival de Marseille "BLKDOG" de Botis Seva

Figure montante de la scène hip-hop internationale, Botis Seva, explore des émotions sombres dans BLKDOG et construit, avec une danse viscérale, un récit intense.

Ils sont sept, comme dans Le Petit Poucet, et leur destin n’est peut-être pas plus enviable. En tout cas, nous voici conviés dans le monde de l’enfance, mais, comme la scénographie de BLKDOG celui-ci est plutôt gris et noir que bleu et rose. Tout commence par une petite fille tout droit sortie d’un film d’horreur avec sa coiffe sur la tête, chutant sur le côté abattue d’un coup. Six personnages, non pas en quête d’auteur, mais d’eux-mêmes, puisqu’ils sont sans visages, entrent alors en scène, et se lancent dans des variations sur la chute impressionnantes, tant par leur unisson parfait que par la diversité des propositions. Dans cet univers plutôt carcéral, à moins qu’il ne s’agisse du souvenir d’un très mauvais rêve, résonne alors la voix d’une enfant : would you read me a story daddy ? qui immédiatement nous glace les sangs.

La chorégraphie signée Botis Seva et son groupe, intitulé Far from the Norm (loin de toute norme), est extraordinairement bien construite, tant dans son occupation spatiale que dans le vocabulaire, tiré du krump, du hip hop et de son mélange personnel, qu’il développe avec brio. Sauts horizontaux, courses à croupetons qui prend remarquablement son envol, désarticulations spasmodiques et recompositions fascinantes, dans un flux continu de concentration physique, la force et l’habileté des danseurs les faisant bouger dans un unisson saisissant.

La réalité de la vie d'un jeune homme noir qui a grandi dans l'est de Londres se reflète dans les sons en boucle des armes à feu armées tandis que les danseurs pointent sans rien dire deux doigts sur leurs tempes. Mais comment ne pas penser à travers ces scènes de violence, la bande sonore de Torben Sylvest composée de bruit et de fureur, à travers ces bras qui implorent, ces corps qui se plient et se tordent avant de se dissoudre, dans ces injonctions murmurées ou criées à une sorte de scène primitive de viol ou d’inceste ?

Et cette gestuelle ciselée sur mesure, fait mouche pour s’infléchir à un narratif implacable, mais aussi pour ouvrir des voies de dégagement qui permettent d’autres respirations, et surtout d’autres explications.

Et pour en revenir au titre et au petit poucet, il y a ce « Black Dog » qui fait peur à l’enfant, et cette histoire de couronne qui vient coiffer un grand danseur, roi ou père, tout comme un supposé gamin, et nous rappelle le récit d’une enfance dévastée. C’est tout à fait féroce. Car dans tous les cas, il s’agit d’oppression, de soumission, et des effets futurs d’un traumatisme, la violence engendrant la violence, comme semble le suggérer une scène explicitement sexuelle.

Le spectacle est tout à fait bluffant. Non seulement par la maîtrise technique extraordinaire des interprètes, mais aussi par leur plasticité dramaturgique qui leur permet d’incarner tour à tour des ombres ou des gnomes, des adultes effrayants ou des enfants innocents, mais aussi par son écriture qui sait plier un vocabulaire très codifié aux nécessités d’un récit complexe, aux ramifications nombreuses, qui irrigue un univers d'une grande intensité.

Agnès Izrine

Le 1er juillet 2024, Festival de Marseille, Friche de la Belle de Mai.

Distribution

Réalisation et chorégraphie : Botis Seva
Danseur·ses : Jordan Douglas, Hayleigh Sellors, Naïma Souhaïr, Shangomola Edunjobi, Joshua Shanny-Wynter, Rose Sall Sao, Margaux Pourpoint

Directrice de répétition : Victoria Shulungu
Composition musicale : Torben Sylvest
Création lumières : Tom Visser
Création costumes : Ryan Dawson-Laight

 

 

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