« de dIAboli » de Christine Armanger
Le ballet mécanique de Christine Armanger, de dIAboli, explore les nouvelles relations entre danse et technique, mouvement et robotique, corps féminin et objet inanimé ne demandant qu’à l’être.
De même que Maurice Béjart avait surpris son monde, il y a près de soixante ans, avec Messe pour le temps présent, qui visait à faire du ballet ou du spectacle de danse un rituel en faisant appel aux compositeurs Pierre Henry et Michel Colombier, la jeune chorégraphe Christine Armanger nous a proposé, mine de rien, à l’Atelier de Paris, un nouveau type de création mêlant chorégraphie et art dramatique, pas de trois féminin et variation robotique, danse et musique, sur les nappes électroniques, les bruits sourds et les sons blancs de L’Île Re-sonante d’Éliane Radigue qui date de la même époque.
De fait, le site de la compagnie Louve, fondée par la chorégraphe en 2016, précise son intention ici qui est d’« inventer un sabbat pour le temps présent ». Et quoi de plus diabolique pour ce faire de nos jours que de recourir à l’intelligence artificielle ? D’où les majuscules IA incrustées dans le titre plus ou moins crypté de la pièce, livré en latin de messe noire, de dIAboli, qui signifie « du diable » ou « des diables »). En l’occurrence, de trois diablesses ou sorcières enfantées par lui, mi-femmes, mi-bêtes, possédant certains traits caractéristiques. Elles sont séduisantes, de noir vêtues de la tête aux pieds, lesquels sont, faut-il le préciser ? fourchus. Les danseuses encagoulées ont l’allure faunesque, la démarche entravée des porteuses de drag shoes, la gestuelle animale du bouc ou, plus exactement, du chien.
La bête fait son apparition en deuxième partie du show. Après le réveil de ces dames posées en tas au centre de la scène, de moult rampements du trio d’adeptes sur le pvc impeccable et sous la lumière incandescente, d’une série de contorsions complexes, de demi-pointes ou de demi-sabots, de frappes de plateformes sur le plancher, de glissades à quatre ou cinq pattes (la tête servant aussi de point d’appui) et de grimaces somme toute assez convenues, à base de bouches bées, de langues tirées, d’yeux écarquillés, de mimiques que la danse « contemporaine » associe depuis près de vingt ans aux gargouilles, chimères et autres démons de cathédrales.
Un petit chien pas encore trop chaud entre en scène et se livre à une démo de danse on ne peut plus virtuose puisque dépassant les limites humaines. De ces pas, ces positions, ces sauts, ces enchaînements que des chorégraphes comme Cunningham ne pouvaient jusqu’ici que représenter graphiquement – cf. Biped qui date déjà d’un quart de siècle. Le robot, programmé, chargé d’informations et, surtout, apte à réagir illico presto à l’environnement et/ou à la demande, a en effet de quoi ébahir le badaud, sidérer le public, stupéfier les cobayes groupés en demi-cercle prêts à recueillir ses oracles.

La deuxième partie de de dIAboli est plus prosaïque. On passe de la danse au théâtre. Avec, au début du monologue du cabot, des textes intéressants, des auto ou toutou-réflexions sur l’art de l’intelligence artificielle devenue bel et bien réelle. Mais Christine Armanger essaie un peu trop selon nous d’amuser la galerie et le théâtre lui-même prend la forme du chien seule en scène – sans sa laisse. Ou, comme refuseraient sans doute de dire les coproducteurs québécois d’Art chorégraphique et imaginaires numériques : de « stand-up ». L’inquiétude, née Rintintin qui se met à causer, n’a dès lors pour nous plus rien d’étrange.
Nicolas Villodre
Vu le 6 février 2026 à l’Atelier de Paris dans cadre du Festival Faits d'hiver.
Conception, chorégraphie, texte : Christine Armanger
Interprétation : Suzanne Henry, Clémentine Vanlerberghe, Christine Armanger
Lumières et régie générale : Thomas Cany
Son et régie technique : Foucault de Malet
Ingénierie numérique : Martin Tricaud
Regard, scénographie, costumes : Marjolaine Mansot
Diffusion : Emilie Briglia
Musique : L’Île Re-sonante de Eliane Radigue
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