Error message

The file could not be created.

« The Dancer(s) » de François Mauduit

Pour célébrer les vingt années de sa compagnie, le danseur et chorégraphe François Mauduit, nous a repris son magnifique ballet de ballet de 2022, The Dancer(s), composé de tableaux de ballets classiques, de réflexions personnelles sur l’art de Terpsichore et de propos en voix off ayant été tenus par les figures de la danse comme Maurice Béjart, Ghislaine Thesmar, Nicolas Le Riche, Clairemarie Osta. Un spectacle rempli d’humour et de bonne humeur.

Le titre, en anglais (avec un « s » entre parenthèses) nous fait penser à quelques cinédanses : au biopic consacré à Sergueï Polounine, Dancer (2016) de Steven Cantor, à The Dancer / La Danseuse (2016) de Stéphanie di Giusto qui évoquait la vie de Loïe Fuller, à The Dancer (2000) de Frédéric Garson, avec… Mia Frye et, bien sûr, à Dancers (1987) d’Herbert Ross, avec Mikhail Baryshnikov. N’oublions pas Le Danseur (1968), portrait de Jorge Donn réalisé par Maurice Béjart, monté par Germaine Cohen dans le style de la Nouvelle Vague. La structure de The Dancer(s) est d’ailleurs analogue à celle du film de Béjart, lui-même fan de Godard – la réciproque n’étant pas vraie puisque la collaboration entre les deux créateurs fixés en Suisse ne put avoir lieu malgré la tentative de les rapprocher d’amis communs comme François Weyergans ou Freddy Buache. Godard, dont les interprètes interpellaient directement les spectateurs et qui usa célébra Les Rolling Stones en 68 dans One+One (voir)

Galerie photo © D.R.

Le morceau Paint It Black (1966) de ce groupe de rock illustre la deuxième séquence du spectacle de François Mauduit, un passage extrêmement dynamique. Si l’on file la métaphore cinématographique, il n’est pas impossible que le chorégraphe ait apprécié des longs métrages comme Hellzapoppin’ (1941) de H.C. Potter ou Bathing Beauty / Le Bal des sirènes (1944) de George Sidney qui appliquaient, sur le mode comique ou parodique, les concepts d’Abbau (1927) d’Heidegger (que Jacques Derrida traduisit par déconstruction) et de Verfremdung (1936), effet de distanciation brechtien, lesquesl ont inspiré nombre de metteurs en scène de théâtre et quelques chorégraphes contemporains.

Sans aller jusqu’à se démarquer d’une troupe comme les Ballets Trockadero de Monte Carlo qui ont misé sur le second degré et le travestissement, Mauduit a incorporé dans sa suite de danse pure de la distance, de la malice, un certain recul. Le plus étonnant étant que ces ruptures formelles, loin de dissoner, confortent son respect pour le ballet, une passion qui l’habite depuis la plus tendre enfance. Depuis sa découverte du vocabulaire classique lorsqu’il accompagnait sa sœur à ses cours de danse. Une découverte confortée par sa formation à l’école de danse de l’Opéra de Paris, son début de carrière professionnelle dans l’illustre établissement et son travail comme soliste, trois années durant, dans la compagnie de Maurice Béjart. Il dit sur scène s’adressant directement à nous la fascination qu’exerça sur lui un ballet comme La Belle au bois dormant qui le conduisit à visionner jusqu’à l’usure la cassette VHS de la version qu’en donna le Kirov en 1983

Galerie photo © D.R

Idolâtrie et ironie cohabitent dans The Dancer(s). Et cela, dès le début du show, avec la prestation clownesque de Nicolas Lazzaro, performance de danseur mais également de mime qui sollicite a priori, avant que nous n’ayons rien vu, nos applaudissements – obtenus aisément, la salle étant pleine et prête à craquer. Le gag à répétition de « L’Air des bijoux » tiré du Faust (1859) de Gounod (voir), diversement traité, rythme, si besoin est la soirée, se référant à la Castafiore d’Hergé. On remarque que le playback est utilisé à plusieurs reprises comme le faisait d’ailleurs Système Castafiore, la compagnie de danse contemporaine de Marcia Barcellos et Karl Biscuit. Un gag efficace résulte du numéro avec, d’un côté, les danseuses exécutant à la perfection les mouvements d’ensemble du ballet blanc et trois costauds en tenue de basketteurs contrastant sinon contrariant le déroulement chorégraphique.

Galerie photo © D.R

Outre celles des Stones et de Gounod déjà cités, nous avons droit à des musiques de Jean-Sébastien Bach (le concerto n° 1 pour piano et le concerto pour deux violons), d’Hugues le Bars, de Piotr Ilitch Tchaïkovski (La Belle au bois dormant), de Paul Dukas (L'apprenti sorcier). Les interprètes, issus des meilleures écoles (l’Opéra de Paris et les conservatoires nationaux) et de compagnies internationales méritent d’être nommés : Haruka Ariga, Coralie Aulas, Louise Djabrii, Nicolas Lazzaro, Calum Lowden, Géraldine Lucas, Shoiri Matsushima, François Mauduit, Capucine Ogonowski, Vittoria Pellegrino et Nelly Soulages. En dernière partie de soirée, le duo de Vittoria Pellegrino et Nicolas Lazzaro sur l’Adagietto de la Symphonie n° 5 de Gustav Mahler est du plus haut niveau technique et artistique.

Nicolas Villodre
Vu le 9 décembre 2025 au 13e Art, place d’Italie, Paris.

Compagnie chorégraphique François Mauduit
Chorégraphie et mise en scène : François Mauduit.
Avec Haruka Ariga, Coralie Aulas, Louise Djabrii, Nicolas Lazzaro, Calum Lowden, Géraldine Lucas, Shoiri Matsushima, François Mauduit, Capucine Ogonowski, Vittoria Pellegrino, Nelly Soulages, Vittoria Pellegrino et Nicolas Lazzaro

 

Catégories: