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Dalila Belaza lance son « Orage » à la Briqueterie

La Biennale du Val-de-Marne sous les foudres déclenchées par la chorégraphe Dalila Belaza et le guitariste Serge Teyssot-Gay.

La météo artistique avait vu juste : « 20h30 Orage » avaient écrit les G.O. de la Briqueterie sur le tableau, face à l’entrée de la salle. Et le troupeau de spectateurs se mit en marche. Mais les décharges orageuses sont, comme on le sait, quelque peu imprévisibles. Dans la boîte noire d’Ivry-sur-Seine où s’est produite la création officielle (après une avant-première au Pavillon Noir d’Aix-en-Provence), l‘électrisante tension avait pour source le guitariste Serge Teyssot-Gay, ancien protagoniste de Noir Désir, maître d’orage au sein de ses cordes, les doigts tout en contractions et le buste tremblant.


Et même si ses mouvements infimes ne s’adressent jamais directement à Dalila Belaza, les deux performent véritablement en duo, la tension musicale traversant le corps de la danseuse de l’intérieur pour se propager de bout en bout, en chair et en os. Et Belaza est le tonnerre qui devient l’éclair. D’abord comme enracinée, parfois telle une derviche, non tourneuse mais sinueuse. En elle, le mouvement semble s’atomiser comme chez Myriam Gourfink, et Teyssot-Gay produit à la guitare un grondement aussi infernal que celui de Kaspar T.Toeplitz. Mais si à l’intérieur du corps la diffraction est comparable, le geste qui monte à la surface se fait tourbillonnant.

Vers l’inconnu

La micro-agitation accumulée va se transformer en une multitude de gestes et de postures, confirmant le vieux précepte selon lequel nul ne saurait prédire l’endroit où éclatent les orages. Ni dans quelle position Belaza va négocier sa dissolution morphologique, aux abords d’un noir cosmique et sous des cumulus sonores. Se produisent alors de curieux phénomènes perceptifs. Les voix humaines qu’on croit entendre à travers le son presque continu sont-elles réelles ou dues à la distorsion des ondes sonores dans cet ailleurs sensoriel ?
Tout geste de Belaza est des plus furtifs, même quand, dans la pénombre, elle se met à genoux, se couche sur le côté, écarte les bras comme la statue du Christ à Rio ou cherche son équilibre sur un pied. Dans cette suspension de toute idée de forme et de temps, contrôle-t-elle encore ses mouvements ? Jusqu’où ? L’incertitude et les résonances profondes finissent par renvoyer le spectateur vers ses propres abysses, inabordables au quotidien. De nouvelles transcendances s’ouvrent alors, et malgré l’apparente rugosité du paysage sonore, le passage entamé par Belaza propose un voyage en douceur. Vers où ? En direction de sphères inconnues, assurément. « Autre chose en nous que notre mental seul ou que notre corps seul fait l’expérience de la vie », écrit-elle.

 

Paysage en mouvement

Cette expérience dit aussi que tout orage avance vers sa fin. Et soudain, après une quasi-disparition dans le noir et une accalmie musicale, Belaza est de retour. Se tient debout, s’appropriant son corps et l’espace. Se reconstruit. L’ambiance change, tournant quasiment à l’aube, sous un ciel sonore traversé par quelques rayons plus lumineux. Et un corps pouvant tenir en équilibre n’est plus une utopie…
Par un tel Orage, Dalila Belaza perce une voie nouvelle à partir d’un univers qu’elle avait créé en collaboration avec sa sœur Nacera, il y a une quinzaine d’années. Depuis la création de sa compagnie nommée Hiya et ses pérégrinations à travers l’Aveyron et la bourrée (dans Au Cœur) ainsi que son passage par une Rive  décrite comme « hallucinatoire » par Agnès Izrine – [ lire sa critique] – Dalila Belaza se promène aujourd’hui dans des sphères aux dimensions protéiformes dans lesquelles « nous sommes partie intégrante d’un paysage en mouvement », que celui-ci soit corporel, sensoriel ou sonore. Où elle avait ouvert une porte vers l’infini,  Orage  inclus.

Thomas Hahn
Vu le 27 mars 2025 à La Briqueterie - La Biennale de Danse du Val-de-Marne

Conception, direction artistique et chorégraphie Dalila Belaza
Interprétation Dalila Belaza, Serge Teyssot-Gay
Création musicale originale Serge Teyssot-Gay
Création lumière Dalila Belaza
Collaboration à la création costume Christine-Sharmini Tilleke
Confection costume Atelier Osman Bindech
 

 

 
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