« La Confluencia » d’Estévez / Paños y Cía
Le festival flamenco de Nîmes nous a permis de découvrir, salle Bernadette Lafont, la pièce du quintette de Rafael Estévez et Valeriano Paños, La Confluencia (2021) qui alterne solos, duos et mouvements d’ensemble en fusionnant rigoureusement danse traditionnelle, ballet néoclassique et flamenco.
La compagnie d’Estévez et Paños propose un panorama historique du flamenco qui prend ses sources dans les danses anciennes et s’étend jusqu’à la période actuelle. Du flamenco masculin, devrait-on dire, la parité n’ayant pas ici été vraiment recherchée. La playlist musicale et chorégraphique fait se succéder sans interruption palos de base – seguiriyas, soleá, caña, polo, fandangos – et références folkloriques – aurresku, zarabanda, vedenza. Le projet est a priori des plus passionnants, qui relève de l’ethno-chorégraphie. Artistiquement parlant, la réalisation présente selon nous quelques faiblesses qui pourraient être corrigées en restreignant le corpus, clarifiant la structure et limitant la durée de la démonstration.
Ceci dit, la première partie – disons les vingt première minutes – captent l’attention. Les solos des deux chorégraphes-danseurs sont de haut niveau ; chacun jouant dans son propre registre. Valeriano Paños se distingue par sa présence, sa qualité de danse, ses capacités acrobatiques. Rafael Estévez prouve qu’il reste un solide technicien, un épatant claquettiste, qui plus est, bourré d’humour. Le travail de groupe produit alors son effet avec des flexions, des pas glissés latéraux, des saltations propres aux jotas ou aux fandangos dynamiques et bien tournées.
Rafael Estévez est ambivalent, prépotent, omniprésent : à la fois créateur, interprète et maître de ballet, il se tient tantôt au centre du cercle, tantôt à distance de ses partenaires. Il cabotine à l’occasion, se met lui-même en scène et se joue de sa corpulence. Dans un geste burlesque, il se frappe ainsi les fesses, tournant les signes de la virilité flamenca en dérision. N’empêche que sa précision gestuelle rappelle celle de danseurs dotés d’une certaine rondeur mais virtuoses dans leur spécialité – on pense aux tap-dancers Warren Patterson et Al Jackson et au grand bailaor Antonio Montoya Flores, plus connu sous son nom de scène El Farruco. À plusieurs reprises, Valeriano Paños sort du lot tandis que les trois danseurs recrutés paraissent encore un peu tendres. Rafael Estévez nous gratifie d’un zapateado de grande valeur, assis sur une chaise, accompagné simplement du chanteur.
Galerie photo © Sandy Korzekwa et Beatrix Mexi Molnar
Plusieurs tableaux misent sur l’insolite et/ou le symbolique. L’un des danseurs, juché sur une chaise, demeure longtemps immobile ; ses collègues dissimulent à maintes reprises leur visage sous un T-shirt transformé en cagoule ; des poses doloristes rappellent, si besoin était, la dimension tragique du cante jondo ; le groupe mime une exécution capitale avant que le fusillé ne ressuscite ; les cinq danseurs manipulant chacun un foulard blanc comme s’il s’agissait d’une muleta. On ne sait comment interpréter ces images ou allusions politiques. Un passage a cappella, un moment musical bruitiste, des onomatopées rappelant les bols de la danse indienne et le scat du jazz enrichissent fort heureusement l’écoulement.
Nicolas Villodre
Vu le 18 janvier 2026 à 18h, salle Bernadette Lafont du Théâtre de Nîmes.
Direction artistique et chorégraphie : Rafael Estévez et Valeriano Paños
Danseurs : Rafael Estévez, Valeriano Paños, Alberto Sellés, Jorge Morera, Jesús Perona ;
Guitare : Claudio Villanueva
Chant : Francisco Blanco
Percussions : Lito Manez.
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