« Winterreise » d’Angelin Preljocaj

Winterreise, ambitieuse pièce d’Angelin Preljocaj créée il y a un an pour le Ballet de La Scala de Milan, nous donne une leçon de ténèbres de haute volée. La pièce sera à l'affiche du festival Trajectoires les 11 et 12 janvier prochains. À ne pas rater !

Angelin Preljocaj n’a pas choisi la facilité en s’attaquant à Winterreise (Le Voyage d’Hiver), sombre et merveilleux cycle de vingt-quatre lieder de Franz Schubert, une musique très forte, et particulièrement une œuvre vocale, desservant plutôt la danse que la mettant en valeur. Dans ce cas précis, il s’est encore compliqué la tâche en préférant s’accompagner de deux formidables interprètes, un jeune baryton basse, Thomas Tazl et James Vaughan au piano forte. 

Galerie photo © Laurent Philippe

Mais cet amoureux de l’écriture qu’est le chorégraphe a réussi à en faire l’obscur écrin d’une danse chatoyante d’un éclat funébre. Il faut dire que les poèmes de Wilhelm Müller qui composent le livret de ses lieder, raconte la lente agonie d’un cœur blessé en proie à la mélancolie, selon un arc tendu entre deux morts, avec, à son acmé, comme une lueur d’espoir.

La scénographie suit ce programme, tandis que la chorégraphie nous fait plonger dans les remous de l’âme esseulée, et ses impatiences, ses spasmes vibratiles, ses langueurs torpides, ses élans déchirés.

Galerie photo © Laurent Philippe

« Winter is coming »

Ce Voyage d’hiver composé par Schubert de 31 ans qui pressent sa mort prochaine (il disparaît quelques mois après avoir achevé le cycle de lieder), a inspiré à Preljocaj une composition vibrante toute en chromatisme, fondue au noir, qui dialogue avec la mort. Un thème déjà exploré dans Still Life (2017) qui défiait la vanité des choses par l’éphémère de la danse. Façon peut-être, de transcender l’inexorable, qui commence, pour les danseurs, par un corps vieillissant. Comme pour cette pièce précédente, son vocabulaire s’infléchit vers des figures plus classiques, notamment des attitudes et des développés tout en lenteur, ainsi que des ports de bras plutôt langoureux, tout en conservant une énergie très contemporaine. 

Galerie photo © Laurent Philippe

Il faut dire que la pièce a été créée à l’origine pour les danseurs de la Scala de Milan avant d’être transmise aux danseurs du Ballet Preljocaj. Reste la patte inimitable du chorégraphe avec sa façon très singulière d’enchevêtrer les groupes, d’inventer des trios aussi palpitants que sensuels. A la fin, dans le dernier lied, Der Leiermann, quand le chant se fait souffle et le piano intermittences du cœur, des danseuses légères habillées de linges blancs, nous rappellent que « la vie est un rêve dont la mort nous réveille »*.

Agnès Izrine

Au festival Trajectoires à Nantes
Samedi 11 janvier à 18h et dimanche 12 janvier à 16h au Théâtre Graslin.

*Hodjviri, auteur persan du Xie siècle.

 

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