« Quatuor Tristesse » de Daniel Léveillé

Première en France de Quatuor Tristesse » de Daniel Léveillé au festival June Events. D’une esthétique absolue, la danse révèle la splendeur des corps.

Sur un plateau dépouillé, recouvert seulement d’un tapis de sol carré blanc, entrent trois hommes et une femme totalement nus. Ils sont jeunes et beaux avec leurs corps aux lignes parfaites. C’est la première image de Quatuor Tristesse du chorégraphe québécois Daniel Léveillé joué au théâtre de l’Aquarium dans le cadre de June Events.

Un danseur effectue deux grandes enjambées puis une figure qui relève d’une posture propre à une sculpture. Un autre exécute les mêmes gestes alors qu’à chaque fois les trois autres regardent celui qui est au centre. Ils s’arrêtent un petit temps… Puis reprennent sur le même tempo un par un ou deux par deux des mouvements purs et racés.

En silence ou sur un patchwork de musiques splendides, équilibres, portés sans élan, attitudes, tours… sont toujours ponctués par un stop. Ces courtes phrases scandées par la ponctuation d’un point permettent une observation maximale de la danse, de la savourer, de la contempler.

Elles donnent aussi la possibilité d’entrevoir les difficultés et même parfois les fragilités et faiblesses du corps, mais surtout, grâce à la nudité, d’admirer comment les muscles, tendons, ligaments et attaches agissent, se gonflent lors de rotations et efforts des uns et des autres.

On craint alors qu’ils sortent tous du plateau, qu’ils reviennent habillés. Fort heureusement, il n’en est rien, car la beauté féminine et masculine de ces corps dévêtus développe une profonde émotion.

La rigueur de la chorégraphie de Daniel Léveillé est implacable, radicale, nette, précise et les multiples répétitions engendrent une intense musicalité. Rien n’évoque une certaine forme de sensualité, ni de voyeurisme. Bien au contraire, ce sont essentiellement la vulnérabilité et la transparence de la sincérité du mouvement qui priment.

Grâce à des lumières de Marc Parent, certains tableaux représentent une esthétique splendide. On pourrait se croire aux musées Rodin (Paris) et Camille Claudel (ouvert en 2017 à Nogent-sur-Seine).

Contrairement au titre, dans Quatuor Tristesse, rien n’est véritablement dramatique. On songe plutôt à la solitude, à la douceur et à des instants de vide, mais d’un vide nourri. Et surtout, l’étonnement intervient lors du salut, car les interprètes, qui sont tous excellents, ne sont pas quatre, mais six. Deux femmes et quatre hommes qui ne sont jamais ensemble sur scène mais, effectivement, toujours en quatuor.

Cette pièce magistrale, dont l’écriture chorégraphique d’une grande précision se dessine en pleins et en déliés, est brillante et d’une extrême intelligence.

Sophie Lesort

Spectacle vu à June Events le 12 juin 2018

June Events jusqu’au 22 juin

Solitudes Duo : Le 16 juin aux Rencontres chorégraphiques

Quatuor Tristesse : Chorégraphie : Daniel Léveillé
Interprétation : Mathieu Campeau, Dany Desjardins, Ellen Furey, Esther Gaudette, Justin Gionet et Simon Renaud
Musique : John Dowland, Marin Marais, Luca Marenzio, Claudio Monteverdi, Josquin des Prés, Giovanni Salvatore et Giovanni Maria Trabaci
Lumières : Marc Parent
Assistance à la chorégraphie : Sophie Corriveau

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