Plateau danse dans la Sarthe : Entretien

Dans la Sarthe, à Montval-sur-Loir, deux femmes dynamiques militent pour la danse en milieu rural.

Sophie Jousse, directrice des affaires culturelles et Florence Loison, chorégraphe, s’attèlent depuis plusieurs années à proposer de la danse contemporaine dans des lieux atypiques de la commune.

Dans la Sarthe, Montval-sur-Loir est née en 2016 de la fusion de trois communes : Château-du-Loir, Montabon et Vouvray-sur-Loir. Avec ses 6800 habitants, la mairesse, Béatrice Pavy-Morançais, mise sur la priorité à la culture en milieu rural largement soutenue dans sa démarche par Sophie Jousse, qui, depuis 17 ans, occupe le poste de directrice des affaires culturelles.

Ces deux femmes soutiennent et programment la chorégraphe Florence Loison, artiste associée depuis 2016, pour la création de ses pièces ainsi que pour le Plateau Danse qui signe sa troisième saison du 7 au 9 juin 2019 avec la participation de Thomas Lebrun qui va transmettre une partie de la pièce Lied Ballet aux danseurs amateurs du territoire. Florence Loison joue sa création, Human Scale, la petite échelle du 12 au 17 novembre dans des lieux atypiques de Montval-sur-Loire.

DCH : Quelles sont les infrastructures dont vous disposez ?

Sophie Jousse : Nous avons la chance d’avoir un très joli théâtre à l’italienne et une salle polyvalente. Nous y programmons du théâtre, de la musique, du cirque, des reportages et documentaires et bien évidemment de la danse, soit vingt-cinq spectacles et quarante-cinq représentations culturelles plus la résidence Plateau Danse dont c’est la troisième saison. A noter que de nombreux spectacles s’adressent aux scolaires. Depuis 2014, l’équipe municipale s’est attelée à la réfection de ces lieux et surtout à mettre en place un studio de danse. Ce qui est formidable dans une si petite commune. N’oublions pas la bibliothèque qui dispose dorénavant d’un fond sur la danse et propose des rendez-vous réguliers et des temps forts.

DCH : D’où vous est venu cet attachement pour la danse contemporaine ?

Sophie Jousse : C’est cette formidable rencontre avec la chorégraphe Florence Loison qui habite dans la Sarthe. Elle m’a convaincu qu’il était indispensable de mettre la danse au cœur de la ruralité, de réduire la distance entre les gens et l’œuvre d’art chorégraphique. C’est un engagement que nous construisons ensemble depuis 2016. Florence tient surtout compte du vieillissement du territoire ainsi, l’artiste est la pierre angulaire, un liant entre le service culturel et le public. Elle éprouve le besoin de se confronter aux lieux réels de rencontres humaines et de vie collective en tant qu’artiste. Il s’agit pour cela de sortir des théâtres et d’investir d’autres espaces comme les commerces, des halls d’accueil, des bâtiments industriels, des zones commerciales, des foyers, des vergers...

DCH : En tant que chorégraphe, d’où vous est venue cette idée de présenter votre travail ailleurs que dans un lieu réservé à l’art ?

Florence Loison : Depuis mes débuts, mon parcours artistique s’exprime entre écriture de plateau et écriture performative in-situ. Marquée par la danse grâce aux voyages, j’inscris mon mouvement dans une adaptabilité permanente aux lieux, aux espaces possibles. Mon chemin personnel d’engagement apprécie les endroits sans reconnaissance particulière, mais aussi les corps amateurs, les corps déformés, les corps « en frontières ». Aujourd’hui, je tire le fil de ma dernière création, Human Scale, la petite échelle, pour continuer à développer mon propos artistique autour de la transformation, du genre, de l’âge, de la classe sociale, de la transmission, des rituels, de territoires géographiques inexplorés pour et par les œuvres chorégraphiques et ainsi faire exister la danse là où elle n’existe pas encore. C'est-à-dire que nous danserons à l’hôtel restaurant de la Gare, au bar tabac Le Celtique, dans l’agence du Crédit Mutuel et chez Aro Welding Technologies et ce durant les heures de travail et d’ouverture.

DCH : Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Florence Loison : Elles sont issues de ma formation initiale aux danses d’Afrique à partir de 1997. A cette époque mon parcours s’est inscrit entre la France et le continent africain pendant plus de quinze ans. Puis j’ai complété ma formation en anatomie pour le mouvement puis en danse contemporaine avec des artistes français et étrangers tels que Elizabeth Dalman, Nora Chipaumire, Carole Paimpol, Marie Lenfant, Seydou Boro, Vincent Mantsoé, Jean-Antoine Bigot, David Zambrano… Tout cela m’a apporté une telle richesse que j’ai créé ma compagnie Zutano BaZar en 2005. C’est une plateforme pluridisciplinaire autour du geste ayant pour objectif un travail de création et d’implantation territoriale forte afin de fabriquer des formes multiples mêlant population et lieux pluriels.

DCH : Votre dernière création, Human Scale, la petite échelle, parle du corps vieillissant, pourquoi ?

Florence Loison : À Montval-sur-Loir, le pourcentage de personnes âgées est largement supérieur à celui des moins de 40 ans. La question du rapport à la vieillesse, du lien entre générations, de la cohabitation des corps différents, de la mémoire et de l’histoire sont au cœur des réflexions sur la vie locale.

Human Scale, la petite échelle, une pièce pour trois danseuses, s’interroge sur la transformation du corps dans le rapport au temps. Elle s’écrit à partir d’expérimentations de corps, de rencontres, de témoignages, de collectage et de portraits par le biais de captations vidéos, de traces écrites et dansées, de matières visuelles et sonores diverses. Ce trio féminin investira des endroits de petite taille du 12 au 17 novembre à Montval-sur-Loir pour des représentations gratuites visibles par toute la population. En parallèle de La petite échelle, l’objectif est de poursuivre le travail avec une version pour de plus grands espaces tels que : les gares, les friches et les bâtiments industriels, les lycées, les supermarchés, les gymnases... La création de La grande échelle est prévue pour 2020 avec un sextet.

DCH : Vous dites vous nourrir de la population, c'est-à-dire ?

Florence Loison : Je pratique 90 heures d’intervention par an au lycée professionnel Maréchal Leclerc de Hauteclocque ainsi qu’au Centre Hospitalier de Montval-sur-Loir pour une expérimentation et aussi avec des lycéens de 1ère année CAP Agent Polyvalent de Restauration. J’interviens aussi régulièrement auprès des résidents de l’EHPAD La Pléiade, de personnes en situation de handicap et en milieu carcéral.

DCH : Quelles sont les financements pour de tels projets de créations chorégraphiques ?

Sophie Jousse : Nous avons des subventions de la région, du département et de la municipalité ainsi qu’un mécène, producteur de pommes qui nous autorise à jouer dans son verger. La région nous montre comme modèle parce que d’autres compagnies de danse sont venues s’installer depuis peu sur le territoire. Nous menons aussi un tutorat avec d’autres chorégraphes de renom qui sont proches de nous géographiquement. Soit, Thomas Lebrun directeur du CCN de Tours et Ambra Senatore, directrice du CCN de Nantes. C’est la preuve que nous faisons le lien entre le soutien public et privé de la création artistique. Il s’agit d’un concept innovant adapté à tout type de territoire.

DCH : Quelles conclusion tirez-vous de cette expérience ?

Sophie Jousse : Les formes choisies par Florence cherchent à rendre accessible la danse au plus grand nombre, à questionner les frontières artistiques, humaines, géographiques, réelles ou symboliques. Soutenir ses projets de création est une évidence puisqu’il intègre des valeurs qui nous sont communes et qui vont transformer les modalités de penser l’accès à la culture et à l’art chorégraphique en particulier. Il s’agit d’une rencontre humaine et nous sommes convaincues de l’utilité de la permanence artistique sur un territoire. Cette démarche volontariste, toujours innovante, souvent surprenante, me bouleverse en tant que directrice des affaires culturelles de Montval-sur-Loir. J’encourage fortement tous les audacieux du monde culturel à s’impliquer dans cette aventure artistique. Elle permet de s’interroger sur nos procédés de programmation et d’inscrire les artistes au cœur de nos choix. Une pratique un peu oubliée ces dernières décennies.

Propos recueillis par Sophie Lesort

Dates : du 12 au 17 novembre à Montval-sur-Loir, représentations gratuites à L’hôtel restaurant de la Gare, au bar tabac Le Celtique, au Crédit Mutuel, dans l’entreprise ARO Technologies et un lieu surprise.

Le programme culturel de Montval-sur-Loir

 

Human Scale – (la petite échelle) chorégraphie Florence Loison,

Interprétation : Marjorie Kellen, Marie Dissais, Pauline Yvard
Création vidéo : Jérémy Justice ,Lalunela Post productions
Création sonore : Denis Monjanel
Mise en scène : Pierre Sarzacq
Scénographie et création lumière : Clémentine Pradier
Construction : Loran Pottier - Cie Youplaboum

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