« Oscyl » de Fattoumi-Lamoureux

Oscyl a été créé à Charleville-Mézières, sous les yeux de la Ministre de la Culture. Un ballet ludique et inventif pour sept danseurs et sept sculptures.

Qu’est-ce qu’un danseur ? En quelque sorte, cette question se pose dans chaque création chorégraphique. Mais elle se manifeste avec insistance quand une autre entité physique ou sociale fait irruption sur le plateau, face aux danseurs. On pense à Corinnne Dadat, la technicienne de surface mise en scène par Mohamed El Khatib pour dialoguer avec une jeune ballerine. On se souvient des grues de Mandchourie, les stars dans Light Bird de Luc Petton...

Et maintenant, ceci : Au Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes, Héla Fattoumi et Eric Lamoureux ont activé leurs sept Oscyl, sculptures d’une élégance parfaite et dotées d’une vie intérieure imaginaire. On leur prête d’autant plus facilement cette vitalité secrète que les Oscyl sont creuses, et que leur masse se concentre dans un socle arrondi. Aussi ces culbuto de taille humaine savent osciller autour de leur centre de gravité, mus par une énergie apparemment autonome.

Un Oscyl ne vient jamais seul.e

Œuvre du plasticien et scénographe Stéphane Pauvret, les Oscyl rebondissent sur la sculpture intitulée Entité ailée, créée en 1961 par le plasticien suisse Hans (ou Jean) Arp, proche du mouvement Dada. Chacun.e possède sa propre morphologie et semble réagir différemment à l’énergie cinétique transmise par les danseurs. Mais justement, quel serait le sexe de l’Oscyl ? Le titre choisi par Arp pour son Oscyl originel nous renvoie volontairement à la neutralité de l’ange, alors que l’élégance des lignes élancées et arrondies semble boire à la même source que l’architecture futuriste de Zaha Hadid.

C’est dans la même épure que se déploie une danse ciselée et très graphique, qui doit beaucoup à Trisha Brown. Elle peut aussi rappeler Jonah Bokaer, lui-même de forte obédience cunninghamienne, et bien sûr la danse-contact, car ici rien ne se fait sans partenaire. Chaque tableau réinvente le rapport à l’autre, à la frontière du vivant et de l’inerte. Le rapport à cet « autre » détermine également les échanges entre les corps des danseurs, pleins de délicatesse, de grâce et d’invention. Equilibres à trois, relation de groupe, duos danseur-sculpture, courses-poursuites, portés ou roulades entre danseurs et sculptures...

Une sur-marionnette qui danse ?

Des sept danseurs, chacun entretient une relation spéciale avec « son » Oscyl. Douceur ou violence, intimité, proximité ou distance. On joue, on danse, on dort, on rêve et on se dispute avec ce partenaire aussi réel que fantasmé. L’épure et l’harmonie du geste sont parfaites. Héla Fattoumi et Eric Lamoureux signent ici une pièce qui coule de source et sait éviter l’écueil principal d’une telle recherche, à savoir l’effet « catalogue ».

La réussite tient à la façon dont ils interrogent la nature intérieure du mouvement même, par son ampleur et son énergie. On se souvient de Rodin parlant du mouvement futur contenu dans le geste apparemment figé d’une sculpture, et de Gordon Craig cherchant la sur-marionnette. Sa vision était celle d’un comédien parfait dans son objectivité, car débarrassée des aléas émotionnels des acteurs de son époque.

Il se trouve que l’utopie de Craig, assimilable à un théâtre d’objets ou de marionnettes, se réalise ici dans le domaine de la danse, où il est plus facile de franchir la frontière entre soi et une altérité mentale et physique. L’Oscyl contient tous les mouvements passés et futurs. Sur scène il est même capable d’étirer ou de condenser le temps. Les quatorze entités de la pièce sont ainsi unies dans une légèreté céleste. En agissant ensemble, ils se voient pousser des ailes.

Thomas Hahn

Spectacle vu le 15 septembre 2017, Charleville-Mézières, Salle Bayard, Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes

Chorégraphie : Héla Fattoumi – Éric Lamoureux
Plasticien, scénographe : Stéphane Pauvret
Interprètes : Sarath Amarasingam, Jim Couturier, Robin Lamothe, Bastien Lefèvre ou Mathieu Coulon, Johanna Mandonnet, Clémentine Maubon, Angela Vanoni.
Création lumière : Eric Wurtz
Création costumes : Gwendoline Bouget
Création musicale : Éric Lamoureux assisté de Jean-Noël Françoise

En tournée :

12 octobre17 Arsenal de Metz dans le cadre d’Exp.Edition 2017 – Biennale de la danse Grand Est.

21 novembre 17à 20h00 Espace des arts, Scène nationale à Chalon-sur-Saône au théâtre Port Nord dans le cadre du festival Instances

16 janvier 18à 20h30 Les Scènes du Jura, Scène nationale à Dole

23 janvier 18à 20h30 Le théâtre de Saint-Nazaire, Scène nationale à Saint Nazaire

25 et 26 janvier 18 à 20h00 Maison du Peuple à Belfort, avec Le Granit, Scène nationale de Belfort et en partenariat avec MA, Scène nationale Pays de Montbéliard

30 janvier 18à 20h et 31 janvier 18 à 19h Les 2 Scènes, Scène nationale à Besançon

22 février 18 à 20h30, 23 et 24 février 18 à 19h45 Théâtre National de Chaillot

19 avril 18 à 19h00 La Filature, Scène nationale à Mulhouse

25-26 mai 2018 18 // OSCYL VARIATION // Fête de la nature à Dijon

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