« Oropel » de Carolina Cifras

Pour sa sixième édition, le festival DansFabrik à Brest, offait un focus sur les chorégraphes chiliens. Une initiative salutaire.

« Enquête chorégraphique basée sur la vie quotidienne dans le système néolibéral » Oropel de la chorégraphe chilienne Carolina Cifras, est un spectacle qui dit ce qu’il fait et… qui fait ce qu’il dit ! Réunis sur un petit praticable, les six danseurs en costume argenté bas de gamme esquissent quelques pas de danse « trouvée ». D’une certaine façon, tous les éléments de son propos sont déjà réunis dans cette image (d)étonnante.

Bientôt, bien rangés en ligne, les bras croisés, les voici qui s’escaladent les uns les autres avec une gestuelle ambiguë à souhait : s’agit-il d’écraser les autres par son appétit de pouvoir ou bien d’aider le mieux placé à atteindre son idéal dans un bel élan de solidarité collective ? À mieux y regarder, on s’interroge : sont-ils vraiment « danseurs » ces gens alignés en brochette avec des physiques – non pas diversifiés, à la mode bobo volontaire – mais juste divers, comme dans la vie de tous les jours. Surviennent d’autres tentatives. Il s’agit de s’affubler du plus de chemises à carreau possible, de faire admirer des sneakers belles comme des camions clignotant de tous leurs feux, de feuler de désir ou de changer de T-Shirt comme d’humeur.

Galerie photo © Fabien Cambero

Dans ce quotidien, instable, et parfois cruel, tout rate. Bien sûr. Ou laisse apparaître le dérisoire dans chacun des gestes. Mais, le plus remarquable dans cette chorégraphie est son authenticité. Comme si, volontairement, Carolina Cifras ne cherchait pas à mettre en ordre ce monde à la dérive du chacun pour soi dans une société où règne la loi de la jungle comme… lors d’un jour de soldes ! À la fin d’Oropel, il ne reste rien, seul un T-Shirt jaune porté en étendard nous rappelle que la Révolution sera… vestimentaire !

C’est drôle, c’est intelligent, et c’est profondément politique : Carolina Cifras appliquant à elle-même ce qu’elle dénonce dans sa pièce : le refus du néolibéralisme et le dégoût de la dépense. Elle produit donc une pièce profondément honnête, sans effets, ancrée dans la réalité d’un Chili qui peine à émerger tant il est la proie d’un néolibéralisme qui gangrène toute la sociale démocratie. Ce dont témoigne également, à sa façon, Amanda Piña, présente aussi dans ce DAÑSFABRIK spécial Chili.

Agnès Izrine

Le 4 mars 2017, DAÑSFABRIK, Le Quartz, Brest

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