Olé Khamchanla et Pichet Klunchun : « NEGOTIATION »

Pichet Klunchun et Olé Khamchanla se sont rencontrés en 2007. Depuis, ils ont songé à travailler ensemble et se sont rencontrés de loin en loin avant de s’atteler vraiment à cette création. Onze ans de maturation pour une pièce à découvrir absolument.

Souvent, on oppose tradition et modernité, dans une mise en tension un peu facile et d’ailleurs illusoire. NEGOTIATION qui réunit Pichet Klunchun, maître de Khon, la forme la plus stylisée de danse de masque thaïlandaise, et Olé Khamchanla danseur de hip hop originaire du Laos, dérobe à toute jonction, à toute fusion, une perméabilité subtile de leurs gestuelles.

Commençant solitaires ou plutôt isolés, leurs présences se font pulsatiles tandis que la scénographie invente une géométrie d’ombres et de lumières. De soubresauts en appuis immobiles s’enchaînant en forme de katas inconnus, d’accélérations latérales en déploiements de bras et de mains lentement retournées, surgit une chorégraphie duelle, ou plutôt une rencontre. Dans leurs vrilles et leurs prises, dans leurs échanges de gestes et leurs mystérieux alliages, naît comme une fraternité, ou plutôt ce qu’on voudrait en soi avoir de l’autre.

Sur la musique électro percussive très réussie de Léo Jourdain, fuse un genre de rituel, une marche impressionnante, toute en dislocation et retenue d’Olé, mystérieuse et belle… une torsion du dos de Pichet laisse deviner des chimères et nous montre d’autres mondes. Une narrativité étonnante du geste émane de cette danse pourtant très abstraite à moins que ce ne soit le contraire. Toujours est-il qu’apparaissent esquissés, envolés, oiseaux, insectes, tremblement du vent dans les arbres, animaux fantastiques, nature, nuées et bien d’autres esprits dans ce théâtre d’ombre éclatant.

Se nourrissant de langages, de dynamiques, d’esthétiques qui ont leur histoire et leur géographie, le génie de la chorégraphie tient au déplacement, à la porosité de chaque geste dans l’univers de l’autre et la façon de l’envisager. De ce fait, cette pièce remarquable à tous points de vue, illumine la question du vocabulaire chorégraphique et de son renouvellement.

Agnès Izrine

Vu à la création le 30  janvier à POLE SUD, CDCN Strasboug

À partir du 6 février 2018 au Tarmac dans le cadre du festival Faits d'Hiver

13 mars 2018 – La Halle aux Grains – Scène Nationale / Blois (41) 15-17 mars 2018 – L’Etincelle – Théâtre de la Ville de Rouen (76) 20 mars 2018 – Viadanse – CDC Toulouse (31)

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