« My Rock » de Jean-Claude Gallotta

Créé en 2004, pour l’anniversaire des cinquante ans du rock, puis mûri durant dix ans, My Rock a été représenté pour la première fois dans sa version actuelle en 2015, juste après les attentats du Bataclan. C’est dire combien cette pièce, malgré l’adjectif possessif de son titre, dit une histoire commune qui se confond avec l’histoire tout court.

Et, pourtant, c’est bien « une histoire du rock à ma façon » que conte durant un peu plus d’une heure Jean-Claude Gallotta. Conter est d’ailleurs le mot juste puisque, présent sur scène, le chorégraphe intervient régulièrement comme une sorte de maître de cérémonie, introduisant et commentant au fur et à mesure les morceaux qui s’enchaînent.

La liste de ces derniers dresse un superbe hommage aux grandes figures d’un genre musical né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale aux Etats-Unis, avec Elvis Presley - ce dernier ayant été largement influencé par la musique noire américaine, dont il perpétuera la liberté et l’énergie brute. Mais les années cinquante, c’est aussi la date de naissance de la danse contemporaine puis post-moderne américaine, un courant chorégraphique mené notamment par Merce Cunningham, dont Jean-Claude Gallotta se sentait proche. D’où la jonction heureuse, dans ce spectacle, des notes et des gestes, ceux-ci impeccablement interprétés par les excellents danseurs du Groupe Emile Dubois, dans une symbiose qui trouve écho en chacun de nous.

Certains titres, bien sûr, résonnent plus que d’autres. Comme ce paradoxal duo en silence - un problème de droits d’auteur - consacré aux Beatles, à charge pour les specateurs d’imaginer en fond sonore le titre de leur choix. Ou bien ce pas de deux masculin sur le Sunday Morning de Lou Reed et du Velvet Underground. Et cette évocation de l’Iguane, Iggy Pop, où un danseur solo aligné face au groupe est peu à peu relayé par les autres, dans un fluide passage de relais. Cette séquence d’ensemble est l’une des rares de la pièce, qui se compose principalement d’une succession de duos. C’est là sa signature, élégante et légère, c’est peut-être aussi sa faiblesse. On aurait aimé, en effet, que la force collective et l’effet de masse du rock’n roll, si bien décrites lors des interludes par Gallotta lui-même, s’expriment elles aussi dans la chorégraphie. La réussite des trois ou quatre ‘chorals’ mobilisant l’ensemble de la troupe fait encore plus regretter ce parti-pris.

Ainsi en est-il par exemple lors du final, avec les superbes Gloria de Patti Smith et She’s looking good de Wilson Picke. Enlevés, fiévreux et subtilement mélancoliques, ils font se lever le public qui, à l’invitation de Jean-Claude Gallotta, rejoint après les applaudissements les danseurs sur scène pour une free party joyeuse.

De quoi ouvrir l’appétit et susciter l’envie de voir cette saison, au Théâtre du Rond Point à partir du 16 janvier, la ‘suite’ annoncée de My Rock, au féminin cette fois : My Ladies Rock.

Isabelle Calabre

13 septembre 2017, Gare du Midi Biarritz, Festival Le Temps d’Aimer

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