Montpellier Danse : « Atlas / Etudes » de Michèle Murray

Avec une belle distribution, dans un lieu idéal, la chorégraphe compose un atlas des savoirs et malices, saisi au vif des danses d'aujourd'hui.

Il ne se passe jamais rien de banal dans le studio Bagouet, du Centre chorégraphique national de Montpellier. Conçu en son temps par le chorégraphe qui lui a laissé son nom, cet équipement présente le volume parfait d'une cage de scène, à laquelle le public serait incorporé. C'est incroyablement stable, vaste et posé. Or cela frissone à l'appel de tous les possibles révélés.

On ne pouvait rêver cadre mieux adapté à l'idée que travaille Michèle Murray, dans sa pièce Atlas / Etudes, créée à l'invitation du Festival Montpellier danse (38e édition). Déclinées en deux séries distinctes dans la même journée, dix études s'enchaînent, chacune avec sa durée (aucune de plus de vingt minutes) et selon une distribution renouvelée parmi un riche effectif de sept danseur.se.s au total. Soit une vaste palette dans les répartitions de nombre (du duo à l'ensemble) et de genres.

Galerie photo © Laurent Philippe

Il y a quelque chose du jeu de cartes rebattu dans ce déroulé. Les coupures entre études sont nettement marquées, sur le plateau alors intégralement vidé (et par ailleurs laissé au brut de son noir velouté des lumières de Catherine Noden). Au lancement de chaque étude, les protagonistes s'avancent et prennent place fermement, en position immobile volontiers frontale et centrale. A partir de là s'amorce une variation gestuelle qui a quelque chose de l'éclosion, pour se développer ensuite dans la contamination ou la prolifération. Cet engagement des choses fait événement.

Ne cachons pas les risques ici encourus. La dramaturgie s'en trouve irrémédiablement hachée, sectionnée, et par effet paradoxal, on peut éprouver la sensation d'une relance discursive parfois assez bavarde. On admire le parti pris de ce grand "atlas" chorégraphique, à feuilleter carte après carte. On retient toutefois l'hypothèse qu'un certain sens de la synthèse, du moins la concision, rendrait l'exercice plus incisif (notamment quand cela s'égare, de façon incongrue, dans l'insistance d'un tableau allourdi – un défilé de mode ici, excessivement illustratif, ou une grande nuée de courses façon workshop là, inexpliquablement arbitraire). Enfin il faut mentionner la musique, belle et créative, dans la vaine indus électronisée, de Gerome Nox, et autres emprunts, mais assénée sans répit, parfois accablante d'insistance à l'encontre de la danse.

Galerie photo © Laurent Philippe

Revenons à celle-ci. Selon le principe de relance inventive, évoqué ci-dessius, elle est souvent captivante, parfois grisante. Chaque étude est le prétexte à une remise en jeu, selon des combinatoires, des modes inter-relationnels, des qualités d'écoute, des partages de niveaux énergétiques, incessamment réenvisagés. Un déroulé se propose. On le sent se développer. Mais on ne sait vers où, et au total, une indistinction du but assigné emporte la grande composition d'ensemble.

Cette qualité entre en tension avec la condensation des présences impliquées – très impliquées – des interprètes. Il se passe toujours quelque chose quand une tension œuvre. Impossible de restituer l'abondance des motifs, des situations, des techniques, investis par ces danseur.se.s. Mais une intelligence enjouée émane de cet agencement, qui par ailleurs offre à jouir des traits de personnalités physiques et morales, aussi diverses qu'affirmées, qui y sont mis en jeu. On pourrait parler de sacrées "gueules chorégraphiques", qui font pardonner les accès de cabotinage corporel émaillant ces jeux qui ne sont pas sans théâtralité.

Galerie photo © Laurent Philippe

A rebours de cela, la chorégraphe affirme avoir désiré un « état mental de performeur, dans le choix du ressenti plutôt que dans l'exécution et la représentation. Ils doivent "être" et non pas "jouer". L'écriture instantanée telle qu'ils la pratiquent dans presque toutes les études exige cela ». Là encore en tension salutaire, cet objectif est atteint. On y trouve le sel de l'esprit actuel d'une interprétation contemporaine. Souvent le regard est alors tenu en haleine.

Gérard Mayen

Vu le mercredi 27 juin (en deux parties) au Studio Bagouet des Ursulines, dans le cadre du 38e Festival Montpellier danse.

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