« Marie-Antoinette » de Thierry Malandain

Quatorze tableaux dessinent le portrait de cette Reine qui aimait tant la musique et la danse.

A l’invitation de Laurent Brunner, Thierry Malandain signe la création de Marie-Antoinette dont la première française à l’Opéra Royal du château de Versailles prévue fin mars fut présentée auparavant devant une salle comble au théâtre Kursaal de San Sebastián (Espagne).

Thierry Malandain ne se lance jamais dans un nouvel ouvrage sans avoir auparavant longuement étudié les faits historiques, les tempéraments de ses personnages, les points clés… qui vont lui permettre d’élaborer une œuvre non seulement très lisible, mais qui se situera au plus proche de la vérité.

C’est pourquoi, après de longues réflexions, il lui a semblé impossible de transcrire par le biais du ballet celle qui incarnait le symbole de la royauté et en précipita la chute. « La seule façon pour moi de traiter ce sujet, était de faire de Marie-Antoinette un être humain. La faire exister à ma façon, sans changer l’Histoire. » explique le chorégraphe et directeur du Malandain Ballet Biarritz qui a choisi de limiter l’action et l’horizon du ballet à Versailles.

En quatorze tableaux, la pièce débute avec la première apparition de Marie-Antoinette sur la scène de l’Opéra Royal de Versailles jusqu’à son retrait d’une comédie dont elle était devenue « l’étoile du malheur ».

Dans la fosse, l’orchestre symphonique d’Euskadi dirigé par Mélanie Levy-Thiébaut. Sur scène, un séduisant décor où de grands cadres vert émeraude s’écartent légèrement d’une toile de fond aux teintes pastel.

Sur les musiques de Joseph Haydn et de Gluck, se déploie une pléiade de situations.

L’histoire débute le jour du mariage entre le Dauphin de France âgé de 15 ans et  l’archiduchesse d’Autriche qui n’a que 14 ans. Pour cause d’orage, le festin royal est servi au centre du parterre de l’Opéra Royal en présence de l’Impératrice Marie-Thérèse (Irma Hoffren), Louis XV (Frederik Deberdt), le Dauphin (Mickaël Conte), la Dauphine (Claire Lonchampt) et la famille royale. Dans un style de danse très classique, une gracieuse et délicieuse légèreté du mouvement dépeint parfaitement bien la situation.

Elle est suivie par la nuit de noces qui montre ces deux adolescents plus prompts à s’amuser qu’à consommer leur union. Il leur faudra d’ailleurs attendre sept ans….

Puis, afin de parfaire son éducation, Marie-Antoinette assiste à l’Opéra Royal à une représentation de Persée. Un bal se déroule dans ce même prestigieux endroit quelques jours plus tard. L’intrigue évoque ensuite la liaison entre Louis XV et la Comtesse du Barry, puis la mort du Roi le 10 mai 1774.

S’installe ensuite la véritable personnalité de celle qui devint Reine de France et de Navarre à 18 ans. Coquette, voulant être la mieux parée et la plus admirée, elle ne se refuse rien dans un couplet plein d’humour où de grands éventails dorés portés par ses boys font songer à un show dans un music-hall avec des clins d’œil à Zizi Jeanmaire et son truc en plumes.

Les intrigues, le badinage et son regard sur son époux qu’elle traite de « pauvre homme »  sont aussi clairement dessinés. Enfin, en 1778, le mariage est enfin consommé et Marie-Antoinette donne naissance à Marie-Charlotte, le premier de ses quatre enfants. Sur Orphée et Eurydice de Gluck, ce tableau est l’un des plus émouvants de la série. On y voit le père et la mère attendris devant ce bébé représenté par une petite marionnette en bois. Admiratifs, ils la câlinent, l’admirent et la portent avec une tendre délicatesse.

Devenue mère, la Reine rêve d’une vie simple et champêtre et s’installe au Hameau dans les jardins du Trianon. Ceci est illustré avec ironie par des bergers et bergères accompagnés par des moutons.

Galerie photos © Olivier Houeix

Mais, que s’est-il passé entre la Reine et le séduisant Axel von Fersen (Jeshua Costa) qui participe aux fêtes intimes au Trianon ? Dans un pas de deux très sensuel, Thierry Malandain suggère l’attirance de ces deux êtres.

Enfin, le 5 octobre 1789, poussée par la famine, une foule de Parisiennes marche sur Versailles. Alors que la famille royale est retranchée dans ses appartements, on entend de violents coups de feu, des hurlements de haine et des bruits de saccage. Le destin de la reine va s’accomplir.

Références historiques obligent, Thierry Malandain respecte scrupuleusement l’art du siècle des Lumières. Son écriture chorégraphique classique à souhait est admirablement bien interprétée par les vingt-deux danseurs du ballet. Oui, nous sommes au 18ème siècle et son inventivité habituelle, comme dans Noé et Cendrillon, n'a pas sa place ici.

Les costumes de Jorge Gallardo sont magnifiques. Très féminins pour les femmes, blancs au début, puis dans une gamme de vert (comme dans l’Opéra Royal de Versailles,) et dans des dégradés de couleurs pastel, pour finir tous en noir, la couleur de la déchéance, de la mort.

On peut regretter que la direction d’orchestre manque de dynamisme et donne une impression de répétition. Ceci excepté l’extrait de Gluck qui semble plus inspirer Mélanie Levy-Thiébaut.

Toujours est-il qu’il s’agit d’une très belle pièce, émouvante et délicate sur le plan de la danse qui est continuellement présente, pleine de faste, d’un remarquable esthétisme et dont l’intrigue est très intelligemment narrée. Il est évident que Marie-Antoinette rayonnera dans toute sa splendeur les 29, 30 et 31 mars dans le superbe Opéra Royal de Versailles.

Sophie Lesort

Spectacle vu le 15 février 2019 au théâtre Kursaal à San Sebastián (Espagne)

Marie-Antoinette en première en France les 29, 30 et 31 mars à l’Opéra Royal du château de Versailles

Puis les 5 et 6 avril à l’Opéra de Vichy ; 19 et 20 avril au Grand Théâtre de Bordeaux ; 25 et 26 mai à l’Opéra de Reims ; du 1er au 3 juin et du 7 au 9 août  à la Gare du Midi de Biarritz.

Chorégraphie : Thierry Malandain

Musique : Joseph Haydn et Christoph Willibald Gluck

Décor et costumes : Jorge Gallardo

Conception lumière : François Menou

Réalisation costumes : Véronique Murat assistée de Charlotte Margnoux

Création sonore : Nicolas Dupéroir

Réalisation décor : Frédéric Vadé

Réalisation accessoires : Annie Onchalo

Réalisation des coiffes : Charlotte Margnoux

 

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