Malika Djardi danse « Des Aveugles » d’après Maeterlinck

Les Aveugles : Dans la pièce de Maurice Maeterlinck, un groupe d’aveugles se perd dans une forêt sur une île. Abandonnés par leur guide, ils testent ce qui leur reste en matière d’espérance. Mais ils sont âgés et leur perte de repères pose plutôt la question de savoir pourquoi on a vécu.

Des Aveugles : Dans l’adaptation de la metteure en scène Clyde Chabot, le public entend des voix d’enfants depuis le off. Seule Djardi apparaît en chair et en os. Le besoin d’assistance se déplace de l’absence de vision vers le manque d’expérience. Alors, quels Aveugles ? Les enfants représentent l’espoir d’une vie concrète et terrestre, nettement moins symbolique que chez Maeterlinck. Leur perdition est donc nettement plus tragique, au sens profane du terme.

Il existe cependant, dans le même espace scénique, une communauté de sort physiquement présente. C’est le public. Les spectateurs ne s’installent pas sur des gradins, mais près du sol, comme dans une forêt, et se drapent de couvertures grises, face à un mélange de fumée et de brume. Le brouillard, parfois épais, crée de véritables paysages, un dispositif complexe de diffusion de brume imposant sa propre chorégraphie, dans laquelle s’inscrit la danse de Djardi.

L’appareillage a été conçu sur mesure la Japonaise Fujiko Nakaya. La plasticienne de brume a déjà collaboré avec Gisèle Vienne pour This is how you will disappear et créé une installation, place de la République à Paris, pour la Nuit Blanche de 2013.

Les apparitions de Djardi passent du fantomatique au charnel, des limites du perceptible à une proximité totale avec le chœur muet des spectateurs. Face à la brume, parfois atteints par cette humidité froide, ils perçoivent la danseuse de façon d’autant plus distante et mystérieuse qu’elle se rapproche d’eux.

Galerie photo © Emmanuel Rioufol

La mise en scène ne livre aucune interprétation univoque ou logique de la présence para-humaine dans cette forêt nocturne. Djardi incarne les forces de la nature autant que des catégories allégoriques, selon la disposition de chaque spectateur. Celle qui a impressionnée avec rigueur et fraîcheur dans Sa prière, livre ici une autre facette de sa personnalité chorégraphique, toute aussi convaincante.

Les Aveugles est un travail en cours que Djardi mène de front avec sa création pour les Rencontres chorégraphiques, Horion, duo avec le percussionniste Nestor Garcia Diaz qui permettra de retrouver Djardi en tant  que cover-girl et icône de la nouvelle édition du festival en Seine-Saint-Denis.

Thomas Hahn

www.inavouable.net

www.rencontreschoregraphiques.com
 

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