« Kata » d' Anne N’Guyen

Bonheur, tout d’abord, de prendre place sur les confortables fauteuils d’une salle Gémier entièrement transformée, et de savourer l’agrément d’une boîte noire ouverte à toutes les innovations chorégraphiques. Plaisir, ensuite, de retrouver le talent de la chorégraphe Anne N’Guyen, dans une nouvelle aventure menée de bout en bout avec rigueur et élégance. Satisfaction, enfin, de découvrir - aux côtés de Valentine Nagata-Ramos déjà vue à Suresnes Cités Danse et dans les précédents spectacles d’Anne N’Guyen - une troupe de danseurs épatants pour filer une heure durant les multiples variations entre hip hop et arts martiaux.

Galerie photo © Laurent Philippe

Le titre du spectacle annonce la couleur. Le mot japonais kata, qui désigne un type d’enchaînements et de figures d’attaque, s’applique parfaitement aux mouvements précis et énergiques à l’œuvre dans la pièce. La chorégraphe a elle-même longtemps pratiqué la capoeira, le jiu-jitsu mais aussi le viet vo dao et le wing chun. D’où l’envie d’apporter à sa danse, à l’inverse des traditions solitaires du break, le bénéfice - hérité de cet apprentissage - d’un contact physique avec un partenaire. Au-delà d’un simple jeu sur les formes, cette fusion illustre l’un des fondamentaux du hip hop. Pour Anne N’Guyen, les hip hopeurs et en particulier les breakeurs sont les guerriers du monde contemporain. Leur danse, née il y a quarante ans en réaction à une jungle urbaine hostile, s’ancre au sol à rebours d’un environnement architectural vertical et est physiquement incarnée, là où tout nous éloigne de la nature et du vivant.

Galerie photo © Laurent Philippe

Dans ces affrontements, nulle violence gratuite. Sur les percussions obsédantes de Sébastien Lété, les face à face sont moins des corps-à-corps que d’étranges pas de deux, lestés de toute la puissance des gestes retenus. Quant aux déplacements collectifs, ils tracent sur le plateau une série de diagonales incroyablement stylisées et poétiques. Les pieds glissant souplement au sol, les bras tendus en l’air comme des archers de l’invisible, les huit danseurs dessinent une géographie de la résistance. Virtuose sans être démonstrative, leur gestuelle s’appuie sur un break savamment décomposé jusqu’à devenir la trame d’une suite de ‘katas’. Leur simple présence dégage une force tranquille, pour reprendre un slogan célèbre, c’est à dire pleinement pensée et accomplie, à l’image de la chorégraphie.

Isabelle Calabre

Chaillot-Théâtre national de la Danse jusqu’au 20 octobre

Tournée
9 novembre à Vannes (56),
24 novembre à Garges-lès-Gonesse (95),
16 au 19 janvier à Saint-Ouen (93).

Voir autres dates sur le site de la Compagnie Par Terre

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