« Kalakuta Republik » de Serge Aimé Coulibaly

Une des meilleures pièces du chorégraphe burkinabé, à voir les 17 et 18 avril prochains à POLE-SUD, Strasbourg dans le cadre du festival Extradanse.

D’une énergie à tout casser, follement engagée, la pièce de Serge Aimé Coulibaly, Kalakuta Republik s’inspire de Fela Kuti, inventeur de l’Afro-Beat et le cri d’espoir de millions d’exclus, Fondateur de l'organisation la Kalakuta Republic au Nigeria (une forteresse qu’il fonde pour se protéger au cœur de Lagos), Fela est le symbole de la résistance africaine. Fela est celui qui a fait de son art le rempart à toute forme d’oppression sans jamais céder sur le terrain de la créativité, de l’innovation, de la subversion. Il a révolutionné les mentalités en Afrique en créant, par sa musique, ses chansons, un discours ancré dans sa réalité et dans son actualité politique.

Serge Aimé Coulibaly, plutôt que suivre un biopic de Fela ou d’en faire un spectacle musical, s’éloigne du personnage pour mieux le retrouver à travers des prises de position actuelles, intelligemment amenées, et pour évoquer les viscissitudes de notre monde actuel : guerres, réfugiés, traumatismes, misère.

La première partie, sur la musique de Fela, campe sur scène un canapé défoncé et quelques draps accrochés, un tapis usé, qui forment ensemble une zone de sécurité et de liberté. Comme dans un passé présent, ou paraît-il dans les rêves, tout est noir et blanc, comme les projections qui s’inscrivent sur les toiles suspendues.

Viennent-elles d’aujourd’hui ou d’hier ces populations de villes entières en marche le long d’un chemin de fer ? Ces villes entièrement détruites par les bombardements ? La gestuelle enregistre les chocs et leurs répercussions, tout en rage et tremblement. Urgente, ancrée dans le sol, la danse se fait hâtive, chercheuse, portée par de remarquables interprètes.

La deuxième partie n’utilise pas la musique de Fela mais on retouve une atmosphère enfumée avec sa boule à facettes qui évoque la danse que les filles pratiquaient au Shrine, ce temple en tôle ondulée où Fela officiait au fin fond de Lagos. Les corps se plient et se déplient dans une atmosphère sulfureuse tandis que certaines phrases de Fela s’affichent. La danse se fait lascive, volontiers érotique, dans ce monde interlope où l’on ne sait si la fête commence ou si elle est déjà finie.

En convoquant Fela, Coulibaly parle de la place de l’artiste dans le monde contemporain et de son engagement. Kalakuta Republik est une œuvre forte, aboutie qui réveille nos cœurs et nos consciences. Ce spectacle sera présenté au festivals de Marseille et d’Avignon cet été, avant les Francophonies en Limousin à la rentrée.

Agnès Izrine

Créé et vu à Maison de la Danse de Lyon dans le cadre du festival Sens Dessus Dessous, le 11 mars 2017.

Au festival Extradanse à POLE-SUD, CDCN les 17 et 18 avril 2018 à 21h

chorégraphe : serge Aimé coulibaly
interprètes : Antonia Naouele, Marion  Alzieu, Adonis Nébié, Sayouba Sigué,Serge Aimé Coulibaly, Ahmed Soura, Ida Faho
dramaturgie : sara Vanderieck
DJ & Musicien : Yvan Talbot
Assistant à la chorégraphie : Sayouba Sigué
scénographie & costumes : Catherine Cosme
création lumière : Hermann Coulibaly
création son & musique additionnelle : Sam Serruys
vidéo : Eve Martin

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