Entretien avec Rami Be’er

Né en Israël de parents rescapés de l’Holocauste, Rami Be’er est le directeur et chorégraphe de la Kibbutz Contemporary Dance Company. De passage à Paris, en attendant la venue du 13 au 17 juin de sa compagnie au Théâtre de Paris (9e), il répond aux questions de Danser Canal Historique.

Danser Canal Historique : Comment êtes-vous devenu chorégraphe ?

Rami Be’er : Je suis né dans au kibboutz Ga’aton, au nord d’Israël à quelques kilomètres de la frontière libanaise. Mes parents s’y étaient installés en venant d’Europe après avoir échappé à l’Holocauste et j’ai grandi dans la ‘maison des enfants’ du kibboutz. Il y avait déjà, à Ga’aton, une compagnie de danse fondée en 1973 par Yehudit Arnon, chez qui j’ai pris mes premiers cours. Elle m’a appris la danse, le mouvement.

A l’époque, la troupe comprenait seulement six danseurs venant de plusieurs kibboutz voisins. Ils consacraient à la danse seulement un ou deux jours par semaine, et le reste du temps travaillaient aux champs, comme le reste de la communauté. En 1980 j’ai rejoint la troupe, qui l’année suivante est devenue professionnelle. J’en suis devenu en 1996 le directeur artistique.

DCH : Comment fonctionne la Kibbutz Contemporary Dance Company aujourd’hui ?

Rami Be’er : C’est une compagnie formée de dix-neuf personnes, qui vivent sur place. Elle est désormais ouverte à tous et compte environ la moitié de danseurs venus de l’étranger. Elle s’est agrandie avec une deuxième compagnie d’une quinzaine de danseurs, qui interprète un répertoire spécifique destiné au jeune public. Nous organisons également des stages, de quatre semaines à cinq mois, au cours desquels nous accueillons des danseurs du monde entier pour un programme de formation baptisé Dance Journey. Il y a donc en permanence près d’une centaine de danseurs dans le kibboutz Ga’aton, ce qui lui a valu le nom de ‘village de la danse’. Notre but est de faire connaître et partager notre danse au plus large public possible.

DCH :  Quel répertoire dansez-vous ?

Rami Be’er : La compagnie danse mes propres pièces, actuellement au nombre d’une cinquantaine. Nous encourageons également la création d’œuvres parmi nos danseurs. L’un d’eux, le Français Martin Harrigues, a gagné en 2016 le concours de jeunes chorégraphes organisé par le Malandain Ballet Biarritz, le Ballet du Capitole et le Ballet de l’Opéra de Bordeaux.

DCH : En tant que chorégraphe, quelles sont vos sources d’inspiration ?

Rami Be’er : D’abord la musique, je suis d’ailleurs né au sein d’une famille de musiciens. Chez nous, chacun jouait d’un instrument – personnellement je pratiquais le violoncelle -, au point que nous formions un orchestre de chambre à domicile ! Il y a aussi l’architecture, la littérature, la poésie, la nature… Je suis issu d’une culture austro-hongroise, très Mitteleuropa, et je suis sensible à cet héritage artistique, tout en étant très perméable à ce qui m’entoure : je suis une véritable éponge ! L’essentiel pour moi est d’être connecté à la pensée et à la vie.

Kibbutz Contemporary Dance Company - Galerie photo © Eyal Hirsch

DCH : Votre style s’apparente-t-il à celui d’une certaine danse contemporaine israélienne, comme celle d’Ohad Naharin par exemple ?

Rami Be’er : La Kibbutz Contemporary Dance Company possède son propre langage du corps, sa propre écriture du mouvement. Les danseurs prennent chaque matin un cours de classique, qui représente une sorte d’ « outil de travail », puis enchaînent avec des cours de différentes techniques contemporaines. Ce importe le plus, c’est l’expression libre du corps, une « body expression », qui diffère selon chaque pièce et chaque thème traité. Par exemple Mother’s Milk, la pièce que nous présentons en juin à Paris, est dédiée à la mémoire de mes parents morts tous deux l’an dernier. Au-delà de cette histoire personnelle, elle offre à chacun la possibilité de se relier à son propre passé au travers des différents cercles dans lesquelles nous évoluons : individuel, amoureux, social… Tout ce qui fait notre existence sur terre, et qui constitue l’ADN du geste.

Propos recueillis par Isabelle Calabre

Du 13 au 17 juin au Théâtre de Paris (9e)

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