Entretien avec Fouad Boussouf

À l’occasion de la première de la nouvelle pièce de Fouad Boussouf, Oüm, aux Hivernales d’Avignon, le chorégraphe nous a accordé un entretien.

Danser Canal Historique : Comme dans le cas de Mao Tsé Toung, Pékin, Vietnam, etc. on a utilisé différentes graphies pour orthographier le patronyme de la Callas arabe, Oum Kalthoum : Oum Kalsoum, Om-e Kalsüm, Umm Kulthüm. En Égypte, on la surnomme Suma, vous, vous l’appelez par son prénom, Oum, que vous écrivez avec un tréma sur le « u ». Pourquoi cette familiarité ? Pourquoi ces points sur le « u » ?

Fouad Boussouf D’abord, ce n’est pas son vrai nom. C’est un surnom qu’on lui a donné étant petite. Oum veut dire maman. Le tréma, c’est parce qu’il y a une chanteuse actuelle qui s’appelle Oum [Oum El Ghaït Benessahraou]. Les deux points permettent de distinguer Oum Kalthoum de toute autre. Mais j’apprécie également la jeune chanteuse marocaine !

DCH : Vous êtes un des rares chorégraphes qui soit parvenu à fusionner efficacement hip-hop et danse contemporaine. Qu’est-ce qui, du hip-hop, anime toujours chez vous gestuelle et travail d’écriture 

Fouad Boussouf J’essaie de faire une différence entre le vocabulaire utilisé et l’écriture. Mon vocabulaire est celui que mon corps a éprouvé. Il est en mouvement, j’ai presque envie de dire. Il évolue, avec le temps, avec mon âge, avec les rencontres que je fais. L’écriture, c’est comment ces choses s’agencent. Comment ça s’écrit. Comment on parle. Qu’est-ce qu’on utilise comme vocabulaire, comme grammaire, comme rythme.

DCH : Sans dévoiler le contenu de la pièce, pouvez-vous nous dire un mot de sa structure ?

Fouad Boussouf Parmi les éléments principaux qui composent cette pièce, au départ il y a le texte, il y a un poème, il y a la voix, il y a la musique. À partir de ces éléments forts, on arrive à construire quelque chose qui puisse être organique, au plateau et aussi dans les corps des danseurs.

DCH : Comment avez-vous résolu le rapport danse-musique, sachant la force que dégagent les mélodies orientales restituées par des instruments traditionnels, comme c’est le cas ici ? 

Fouad Boussouf On a en effet oud et guitare. Quelques thèmes ont été privilégiés parmi les grandes chansons d’Oum Kalthoum pour donner cette couleur dite orientale. Mais elle n’est pas surlignée par les danseurs sur scène qui tranchent avec ces mélodies. Il ne s’est pas agi pour moi de restituer avec exactitude les rythmes et les mélodies que j’ai pu entendre étant enfant. Ce qui m’anime, c’est beaucoup plus nerveux, plus physique, plus tenu. En tension permanente, du début à la fin, comme dans la pièce précédente !

DCH : La musique est-t-elle jouée live ?

Fouad Boussouf Il y de la musique live et de la musique enregistrée. Il y a les deux. Mais la musique en direct est presque toujours présente.

DCH : Vous avez parlé de quelques thèmes d’Oum Kalthoum. Ses chansons avaient chacune, disons une certaine durée...

Fouad Boussouf Les chansons retenues sont les Quatrains d’Omar Khayyam [qu’Ahmed Rami avait traduits en arabe]. On entend donc la voix d’Oum Kalthoum. On a repris le texte d’Omar Khayyam qui est dit par les six danseurs.

DCH : On retrouve dans cette création plusieurs interprètes qui étaient déjà dans Näss : Sami Blond, Mathieu Bord et Loïc Elice. Pouvez-vous nous parler de leur apport dans votre œuvre ? 

Fouad Boussouf Ils ont déjà fait un parcours avec moi durant quasiment trois ans. Pour continuer ce travail autour du monde arabe, j’a pensé que c’était intéressant de garder un noyau dur qui puisse passer le relais aux nouveaux interprètes.

DCH : On ne change pas une équipe qui gagne ?

Fouad Boussouf J’ai changé beaucoup de choses ! Il y a énormément d’ajouts. Mais on garde l’énergie, on garde quelque chose de fort parce qu’on se connaît et une écriture commune. Ce sont les danseurs avec lesquels je grandis et inversement, j’ai l’impression.

DCH : Peut-on savoir pourquoi Maxime Cozic n’est pas dans la distribution ? 

Fouad Boussouf C’est une histoire de plannings qui se sont enchevêtrés. Nous avons des danseurs en commun avec d’autres compagnies et l’emploi du temps est très délicat. Il est toujours avec nous, en tournée avec nous mais sur plein de projets en même temps, dont des choses plus personnelles.

DCH : Le succès de Näss vous oblige maintenant à placer la barre plus haut. Sans vouloir vous mettre de pression, à quelques heures de l’avant-première, en quoi cette nouvelle pièce va satisfaire le large public que vous avez obtenu maintenant ? 

Fouad Boussouf Je n’ai pas de réponse. Je ne sais pas comment le public va accueillir la pièce. J’espère hyper-bien ! Je m’attelle à faire mon travail le mieux que je peux. Et je pense qu’avec les éléments scénographiques, l’apport de la musique live et de super danseurs et danseuses, nous aurons de très bons retours de la part du public et des professionnels.

Propos recueillis par Nicolas Villodre

 

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