DIALOGUES, un nouveau concours !

Mourad Merzouki, directeur du CCN de Créteil et du Val-de-Marne et des festivals Karavel et Kalypso, lance un nouveau concours, DIALOGUES, un geste fort pour aider les jeunes compagnies, en partenariat avec la Caisse des Dépôts et Pôle en Scènes - Bron. Pour en savoir plus, nous l’avons interrogé, ainsi que Sylvie Roger, responsable du Mécénat du Groupe Caisse des Dépôts.

DCH : Vous lancez un nouveau concours, intitulé DIALOGUES organisé avec le mécénat de la Caisse des Dépôts et en partenariat avec Pôle en Scènes. En quoi consiste-t-il ?
 Mourad Merzouki :
DIALOGUES prend la suite du Prix CCN de Créteil et du Val-de-Marne-Festival Kalypso, un concours qui existait depuis quelques années au CCN et s’inscrivait déjà dans notre volonté d’aider des jeunes artistes. Mais avec cette nouvelle formule, nous avons voulu aller plus loin dans notre soutien. D’abord parce que la crise sanitaire a fait peser une forte inquiétude sur toutes les compagnies. Nous devions donc redoubler d’efforts et doter ce rendez-vous d’un appui plus important qui s’inscrit dans une volonté de relance du secteur à travers un engagement fort. C’est pourquoi nous nous sommes rapprochés de la Caisse des Dépôts. Nous connaissions très bien leur programme de mécénat, et de ce fait, nous savions que leur politique d’aides et d’accompagnement se plaçait exactement à l’endroit de ce que nous souhaitions développer, c’est à dire soutenir l’émergence, la pluridisciplinarité. C’est ainsi que nous avons imaginé un concours dans la ligne du précédent, tout en étant plus innovants en l’ouvrant à d’autres disciplines, et plus ambitieux dans les dotations. Aujourd’hui les chorégraphes travaillent dans des croisements esthétiques. Leurs créations incorporent souvent de la musique classique, du cirque, des nouvelles technologies etc. D’où l’idée d'élargir cet événement en recevant tous les artistes qui souhaitent développer un projet pluridisciplinaire. Du coup, la Caisse des Dépôts est l’un des principaux partenaires de ce nouveau concours ouvert aux compagnies professionnelles que nous avons appelé DIALOGUES pour marquer ces croisements.

Sylvie Roger, vous êtes Responsable du Mécénat du Groupe Caisse des Dépôts, qu’est-ce qui vous a séduite dans la proposition de Mourad Merzouki ?
Sylvie Roger :
Nous connaissons Mourad depuis très longtemps. La responsable du programme Danse au mécénat de la Caisse des Dépôts avait repéré Mourad Merzouki à ses débuts. C’était à Lyon, au milieu des années 90. Il était alors inconnu. Aujourd’hui, il est membre de notre jury de sélection !
Nous soutenons la danse et la création chorégraphique depuis longtemps. Depuis 2016, nous accompagnons en moyenne quinze à vingt compagnies par an. Notre positionnement est en phase avec la volonté de la Caisse des Dépôts qui est d’aller « là où les autres ne vont pas ». Nous avons fait le choix de soutenir les jeunes professionnels ou des artistes peu connus, comme par exemple la toute jeune chorégraphe Elodie Sicard,
Quand j’ai rejoint le mécénat, il y a environ deux ans, j’ai échangé avec la responsable du programme Danse et nous nous sommes aperçues, que nombre de dossiers présentés ces dernières années, associaient la danse avec une autre discipline. Aucun de ces projets ne trouvait sa place dans le comité car, s’ils semblaient formidables, le jury ne se sentait pas légitime pour les juger dans leur globalité. Ça a été un déclic. Nous avons donc décidé cette année de structurer les choses pour nous permettre d’accueillir ces projets pluridisciplinaires.
Aujourd’hui, avec la crise sanitaire qui a frappé et frappe encore de plein fouet les compagnies de danse, il nous semble qu'au-delà d’un effet de mode ou d’une inclination des artistes à métisser les disciplines, ce pourrait être aussi une nécessité pour les porteurs de projet de s’associer dans le but de réunir des financements. Car, nous avons eu quelques échos, il semble que certains engagements ont diminué faute de budgets suffisants.
Nous avons certes mis en place quelques mesures d’urgence pour aider nos porteurs de projets, mais nous voulions faire plus. C’est là que Mourad nous a parlé de DIALOGUES, de son appétence pour le pluridisciplinaire, des besoins …
Et nous nous sommes vraiment rejoints sur la nécessité de faire quelque chose. Un concours nous a semblé être le meilleur moyen pour toucher le plus grand nombre d’artistes.

En quoi DIALOGUES s’inscrit-il justement dans la politique du mécénat de la Caisse des dépôts ?
Sylvie Roger :
Pour nous, la singularité de DIALOGUES est qu’il dépasse le strict univers de la danse pour s’ouvrir à d’autres disciplines, d’autres artistes émergents. De plus, DIALOGUES ne retient pas un lauréat unique mais sélectionne cinq compagnies qui, toutes, seront accompagnées en résidence, coachées jusqu’au concours. La rencontre s’est faite dans l’idée de partage, d’échange, d’une volonté commune d’appréhender cette pluridisciplinarité comme un programme en tant que tel.

Mourad, pouvez-vous nous détailler les modalités de DIALOGUES ?
Mourad Merzouki :
DIALOGUES s’adresse aux jeunes compagnies émergentes. Chaque compagnie propose une création ou un extrait d’une vingtaine de minutes, avec pour conditions d’intégrer un lien avec une autre discipline des arts de la scène (cirque, théâtre, musique, arts numériques…) et de ne pas être un solo . Au niveau des dotations, notre originalité est de sélectionner cinq compagnies qui bénéficieront toutes d’une petite résidence d’une semaine à Pôle en Scènes - Bron, notre deuxième partenaire, pour se préparer au concours final. Ainsi, cinq compagnies reçoivent un premier soutien. Ensuite, elles présentent leur projet face à un jury professionnel. La compagnie lauréate se voit attribuer une dotation de la Caisse des Dépôts de 7000 €, assortie de moyens, c’est-à-dire une coproduction CCN, une résidence au Studio du CCN, et bien entendu une programmation et une aide à la diffusion. Elle disposera en outre d’une résidence à la Briqueterie CDCN du Val-de-Marne, d’une création lumière au Théâtre Louis Aragon de Tremblay-en-France, et d’une formation proposée par la Fabrique de la Danse pour finaliser son spectacle. Celui-ci sera présenté aux publics des festivals Karavel et Kalypso l’année suivante. Nous avons également prévu un Prix « Coup de Cœur » du public avec une dotation de 3000 € de la Caisse des Dépôts que nous accueillerons également. Ce concours est prévu le 24 janvier, en tout début d’année 2021.

Vous allez retenir cinq compagnies combien attendez-vous de propositions ?
Mourad Merzouki :
Très bonne question ! Pour notre précédent concours, la sélection se faisait presque naturellement car nous connaissions déjà nombre de jeunes compagnies gravitant autour du CCN. Cette fois, nous avons choisi de lancer cet appel à projet car nous ouvrons le champ d’accueil. Je pense que ça devrait bien réagir, d’autant qu’avec la crise, il y a beaucoup de compagnies disponibles qui sont en alerte pour reprendre l’activité coûte que coûte.

DIALOGUES s’ouvre à toutes les esthétiques de danse, c’est plutôt amusant que le hip hop soit devenu la puissance invitante…
Mourad Merzouki :
On grandit ! J’ai presque envie de dire que cette histoire du hip-hop continue son chemin, de la rue à la scène, de la scène aux institutions, aux CCN… Aujourd’hui, il est devenu force de proposition, invente des rendez-vous comme ceux-là. C’est-à-dire que nous provoquons la rencontre, c’est une sorte de suite logique à l’évolution de cette danse. Le fait qu’un mécène comme la Caisse des Dépôts nous donne sa confiance et se positionne dans cette aventure, confirme la maturité des propositions artistiques. Leur inscription dans des projets d’ouverture, de dialogues, de croisements indique que notre intuition de départ correspond aux attentes des mécènes et à celles du politique, de l’institution. En tout cas, dans les projets que nous recevons au CCN, rares sont ceux qui sont à 100% de la danse. Il s’agit souvent de combinaisons étonnantes ou de parcours différents.

Cela ne vient-il pas des pratiques chorégraphiques d’aujourd’hui, qui finalement incluent très facilement du hip hop dans le contemporain, peu importe les esthétiques de départ, ça fait partie de la formation du danseur, comme autrefois le jazz ou le classique…
Mourad Merzouki :
Quand on regarde aujourd’hui les propositions des acteurs hip hop, on ne se pose plus la question tant ils sont dans cette volonté de croisement. Et il existe un vrai dynamisme de la création. Nous recevons 200 à 250 projets, nous en coproduisons dix-neuf au titre de l’accueil studio. Bref, il y une vraie vitalité, beaucoup de propositions, un signe de bonne santé, car les compagnies fourmillent de projets.

Sylvie Roger : Développement solidaire, lutte contre la fracture sociale, insertion par la culture…, au-delà de son fort ancrage dans les territoires, le soutien à la danse est en résonance avec les valeurs portées par la Caisse des Dépôts.
La danse, au même titre que la musique, a une vraie fonction sociale auprès des Jeunes Publics. Nous avons souhaité développer un nouveau modèle d’intervention qui se veut au cœur de la lutte contre les inégalités territoriales et sociales. Nous soutenons par exemple des projets socio éducatifs comme Urgence, de la compagnie HKC, qui implique des jeunes professionnels issus d’un quartier sensible, ou encore celui de la Fabrique de la Danse, Touche le ciel, un programme pédagogique de sensibilisation à la danse, co-construit avec les enseignants, qui s’engage auprès de scolaires en réseau d’éducation prioritaire.
L’apprentissage de la danse inculque très probablement des valeurs clés comme la rigueur, l’écoute, le respect. Il développe la créativité, favorise l’épanouissement personnel.
Il y a un potentiel de développement très important autour de la création chorégraphique. La crise sanitaire a accentué la nécessité pour les compagnies d’être soutenu au-delà d’un « projet ». Elles ont besoin d’aide pour se structurer, pour pouvoir exister durablement et sortir du « cercle infernal » d’enchainement de créations, condition souvent sine qua non pour obtenir des financements.
C’est la raison pour laquelle nous avons décidé d’augmenter notre budget mécénat pour ce secteur qui reste en France, en manque de financement.
Propos recueillis par Agnès Izrine

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