Création d’Aina Alegre au CDC Atelier de Paris : L’interview

La chorégraphe catalane  s’explique sur cette pièce qui est à l’affiche au CDC Atelier de Paris les 26 et 27 avril pour sa création mondiale.

Le jour de la Bête d’Aina Alegre jette un pont entre des rites ancestraux, des fêtes populaires actuelles et la vie contemporaine, autour des castells, pyramides humaines catalanes. Aina Alegre parles des sources culturelles et de la matière chorégraphique de cette nouvelle création.

Danser Canal Historique : Pourquoi le titre, Le jour de la bête ? S’agit-il d’explorer notre côté sauvage ?

Aina Alegre : Le titre fait référence à l’énergie bestiale qui peut apparaître au moment de fêtes populaires comme des carnavals. Ce n’est pas forcément un état animal. C’est plutôt une catharsis, collective et individuelle.

DCH : Vous faites donc entrer les fêtes populaires dans la danse contemporaine?

Aina Alegre : Je suis partie de mon expérience personnelle, de mon enfance, de la manière d’y vivre la fête. Je viens de Barcelone où on pratique ce qu’on connaît comme les castells, des pyramides humaines acrobatiques. Il s’agit de comprendre ce phénomène, sans forcément le reproduire sur scène. Qu’est-ce qu’on y construit dans un espace commun, tout en gardant ses différences ?

DCH : Les fêtes populaires viennent généralement de rites ancestraux. Qu’en est-il en Catalogne?

Aina Alegre : En Catalogne il y a une grande tradition de marionnettes géantes qu’on porte au-dessus de sa tête. On les anime, mais on anime aussi des objets ou bien des bêtes comme des dragons ou des aigles qui sont porteurs de feu. On est aux limites d’une vénération de ces créatures inertes qui s’animent. Ce sont des rituels aux racines très anciennes qui rencontrent le monde actuel. C’est ce qui est passionnant à Barcelone. Le rythme annuel et cyclique permet la catharsis.

DCH : On connaît Barcelone comme une capitale de l’art contemporain. Qu’y reste-t-il de ce genre de traditions dans la vie urbaine ?

Aina Alegre : Ces énergies sont présentes dans les villes autour de Barcelone, dans les villages mais aussi chez le Barcelonais, même si les fêtes y sont tout à fait contemporaines. Ces carnavals sont aussi des endroits de résistance, de prise de pouvoir d’un collectif, des endroits d’une légère anarchie. Mais sur scène nous sommes loin de vouloir reconstruire ce qui existe dans la réalité.

DCH : Vous travaillez sur quel vocabulaire chorégraphique?

Aina Alegre : Les castells sont présents dans une architecture vivante, à cinq, pour construire des ensembles autant horizontaux que verticaux, dans un équilibre des forces. Nous travaillons aussi sur des gestes par lesquels on se décharge de quelque chose, où on fait sortir son énergie intérieure, comme dans des danses de possession, dans une partition chorégraphique portée par l’énergie du flamenco.

DCH : Quel est votre travail sur la musique, un élément central dans tout rite, toute fête populaire ?

Aina Alegre : Nous utilisons les palmas et la voix, mais pas tellement par le chant, plutôt l’appel, le cri. C’est la communication, sans aller jusqu’à la parole. Nous ne nous positionnons pas en tant que musiciens. Nous voyons ce qu’on peut créer ensemble sans avoir appris une technique au préalable. Il ne s’agit pas de reproduire une partition, mais d’être à l’écoute des autres pour construire une musique, ensemble.

DCH : Le corps est donc autant source de mouvement que de sons ?

Aina Alegre : La pièce travaille en mode polyphonique et polyrythmique comme un terrain de rencontre. Nous avons beaucoup improvisé musicalement. Dans une partie très centrale, les danseurs martèlent le sol. Ca produit beaucoup de musicalité. Cette partie est la plus violente. Le sol est couvert de terre, mais c’est une terre volatile, presque de la poussière, comme dans une arène ou sur une place. Elle évoque des espaces publics de rencontre et de célébration. C’est un sol qui conserve les traces de nos pas. Nous travaillons beaucoup sur les frappes de pied.

DCH : En danse, toute forme de terre sur scène renvoie à des pratiques ancestrales.

Aina Alegre : C’est vrai, mais nous pensons autant aux rassemblements contemporains comme les rave parties. Comment la fête peut-elle nous mettre ensemble et créer une communauté ? Mais bien sûr, la fête est un rituel. Nous sommes dans l’idée du cyclique, de l’organique, autour d’un engagement très physique.

DCH : Qui sont les cinq interprètes de la pièce ?

Aina Alegre : Ce sont des artistes chorégraphiques d’origines diverses, quant à leurs cultures de danse autant que par leurs morphologies. Aniol Busquets est Catalan et vit en France depuis dix ans, comme moi-même. Cosima Grand habite en Suisse alémanique, Charlie Fouchier est Français mais habite à Berlin et Teresa Acevedo est Madrilène mais habite à Paris.

Propos recueillis par Thomas Hahn

http://www.atelierdeparis.org/fr/aina-alegre/le-jour-de-la-bete

http://ainaalegrevalls.wixsite.com/studio-fictif

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