Chaillot, une mémoire de la danse

L’exposition présentée à la Bibliothèque nationale de France témoigne de la présence quasi continue de Terpsichore au Palais de Chaillot.

Depuis 2016, le théâtre national de Chaillot a été officiellement déclaré théâtre national de la Danse. Mais hormis la dernière décennie, qui a vu sous l’égide d’Ariel Goldenberg, José Montalvo et Dominique Hervieu, puis l’actuel directeur Didier Deschamps, la danse sous toutes ses formes s’imposer place du Trocadéro, on ignore souvent que la maison de Jean Vilar a, depuis plus d’un siècle, accueilli de nombreux artistes et spectacles chorégraphiques.

L’exposition présentée à la Bibliothèque nationale de France, dans le cadre de la commémoration du 70e anniversaire de la signature de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, signée dans le théâtre en 1948, vient fort opportunément réparer cet oubli. Elle permet d’admirer environ deux cents photos, affiches, programmes et vidéos, qui, tous, témoignent de la présence quasi continue de Terpsichore au Palais de Chaillot. Passionnante dans son contenu, cette exposition est quelque peu décevante dans sa forme : ne sont affichés aux murs tout en longueur de la BNF que les reproductions, et non les originaux, des documents sélectionnés. Avantage, leur absence de fragilité autorise d’ingénieux effets de maquettes et de mises en pages, comme un avant-goût du beau livre à paraître à l’automne prochain sur le même sujet.

Reste que l’on apprend beaucoup - et redécouvre tout autant - dans ce défilé d’images, de textes et de citations sur une histoire dont la dimension chorégraphique avait été jusqu’ici passée sous silence. Au point, comme le souligne Didier Deschamps, de s’interroger sérieusement sur les raisons de cette omission…

Certes, l’aura théâtrale des personnalités qui ont dirigé la maison, de Firmin Gémier à Antoine Vitez en passant bien sûr par Jean Vilar, a mécaniquement relégué à l’arrière plan les autres formes également programmées. Mais tout de même, Isadora Duncan, Anna Pavlova ou La Argentina ne s’effacent pas d’un trait de plume ! C’est donc tout le mérite de ce parcours que de leur redonner la place qu’elles méritent.

On ne saurait citer tous les artistes représentés, dont l’éventail constitue en soi un passionnant panorama de la danse. Signalons toutefois la belle place faite à Béjart, hôte régulier de la maison durant une trentaine d’années, ainsi qu’à Janine Solane dont la photo, dansant en 1940 dans le Grand Foyer face à la Tour Eiffel, illustre l’affiche de l’exposition. Est aussi évoquée la naissance, en 1993, du Bal Moderne de Michel Reilhac, qui renouvelle une longue tradition de soirées festives et dansées à Chaillot.

Parmi les inattendus, on salue aussi l’évocation de Katherine Dunham, pionnière de la danse afro-américaine, dont la fille a honoré de sa présence, et de celle d’une ancienne danseuse de la troupe, le vernissage de la manifestation.

La dernière partie, consacrée au XXIe siècle, est évidemment particulièrement fructueuse : y défile tout le ‘gratin’ contemporain et les compagnies les plus illsutres. Bref, pour tous les amoureux de la danse, le détour par l’esplanade François Mitterrand est jusqu’à la fin de l’été un passage obligé.

 

Isabelle Calabre

Jusqu’au 26 août, tous les jours sauf fériés, Bibliothèque Nationale de France, entrée rue Emile Durkheim, Paris 13e. Tables rondes et projections autour des archives du Grand Prix international Vidéodanse le 30 mai de 14h à 20h dans le Petit Auditorium.

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