« Brel, Vysotsky, Kril - Solo pour trois », Petr Zuska, Ballet national de Prague

Premier spectacle de danse de la traditionnelle Saison en Eté,  Brel, Vysotsky, Kril - Solo pour trois , interprété par le Ballet national de Prague, était présenté pour la première fois en France le 7 juillet à l’Opéra de Vichy. Son auteur, le chorégraphe Petr Zuska, est depuis 2002 le directeur artistique de la compagnie nationale tchèque, dont il fut l’un des solistes de 1992 à 1998. Entre temps, interprète au sein de plusieurs troupes dont le Ballet de Munich ou les Grands Ballets Canadiens de Montréal, il a créé en Tchéquie et à l’étranger plus d’une cinquantaine de productions, notamment en 2011 « La Mort et La jeune fille » sur la musique de Schubert pour les Ballets de Monte-Carlo.

L’idée de ce spectacle, construit autour des chansons des trois auteurs cités dans le titre, lui est venue il y a longtemps . « Dès l’enfance, j’ai baigné dans les chansons de Brel, qu’écoutaient mes parents », raconte-t-il. « Même sans comprendre les paroles, je les connaissais par cœur, et adolescent, je les reprenais à la guitare. Plus tard, j’ai éprouvé un autre choc émotionnel en découvrant le Russe Vladimir Vysotsky, puis Karel Kryl (icône tchèque de la lutte contre le régime communiste, il est mort en 1994). Tous trois parlent à mon âme ». À ses trois idoles, il décide donc en 2006 de consacrer un ballet. Il commence par sélectionner un corpus de chansons pour lesquelles il envisage dans le rôle du récitant un de ses amis proches, célèbre comédien praguois. « Pendant que j’élaborais le projet, cet ami est mort du cancer, et là, l’évidence s’est imposée : tous ces textes avaient pour arrière-plan la mort. C’est ce qui a finalement guidé la scénographie du spectacle. » Exit donc le récitant - seule une chaise vide, sur la scène, évoque son absence. Place aux seuls chanteurs, dont les voix enregistrées portent le spectacle, et aux vingt-cinq danseurs qui vont, deux heures durant, se faire les muets interprètes des trois auteurs compositeurs.

Habilement tricoté, le découpage alterne les textes intimistes dansés en duo(s) voire en solo, et les chansons plus spectaculaires, prétextes à des scènes d’ensemble réussies. Sans toujours éviter l’écueil de l’illustration, comme sur la chanson « Orly » de Brel, mise en scène par d’inutiles passerelles d’avion et des passagers valises à la main, l’ensemble est agréable et bien dansé.

En tenues de ville - longues robes fluides pour les femmes, vestes et pantalons pour les hommes -, les vingt-cinq danseurs du Ballet national (au sein duquel se côtoient plusieurs transfuges d’autres pays européens) font preuve de belles qualités néoclassiques, dans une palette gestuelle qui va du mime à une danse plus abstraite. Autre atout du spectacle, son évidente sincérité, portée par un amour vibrant pour les trois poètes.

D’ailleurs, si l’on ne se lasse pas de réentendre la voix de Brel et ses mots percutants, on déplore l’absence de sous-titres qui permettrait de comprendre les textes des deux autres, sans nul doute aussi incandescents que ceux du Grand Jacques. Reste que la construction même de la pièce induit par moments une légère lassitude devant cette succession de numéros, même enchaînés avec fluidité. Peut-être aurait-on aimé que la danse, plus que la musique, soit l’enjeu même de cette soirée là où elle n’en est, pour l’essentiel, que le plaisant ornement.

Isabelle Calabre

7 juillet 2015 - Saison en  été - Opéra de Vichy

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