« Blitz-9000 pièces » à Faits d'Hiver

Blitz-9000 pièces est une soirée un peu étrange, composée par Joanne Leighton pour l’ouverture de Faits d’Hiver. Elle réunit des pièces courtes, et des extraits proposés par un groupe de chorégraphes en affinité, animés par les mêmes recherches et les mêmes interrogations. Conçu comme un spectacle, et une installation, les éléments qui ont présidé à ces créations étaient visibles dans un studio attenant, permettant d’entrer “dans la tête du chorégraphe” avant de découvir les extraits présentés.

Ce sont donc Pauline Simon, Arthur Pérole et Dominique Brun qui ont rejoint Joanne Leighton lors de cette soirée qui comprend, outre la représentation, une forme d’installation donnant des pistes sur la fabrique de l’œuvre comme autant de traces à suivre comme un jeu de piste.

Bien sûr, le titre est une allusion à la pièce intitulée 9000 pas (lire notre critique) de Joanne Leighton. Mais 9000 pièces, c’est aussi le titre d’un court métrage, donné en préambule à la soirée, sur la fabrication d’un piano dans une usine de Shanghaï. On y découvre peu à peu, les séances « d’essai de résistance », un crash test, en quelque sorte du piano, qui comprend donc 9000 pièces, où une machine appuie sur toutes les touches et fait entendre, en un sens, toutes les mélodies pouvant être contenues dans un piano.

Après un extrait de Sérendipité fac B : une histoire de distance de Pauline Simon, dont on n’a pas vraiment perçu le propos, on a pu revoir un extrait de Stimmlos d’Arthur Perole (lire notre critique), créé en 2014 déjà à Micadanses pour Faits d’Hiver. D’une belle écriture, la pièce s’intéresse aux postures du « Romantisme noir » sur fond de flux wagnérien. Stimmlos, qui signifie “sans voix” fait entrer du silence dans les Préludes de Wagner et de l’expressivité dans chaque visage. La pièce cisèle les corps et dessine une atmosphère sombre et envoûtante.

Galerie photo © D.R

Dans un tout autre genre, la recréation par Dominique Brun d’après Two Ecstatic Themes de Doris Humphrey est exceptionnelle. Dans un film de 1994, on voit Dominique Brun, alors membre du Quatuor Knust, reprendre ce “Theme” d’Humphrey daté de 1931 à partir de la partition écrite en Laban et se l’approprier dans une courte séquence intitulée Du Ravissement. Il est impressionnant de voir surgir devant nous un aperçu qui donne corps à l’Histoire de la danse. On devine des questionnements, ne serait-ce que sur la façon de prendre le mouvement, son rythme, ses liaisons. Ensuite, deux interprètes, Clarisse Chanel et Marie Orts se coulaient dans ce thème transmis par Dominique Brun.

Enfin, on a pu découvrir un extrait de Songlines de Joanne Leighton, création qui sera présentée du 8 au 10 février à l’Atelier de Paris – Carolyn Carlson dans le cadre de Faits d’Hiver. Songlines s’inspire des “sentiers chantants” ces chemins dansés, chantés ou marchés, qui ont un rôle primordial dans la société aborigène non alphabétisé. En effet, ce sont ces Songlines qui permettent au peuple aborigène de définir et délimiter leur territoire, mais aussi de documenter leur culture. « Ces lignes traversant tout le continent forment tout un réseau de sentiers invisibles que les aborigènes nomment " l'Empreinte des ancêtres ". En Occident, on les connaît comme les "lignes de la Chanson" et les "pistes du rêve". Elles font partie du mythe de la création des autochtones qui parle des êtres légendaires qui erraient sur la terre, chantant le nom de tout ce qui croisait leur chemin - oiseaux, animaux, plantes, roches, trous d'eau - et donc chantaient le monde dans son existence »[1]. Joanne Leighton traduit ce geste fondateur par une chorégraphie circulaire où s’entremêlent pleins et déliés dans un mouvement fluide et continu. D’une certaine façon, cet extrait en duo rappelle certaines séquences de Fase d’Anne Teresa de Keersmaeker. On attend avec impatience le sextet.

Agnès Izrine

Le 13 janvier 2018. Micadanses, dans le cadre de Faits d’Hiver



[1] Bruce Chatwin

 

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