« Amor » par la Compagnie Grenade 

De M’Barek/Dhaou à Bouvier-Obadia, Josette Baïz éclaire l’amour-haine entre divers univers chorégraphiques.

Avec Amor, Josette Baïz compose de nouveau un bouquet de danse contemporaine pour la Compagnie Grenade, à partir d’extraits du répertoire. Chacun de ces florilèges (jusqu’ici : Grenade les 20 ans et Guests pour les jeunes du Groupe Grenade [lire notre article] à Welcome pour la Compagnie) offre un aperçu de la diversité des styles en danse contemporaine. S’y ajoute cette fois un thème précis (l’amour, évidemment) et une étendue exceptionnelle, englobant un quart de siècle de danse, entre les extraits les plus anciens et le plus récent. 

Il y a là de véritables chocs des civilisations, comme avec la danse-théâtre formidablement contemporain d’Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou (Khallini Aïch, 2004), illico balayé par le tsunami forsythien signé Richard Siegal (Unitxt, 2013), une danse de plein fouet mais en vague-arrière. Le formalisme de Patrick Delcroix (Clash, 2008) se pose en antithèse de Brumachon Lamarche (Les indomptés, 1992) qui évoquent un abandon total à la passion. Et l’éloge de l’amitié chez Sharon Fridman (Hasta Donde, 2011) avec son évocation du tragique noue des liens pleins de contrastes avec le romantisme de Bouvier Obadia…

Josette Baïz, exploratrice

La diversité des approches et des façons de concevoir la danse frappe d’autant plus que la soirée est placée sous un thème fort dont on pourrait penser qu’il conditionnerait les esthétiques. Il n’en est rien. Josette Baïz a développé, depuis sa conception de la première soirée composite en 2011, un regard panoramique et analytique sur le paysage de la danse.

Une telle ouverture ne va pas de soi pour une chorégraphe qui gère une école de danse, qui crée ses propres pièces, qui veille sur une soixantaine de danseurs et développe les relations avec les tutelles, qui gère la passation des jeunes Grenades vers la compagnie professionnelle, mais recrute aujourd’hui aussi des interprètes venant d’autres horizons. S’y ajoute que grâce à son engagement, voire son acharnement, Grenade dispose enfin de ses propres lieux et vient de fêter l’inauguration officielle de ses studios et bureaux, grâce au soutien de la mairie d’Aix-en-Provence.

Conflits intérieurs

D’extrait en extrait, Amor permet de comparer les styles, mais aussi les ressorts intérieurs des différents œuvres. La  soirée passe par nombre d’orages, à l’intérieur même de la composition chorégraphique. De pièce en pièce, il devient palpable que les écritures les plus fortes sont portées par un conflit intérieur entre passion ardente et exigence formelle implacable. C’est le cas chez Preljocaj (Les Noces) ou chez Brumachon Lamarche. Et ça veut dire que leurs créations dépassent leur époque, puisqu’elles captent la nature humaine, au plus près de ses désirs et des contraintes de la vie.

Un autre aspect  qui frappe, dans ce programme consacré à l’amour, est que les chorégraphes couples à la ville représentent presque la moitié des propositions. Ne manquent que Fattoumi Lamoureux ou encore Wang Ramirez, et on serait pratiquement au complet.  Amor s’ouvre et s’achève sur des duos, chorégraphiés et interprétés par ce même couple: Khallini Aïch et Welcome to Paradise. Et si Joëlle Bouvier et Régis Obadia ne montent plus sur scène, les deux se sont retrouvés pour transmettre leurs rôles à Angélique Blasco et Brian Caillet.

Retour aux sources

L’extrait de cette œuvre de 1989 était en quelque sorte l’heure de vérité de la soirée, et Baïz a su garder la surprise pour la toute fin du programme. On est frappé par l’emphase de ce face à face romantique avec ses réminiscences de Roméo et Juliette, duo bien plus classiciste (la musique de Patrick Roudier, plus proche de Tchaïkovski que de Stravinski!) que Noces, grand ballet de Preljocaj, créé la même année, en 1989 donc, et qui n’a pas pris une ride.

Le contraste est maximal entre Welcome to Paradise et Khallini Aïch, présenté en entrée en matière, avec son regard réaliste et sans fard sur la relation à deux, celle entre un homme et une femme qui inclut ici toutes les autres formes. Khallini Aïch met en évidence combien la formation des danseurs a évolué en ce quart de siècle, et combien de liberté et de franc-parler corporel ont été acquis.

Amor nous parle surtout d’amour pour la danse, porté par une compagnie qui excelle dans la capacité à passer d’un univers à l’autre. Et comme à son habitude, Josette Baïz introduit des intermèdes, ici transmis par les désormais célèbres Claire Laureau et Nicolas Chaignaud, qui offrent à Grenade leur humour décapant. Ils entraînent les danseurs de la compagnie dans leur univers burlesque où ceux-ci prouvent à quel point ils sont aussi de formidables mimes et comédiens.

Thomas Hahn

Spectacle vu le 7 octobre 2017, Pavillon Noir, Aix-en-Provence

Khallini Aïch extrait
Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou
interprété par : Lola Cougard, Kim Evin

UNITXT extrait
Richard Siegal
interprété par : Angélique Blasco, Brian Caillet, Marie Pastorelli, Axel Loubette

Les Déclinaisons de la Navarre extraits présentés en interludes
Nicolas Chaigneau & Claire Laureau
interprété par : Angélique Blasco, Brian Caillet, Camille Cortez,Lola Cougard, Danaël Darnaud, Kim Evin, Aline Lopes, Marie Pastorelli, Anthony Velay

Hasta dónde… ? extrait
Sharon Fridman
interprété par : Kim Evin, Anthony Velay

Clash extrait
Patrick Delcroix
interprété par : Angélique Blasco, Alfredo Bottardi, Brian Caillet, Camille Cortez, Lola Cougard, Danaël Darnaud, Kim Evin, Aline Lopes, Marie Pastorelli, Anthony Velay

Les Indomptés extrait
Claude Brumachon et Benjamin Lamarche
interprété par : Camille Cortez, Anthony Velay

Noces extrait
Angelin Preljocaj
interprété par : Angélique Blasco, Alfredo Bottardi, Brian Caillet, Camille Cortez, Lola Cougard, Danaël Darnaud, Kim Evin, Aline Lopes, Marie Pastorelli, Anthony Velay

Welcome to Paradise extrait
Joëlle Bouvier et Régis Obadia
interprété par : Angélique Blasco, Brian Caillet

En tournée :

30 JANVIER 2018 :Théâtre Jean Lurçat I Aubusson (23)

1er FEVRIER 2018 La Coloc’de la Culture : Cournon-d’Auvergne (63)

9 FEVRIER 2018: Théâtre du Parc I Andrézieux (42)

13, 14 FEVRIER 2018 : La Colonne I Miramas (13)

24 MARS 2018 : Théâtre Armand I Salon-de-Provence (13)

10, 11 AVRIL 2018 : Le Merlan, scène nationale I Marseille (13)

18 MAI 2018 : Espace de l’Huveaune I La Penne-sur-Huveaune (13

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