Amanda Piña : « Dance & Resistance »

La chorégraphe mexicano-chilienne Amanda Piña et le plasticien suisse Daniel Zimmermann invitent sur scène des formes de danses dites « rituelles »  menacées d’extinction ou déjà disparues et les font partager dans une expérience intime.

Les spectateurs sont assis en cercle sur le grand plateau du Quartz. Il ne se passe rien, sinon des projections, genre papier peint, sur des panneaux blancs qui entourent l’espace de jeu. On reconnaît vite les logos des grandes multinationales financières ou pétrolières (Shell, BP, WV…).

Dans ce cadre éloquent, où se téléscopent économie de marché et néo colonialisme via l’exploitation des ressources, surgit l’ébauche de danses rituelles de peuples en voie de disparition venus de Tabiteuea (Kiribati, menacés par la montée des eaux), d’Arizona (Indiens Navajos) et d’Indonésie (où la déforestation bat son plein). Elles sont amenées dans le temps présent par un processus de « téléchargement » dans le corps de quatre danseuses, parées de griffes.

Il s’agit de processions et d’offrandes, des gestes simples, émouvants, car intenses, portés par une mélopée fascinante, qui semblent venus de la nuit des temps. Il y a du sacré dans l’air, mais de nouvelles divinités sont en train de prendre leur place, on brandit la coquille (shell) ou la marguerite (bp), on salue le soleil levant de Texaco tandis que les percussions traditionnelles se mêlent aux sons électro qui grésillent, égratignant les souvenirs et éraillant la litanie de voix et de gestes.

Une foule de danseurs / figurants se lève et entre dans cette danse envoûtante, hommes, femmes, enfants participent à la transe, les logos disparaissent, ne restent que des à-plats de couleurs vives tandis que la musique déferle sur cercle devenu magique, l’espace d’un instant. Le spectacle, captivant, porte bien son nom Dance & Resistance. Mais pourront-ils résister longtemps ? Et nous ? Dance & Resistance est le second volume de la série Endangered Human Movements ça veut tout dire.

Agnès Izrine

Le 3 mars 2017, DAÑSFABRIK, Le Quartz, Brest

 

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