700 campeurs attendus au CN D

Festif et grouillant de découvertes, le rassemblement Camping restera comme emblématique du passage de Mathilde Monnier à la tête du Centre national de la danse. Prochaine édition du 17 au 28 juin.

Un peu d'histoire : alors qu'elle dirigeait le Centre chorégraphique national de Montpellier, la chorégraphe Mathilde Monnier y marquait le changement de millénaire en y proposant le Potlatch (juin 2000). Pendant huit jours, à toute heure, tous les espaces de l'établissement étaient ouverts à tout un chacun pour assister et/ou participer à tous les échanges et explorations artistiques et intellectuels. Dans cet incroyable fourmillement, on vit le mouvement de la danse française rebondir sur les bouleversements que venaient d'y provoquer les courants contestataires et innovants (alors dits du 20 août, en mémoire de l'un de leurs textes collectifs les plus fameux).

On se souvient du Potlatch quand on observe l'incroyable effervescence qui s'empare, chaque année à la fin juin, du Centre national de la danse, depuis que Mathilde Monnier en a pris la direction (qu'elle s'apprête à quitter à présent). Mais on songe encore à un autre événement historique pas si lointain : cela s'appelait Schools et se passait au CNDC d'Angers, alors sous la houlette d'Emmanuelle Huynh, avec l'implication très active de son assistant Aymar Crosnier. Lequel est depuis lors devenu celui de… Mathilde Monnier. A Schools, pendant huit jours, des étudiants de quantités d'écoles invitées de plusieurs pays venaient partager et réfléchir sur leurs pratiques.

Il ne s'agissait pas d'un aimable festival de représentations scolaires de fin d'année, mais là encore d'un forum des expériences et de la réflexion en actes. Alors on conclura ce bref survol historique en se souvenant que le CNDC d'Emmanuelle Huynh tentait alors de réinventer du tout au tout la formation du danseur (de la danseuse), tandis que Mathilde Monnier avait créé de son côté ce qui est devenu le master exerce du CCN de Montpellier.

Il n'est pas vain de poser ces repères au moment de présenter la cinquième édition de Camping au CN D, tandis qu'une nouvelle direction s'y annonce, et qu'un choix stratégique se présente à l'identique pour la nouvelle direction du CNDC d'Angers. Osons la question : qu'est-ce qui fait que les courants esthétiques novateurs sont devenus résiduels dans les formations de danse dans l'Hexagone, au point que c'est désormais vers Bruxelles, Lisbonne, Lausanne, Amsterdam ou Stockholm, que doivent se tourner les jeunes artistes désireux de plonger pleinement dans l'actualité de la performance chorégraphique ?

Quel est le secret de la réussite de Camping, ce contre-exemple, fût-il ponctuel ? Voyons cette liste : Germaine Acogny, Antonia Baehr, Bryan Campbell, Jonathan Capdevielle, Jonathan Drillet, François Chaignaud, Nora Chipaumire, Régine Chopinot, Anne Collod, Volmir Cordeiro, Alice Cramer, Raphaëlle Delaunay, Marcelo Evelin, Corinne Garcia, Emanuel Gat, Olivia Grandville, Miguel Gutierrez. On arrête à G. Mais on pourrait poursuivre selon l'alphabet jusqu'au Y de Yu Cheng-Ta. Cette liste est celle des artistes donnant trente-neuf workshops tout au long de Camping. C'est totalement international, et stylistiquement divers. On n'y a pas lu un nom qui ne signifie pas une acuité, une excellence, une singularité reconnue – et souvent une grande actualité – dans le paysage chorégraphique international.

Travailler, chercher, inventer – et non seulement copier des recettes – auprès d'artiste de pleine activité – et non des professeurs retirés des scènes, plus ou moins essoufflés : c'en est assez pour attirer sept cents "campeurs" pendant dix jours. Ils sont professionnels ou amateurs. Mais ils sont notamment trois cents étudiants de vingt-neuf écoles invitées depuis quantité de pays (dont plusieurs écoles d'art, pas que de danse, et ça n'est pas un hasard).

Camping est ainsi une Babel juvénile indisciplinaire de la danse en effervescence. On se souviendra du rôle qu'eurent les grands stages du festival d'Avignon de la fin des années 70 pour éveiller la danse en France. Plus modestement de l'atelier géant qu'étaient les Hivernales d'Avignon d'antan. On pense aussi à ce forum mondial en pleine ébullition qu'est chaque été l'ImPulTanz viennois avec ses dizaines de stages et laboratoires (Mathilde Monnier en fut une commissaire invitée).

C'est en se faisant que la danse s'éprouve. Et s'observe. Se découvre. Il ne faut donc pas mésestimer les soixante cours du matin que proposent les écoles elles-mêmes, ni les cours géants qui attirent plus de cent pratiquants – et tant mieux si le bruissement festif est alors de la partie. Ateliers, projections, tables rondes excitent les esprits. Lesquels n'ont plus qu'à se tourner vers une programmation de quinze spectacles, dont quatre créations mondiales, cinq premières en France, et quatre pièces de répertoire.

De ce programme (le plus souvent complet, mais ouvert au tout public) on trouvera le détail sur le site du CN D. Impossible de le détailler ici. Tout de même en évoquer l'humeur, allant de la création de Daniel Linehan étonnamment tournée vers une part autobiographique, à des reprises de haute mémoire par Daniel Larrieu. Du dernier cri de Bryan Campbell à une visitation de masse de la Fan Dance d'Andy de Groat. D'une expérimentation de Lorenzo de Angelis en paire avec le Brésilien Wagner Schwartz, à l'interprération de Virginie Despentes (Impossible de violer cette femme pleine de vices - c'est le titre) dans une interprétation brésilienne – au temps de Bolsonaro – par Fernanda Silva.

Bref, fin juin, la pointe de la boussole des curiosités indique obstinément Pantin. Non sans qu'on remarque que la direction symétrique opposée est donc Montpellier. Dont Mathilde Monnier n'ignore rien.

Gérard Mayen

Camping 5eme édition du 17 au 28 juin 2019
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