Published on dansercanalhistorique (https://dansercanalhistorique.fr)

Home > La (très) « Haute Couture » de Josepha Madoki en défilé waacking

La (très) « Haute Couture » de Josepha Madoki en défilé waacking

La reine du waacking parisien s’associe à un couturier spécialisé dans la réutilisation de matières usagées, pour un hommage à la fashion qui ne manque ni d’ironie subversive ni de surprises esthétiques. L’idée est de réimaginer la mode autant qu’un style de danse urbain né à Los Angeles, un siècle après l’invention du blue jean, non loin de L.A., à San Francisco. Conclusion : le sublime est dans le jean !

Partir des défilés de mode pour créer un spectacle, est-ce une démarche subversive ? Tout dépend des clés de détournement. En l’occurrence, le denim. La robe de mariée aussi. Et une vielle rengaine qui exulte le kitsch des stéréotypes amoureux. Sans parler des codes du défilé de mode. Haute Couture reçoit la bénédiction d’une poudre magique qui détourne les insignes d’un vieux monde pour proposer de nouvelles idées de beauté et d’inclusion. Elle porte le nom d’un style de danse urbaine : le waacking. Dans le rôle de la magicienne : Josépha « Princess » Madoki, la reine du waacking à la française, fondatrice du premier collectif de waacking français, Ma Dame Paris. Fondatrice du All Europe Waacking Festival, waackeuse bien en vue et la bienvenue à l’Opéra de Paris en 2023, quand Thomas Jolly y monte Roméo et Juliette. Et quand le même Jolly met en scène la cérémonie d’ouverture des JO de Paris, il confie à Madoki la chorégraphie d’un tableau. De waacking, évidemment.

Alors, avant de revenir à Haute Couture, un mot au sujet du waacking. Les origines de ce style lié aux clubs et la nightlife, avec son aura de glamour et d’extravagance, ont tout à voir avec des poses pour la caméra chez les acteurs de Hollywood dont s’inspiraient les fondateurs de cette danse urbaine, non liée au hip hop par ailleurs, dans les clubs de Los Angeles des années 1970/80. Dans sa création précédente, D.I.S.C.O. – Don’t Initiate Social Contact with Others, Madoki avait justement fait référence au fait que ce style s’était développé sur la musique disco. Mais aussi au besoin de renouer avec la fête après les confinements. Après quoi elle rencontra donc Thomas Jolly. Et aujourd’hui le couturier Mario Faundez, spécialisé dans l’upcycling avant-gardiste.

Parlez-moi de couture…

De franges en autres pièces découpées, Mario Fundez fait ici du jean usagé la matière première des costumes de scène. Et prend à contrepied toute idée habituelle qu’on se fait de la haute couture, forcément gourmande en matières premières. Pas chez lui, pas chez « Princess » Madoki.  Elle aime certes la fashion, mais pas son côté business, pas l’idée d’une production destinée à véhiculer une image plutôt que de revêtir une quelconque utilité post-défilé. Et identifie cette incompatibilité environnementale comme l’un des problèmes majeurs de la fashion industry. Le concept d’upcycling modifie profondément cette donne. Mais l’admiration qu’elle porte aux créateurs est sincère. Aussi a-t-elle demandé à DJ Naajet, qui signe la très belle bande son électro/house, d’y intégrer des extraits d’interviews de couturiers de légende, dont Gabrielle Chanel, Azzedine Alaïa et autres Vivienne Westwood.

Sur scène, cette révérence s’accompagne, théâtralement parlant, de clins d’œil au travail des models et autres codes des défilés, culminant dans la présentation d’une énorme robe de mariée aussi surdimensionnée qu’ironique, la traîne formant un cercle d’une largeur qui se mesure en mètres. Et Haute Couture  se mue en pièce montée, envoyant la protagoniste comme sur un nuage, symbole de l’ironie qu’elle porte à ce symbole du romantisme. Ce qui ne l’empêche pas de sublimer la chanson qui incarne le kitsch à la Saint-Valentin : il s’agit de Parlez-moi d’amour, ici chanté live dans une version soul, la fragilité de la voix sublimant la vieille rengaine de music-hall, tel un exemple lumineux d’upcycling musical.

Mélange de genres

Les huit danseurs qui présentant la collection jean signée Mario Faundez viennent d’univers urbains divers, du waacking bien sûr mais aussi du voguing et de la danse contemporaine. Et la créativité du designer n’a d’égal que celle de Madoki, dans une pièce qui alterne entre solos et unissons, sensualité festive et ironie théâtrale, les danseurs sublimant les créations du styliste et inversement. Le portant mobile devient partenaire de danse et les crinolines peuvent s’associer à des talons de 30 cm, et le fameux soutien-gorge conique et iconique de Gaultier.

Et ce ne serait pas le genre d’un univers comme celui du waacking que d’insister sur le genre. Dans Haute Couture, les hommes portent la crinoline et les stilettos avec le plus grand naturel, de manière aussi véridique que le voguing vient de New York, le waacking de Los Angeles et que le bleu qui donne le Denim est parti de Nîmes. Comme son nom l’indique… Le blue jean, lui, est né à San Francisco. Pour se réincarner aujourd’hui en objet d’upcycling et devenir Haute Couture à Paris.
Si le plaisir et le jeu avec la matière dominent de bous en bout, Josepha Madoki n’hésite pas à accompagner son univers de messages et déclarations d’intention en toutes lettres (« empowerment » et « transformation »). Et Haute Couture  regorge d’images fortes d’identités non binaires, en miroir des qualités profondément transdisciplinaires de cette création où la collection créée par Mario Faundez a servi de point de départ à la recherche chorégraphique. Exemple de subversion joyeuse et d’upcycling mutuel, Haute Couture  ouvre de nouvelles voies à la danse comme à l’univers de la fashion.
 
Thomas Hahn
Vu le 11 décembre 2025, Paris, Le Carreau du Temple 
   
Haute Couture - Une collection en mouvement
Chorégraphie : Josépha Madoki aka Princess Madoki
Stylistes : Mario Faundez, avec la participation des étudiant•e•s de l’Atelier Chardon Savard
Interprètes : Rémi Bajrami, Célia Derrahi, Tomasz Gawecki, Mariam Kamara, Exaucé Lokebo, Coralie Murgia, Mathis Said, Lexane Turc
Musique originale : Naajet
Création lumière : Marine Stroeher
Scénographie : Marta Pasquetti

 

Catégories: 
Spectacles
Critiques
tags: 
Le Carreau du Temple
Josépha Madoki aka Princess Madoki
Mario Faundez
Rémi Bajrami
Célia Derrahi
Tomasz Gawecki
Mariam Kamara
Exaucé Lokebo
Coralie Murgia
Mathis Said
Lexane Turc
Naajet

Source URL: https://dansercanalhistorique.fr/?q=content/la-tres-haute-couture-de-josepha-madoki-en-defile-waacking