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« Bifurquer » : Une rencontre danse et handicap essentielle.

Dans le cadre de BOOST 2026, le collectif Adelphes a organisé à la Cité fertile de Pantin une journée sur la danse et le handicap ayant pour sujet l’idée de bifurquer. La présentation du projet de l’Institut médico-éducatif des Moulins-Gémeaux de Saint-Denis à laquelle nous avons assisté devait être suivie d’un battle hip-hop ayant pour jury Soniaak RK, Deyvron et Armande Sanseverino et d’un set des DJ Kristian Amou et MC Nawel Bounar.

Comme on voit, les organisateurs de l’événement ont souhaité placer l’espace de dialogue entre danse et handicap « sous le signe de l’inclusivité, du partage et de la fête ». La prise de parole ou talk portait sur la relation des personnes en situation de handicap avec la danse a été modérée par Nathalie Yokel, critique et programmatrice de danse, et prolongée d’un court échange avec le public. Y ont contibué Agathe Pfauwadel, danseuse et pédagogue, chorégraphe et directrice artistique de la compagnie Pasarela (fondée par Flora Sans), qui a travaillé avec les chorégraphes Odile Duboc, Georges Appaix et Alban Richard, Céline Schneider, danseuse amatrice et psychomotricienne à l’IME de Moulins-Gémeaux, Zoé Fomara, chargée des relations avec les habitants et le public au sein des Rencontres chorégraphiques internationales de Seine Saint-Denis, Sarah Fery, danseuse et psychomotricienne aux Moulins-Gémeaux.

Après avoir rappelé le fil rouge de la dénomination de la rencontre, celui de « bifurquer », qui est au départ, comme le fait remarquer Nathalie Yokel, un terme anatomique proposé par Ambroise Paré pour désigner dans le corps des chemins qui se dédoublant, une façon de prendre une autre orientation. Dans quelle mesure ce verbe s’applique-t-il aux pratiques qui font l’objet de la discussion ? Zoé Fomara évoque la vingtaine de projets menés à l’année par les Rencontres chorégraphiques en direction de structures et de publics différents ayant en commun la danse. Pour les familiariser avec l’expression contemporaine, les Rencontres encouragent la pratique de la danse, facilitent l’accès aux spectacles dont ils débattent avec l’audience. Mais rares sont les structures qui disposent de personnel spécialisé dans le handicap, et les ressources nécessaires pour se consacrer à cette tâche. Le projet mené avec l’IME a permis de présenter des spectacles in situ ainsi que des ateliers avec des artistes. La DRAC a permis de mettre en place cette opération Culture et danse sociale qui s’est déroulée d’avril à décembre 2025 et permis d’établir un lien entre l’IME et une Maison de quartier de Saint-Denis.


Au terme bifurquer, Agathe Pfauwadel préfére l’expression « pas de côté » qui indique le changement de point de vue propre à l’artiste, la transformation de l’artiste et celle de son regard par le travail effectué. Plus précisément, par ce pas de côté, qui est aussi politique. En l’occurrence, dans la résidence de la compagnie à l’Institut médico-éducatif de Moulins-Gémeaux. Avec un studio de danse dans cet établissement, une véritable formation des jeunes qui y sont accueillis. Les droits culturels existent, encore faut-il qu’ils soient efficients pour tout le monde ! C’est ce travail que porte le projet « Faire corps et rayonner » qui est défini par la compagnie Pasarela comme « une formation chorégraphique en milieu de santé pour déployer les potentiels des personnes en situation de handicap ». C’est de plusieurs pas de côté qu’il s’agit, donc pratiquement d’une chorégraphie ! Il y a une exigence dans le travail, dans les qualités demandées, dans l’investissement et aussi dans les compétences.


Un IME est, selon Céline Schneider, une équipe pluriprofessionnelle : une part pédagogique, avec des enseignants qui sont à l’intérieur de l’établissement, des éducateurs spécialisés et du soin avec des psychologues, des psychomotriciens. Des éducateurs sportifs peuvent faire du travail dehors. L’IME avait organisé en interne, dans un gymnase, un atelier de danse-yoga mené par un éducateur sportif et une psychologue. L’arrivée d’une compagnie de danse a ouvert à une autre façon de travailler, à une rencontre avec des artistes, à des personnes de l’extérieur qui viennent s’intéresser à ce qui est fait à l’intérieur. Cet intérêt, cette envie de rencontre permet aux jeunes d’expérimenter la danse. C’est complètement différent de l’acte thérapeutique qui vise à améliorer des fonctions, à améliorer le schéma corporel, etc. Finalement, les effets sont très positifs, mais l’acte est, avant tout, d’ouvrir à l’expérience artistique.


Sarah Fery retrace en quelques mots son expérience dans le cadre du Centre chorégraphique national de Belfort. Durant une quinzaine de jours, le centre chorégraphique a accueilli la compagnie Pasarela, un groupe de jeunes en situation de handicap et leurs accompagnateurs, leur donnant accès à un grand espace, avec des lumières, un tapis de scène. Le quotidien étant partagé avec les artistes. Une ouverture publique a permis de montrer le travail accompli durant une semaine. L’enjeu étant de montrer l’étape de travail. Agathe Pfauwadel a proposé à des personnes suivant une formation d’animation culturelle de se joindre durant deux jours au groupe. Après la présentation du travail a eu lieu une discussion avec les spectateurs. Force a été de constater par l’un des futurs animateurs socioculturels qu’il a pris appui sur les jeunes, que ceux-ci l’ont porté, et non l’inverse.

Nicolas Villodre
Vu le 4 avril 2026 à la Cité fertile de Pantin.

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