À la tête du CCN de Nantes depuis le mois de janvier, Salia Sanou plonge dans son répertoire pour créer sur mesure pour le vibrant Ousséni Dabaré Trois fois seul.
« Je suis seul face à vous, c’est mon corps que vous regardez dans sa solitude dans un contexte d’altérité et de partage pour vous et avec vous. » proclame la feuille de salle. Ousséni Dabaré, dit Esprit, entre en scène, nous fait face, marche lentement vers nous. Sa stature est imposante, sa présence ardente, ses yeux plongent dans les nôtres. La lumière qui irrigue encore la salle nous rend acteurs de cette rencontre. Sur une belle et simple mélodie de jazz qui mêle piano et guitare, ses mouvements prennent de l’ampleur. Il brandit calmement le poing, exécute une drôle de promenade, esquisse un sirtaki, fait groover son corps tout entier, dans une danse métissée, dans une danse nue et sincère. De dos, il déploie ses bras, grand oiseau cherchant l’envol, interrompt subitement son geste, l’air prend de la consistance entre ses membres qui se rapprochent l’un de l’autre.
Rencontres
Pour ses premiers pas à la tête du CCN de Nantes, Salia Sanou choisissait de se présenter en janvier lors du festival Trajectoires avec Multiple-s, une ode à la rencontre à l’occasion de laquelle il partageait la scène avec la chanteuse et compositrice Ange Fandoh et le musicien et poète Babx. Pour les deuxièmes, il a imaginé de plonger dans son répertoire pour en extraire une essence, recomposée sur mesure au présent et confiée à son fidèle compère Ousséni Dabaré. En effet, le danseur s’est formé au Centre de Développement Chorégraphique La Termitière, fondé par Salia Sanou et Seydou Boro à Ouagadougou, avant d’interpréter Clameur des arènes, Du Désir d’horizons, D’un rêve ou À nos combats. Son corps est donc pétri de la matière du chorégraphe et leur entente comme leur complicité de longue date sont précieux pour la création de Trois fois seul, voyage introspectif mais toujours partagé avec le public, solitude emplie de différents états de corps et de présences. L’autre n’est-il pas toujours une partie intégrante de soi ?
Galerie photo © Laurent Philippe
Métissages
Entre chacun des solos, Ousséni Dabaré reprend longuement son souffle assis sur une simple chaise, seul décor d’un plateau intégralement dénudé. Après une première pause, il entame une danse de combat. D’abord mains en l’air, il gifle bruyamment ses cuisses, boxe l’air, prend appuis sur ses bras pour mieux ruer nerveusement. Puis nous le retrouvons chaloupant des hanches, jouant précieusement de sa part féminine, roulant des épaules, alternant petit pas de boxeur et puissance ancrée dans le sol à la mode africaine, bondissant, dans une danse complexe et plurielle d’une grande richesse. Enfin, après avoir coulé de sa chaise tête en bas et recroquevillé son corps en fœtus, il laisse le rythme secouer sa poitrine, ondule, dessine quelques pas de jazz et s’engage dans une sorte de rituel, enlevé et implorant.

Au moment des saluts, alors que la prestation de ce très beau et vibrant danseur est comme il se doit honorée par des applaudissements nourris, Salia Sanou le rejoint pour un précieux duo improvisé qui laisse éclater leur talent et leur complicité. Trois fois seul mais jamais seul.
Delphine Baffour
Vu le 31 mars 2026 au Théâtre Francine Vasse, Nantes.
Distribution
Conception et chorégraphie : Salia Sanou
Musique : Carla Bley
Interprétation : Ousséni Dabaré.