La Maison du théâtre et de la danse d’Épinay-sur-Seine, qui a succédé à la MJC des Presles dirigée naguère par le comédien Jean-Louis Manceau, vient de présenter la troisième création du binôme artistique Érika Tremblay-Roy-Christophe Garcia, Va falloir toujours toujours, un spectacle d’esprit « pop » destiné au jeune public mêlant « danse, théâtre et confessions dans un lave-vaisselle ».
Le titre de la pièce met l’accent sur la constance et la détermination dont il faut faire preuve face aux fiascos rencontrés dans la vie quotidienne. La Canadienne Érika Tremblay-Roy écrit : « Tout ce qui nous entoure carbure au sentiment de réussite. (…) Quand on est un parent, il faut être un top parent. Quand on est enfant, il faut être un top enfant. Pourtant, rien ne se passe jamais comme on l’avait imaginé. Chaque jour on trébuche un peu, on rate et on échoue ».
Galerie photo © Jean-Michel Naud
Parlons des protagonistes, plantons le décor. Deux grands enfants, Nina et Jonathan, interprétés par les remarquables danseurs contemporains Nina-Morgane Madelaine et Jonathan Sanchez, s’activent, s’agitent sous la surveillance de l’arbitre des élégances ou maîtresse de cérémonie, la comédienne Geneviève St Louis. Le trio sera renforcé en cours de route par l’acteur filiforme Mehdi Boumalki qui deviendra un des camarades de jeu. Au fond du plateau se trouve un rideau qui, assez vite, se déglingue ; des cordages pendent des cintres d’où chutent matières et accessoires ; du haut de son hawk-eye, Mme Geneviève tente de contrôler la situation.
Galerie photo © Jean-Michel Naud
Il s’agit bel et bien d’un jeu. Au sens ludique du terme comme au sens théâtral. Tout cela n’est donc pas sérieux, quoique valeurs, conseils, morale et enseignements soient, mine de rien, suggérés au public réceptif de dizaines d’écoliers, de six à dix ans environ, réunis pour l’occasion. Le foyer idéal devient chaotique au fur et à mesure du récit. Les gags, les chutes, les acrobaties, les gestes, pour ne pas dire la gestique, alternent avec les dialogues surréalistes et les objets absurdes, voire Dada, comme l’escalier mécanique du film The Electric House (1922) de Buster Keaton ou la machine à laver de Dreams That Money Can Buy (1947) de Hans Richter ou de Caramba (1986) de Philippe Decouflé.
Galerie photo © Jean-Michel Naud
Qui plus est, la danse est de qualité. Le décor de Sylvain Wavrant, la musique d’Ariane Bisson McLernon, la lumière d’Andréanne Deschênes et, surtout, les costumes aux teintes saturées d’Emmanuel Maria contribuent à la réussite de la production. Les mouvements sont amplifiés à la manière de ceux des pantomimes de la commedia dell’arte, pour mieux atteindre leur cible. L’un des intérêts de la mise en scène du couple artistique et de la chorégraphie de Christophe Garcia est, précisément, que le geste se détache du texte. Relativement, bien entendu. Surprenamment, comme on dit au Québec.
Nicolas Villodre
Vu le 3 avril 2026 à Maison du théâtre et de la danse d’Épinay-sur-Seine.
Tournée : du 8 au 19 avril 2026 au Théâtre Jeunesse, Les Gros Becs, Québec ;
du 27 au 31 mai 2026 au Théâtre français du Centre national des Arts, Ottawa
du 7 au 23 juillet 2026 à 16h40
Avignon Off 2026
Totem – Scène conventionnée d’intérêt national art, enfance, jeunesse
Chorégraphie et co-mise en scène : Christophe Garcia
Texte : Érika Tremblay-Roy
Chorégraphie : Christophe Garcia
Mise en scène : Christophe Garcia et Érika Tremblay-Roy
Scénographie : Sylvain Wavrant
Costumes : Emmanuel Maria
Musique : Ariane Bisson McLernon
Lumière : Andréanne Deschênes
Interprétation : Mehdi Boumalki, Nina-Morgane Madelaine, Jonathan Sanchez et Geneviève St Louis.