La Quinzaine de la Danse se déploie pour une huitième édition passionnante entre Mulhouse, Illzach et Saint-Louis du 6 au 21 mars.
Initiée par l’ESPACE 110 - Centre Culturel d’Illzach, le CCN Ballet de l’Opéra national du Rhin et La Filature, la huitième édition de La Quinzaine de la Danse nous propose une traversée passionnante de l’art chorégraphique sous toutes ses (plus belles) formes. Au programme : une plongée dans l’univers plastique et sensible d’Emmanuel Eggermont, des voyages au Québec ou en Amérique Latine, un nouveau regard sur les Quatre saisons et sur la douceur.
Dans l’univers d’Emmanuel Eggermont
En ouverture, Emmanuel Eggermont recrée dans une version élargie pour neuf interprètes du virtuose Ballet de l’Opéra national du Rhin son chatoyant All Over Nymphéas.

Dans ce dernier volet de son étude « chromato-chorégraphique » dédié au motif, le chorégraphe fait le lien entre l’impressionnisme et les artistes du all-over, figuration et abstraction. Il transforme par ce geste très pictural le jardin d’Eden de Claude Monet en un catwalk stylisé, en une prairie graphique et rythmique en perpétuelle métamorphose. Ayant travaillé pendant quinze ans avec le si regretté Raimund Hoghe, dont il partage l’élégance et la sensibilité et est légataire de l’œuvre, Emmanuel Eggermont présente également About Love and Death, son bouleversant solo en guise d’élégie pour le chorégraphe disparu. Glissant ses pas dans ceux du maestro avec une grande liberté, il y fait sienne en diverses séquences la grammaire hoghienne, de L’Après-midi à La Valse, d’une couverture de survie à une paire d’escarpins noirs.

Le Québec à l’honneur
Le Québec est à l’honneur de cette huitième édition avec trois propositions. Poursuivant ses recherches sur les états de transe induis par la répétition et l’accumulation de gestes comme par l’épuisement physique, Catherine Gaudet lance dans ODE, son dernier opus, onze interprètes psalmodiant dans un rite païen exalté, hallucinogène et jouissif.

Familière de la région puisqu’elle a chorégraphié Noces et Les Beaux Dormants pour le Ballet de l’Opéra national du Rhin, Hélène Blackburn, accompagnée de Cai Glover, propose Mikro, imaginé sur une composition musicale inspirée de la série de 153 pièces Mikrokosmos que Béla Bartók composa pour initier son fils au piano.

Dans un jeu d’apparitions, transformations et disparitions qui nous dit l’éphémère de notre condition, cinq interprètes orchestrent un dialogue entre mouvement, parole et langue des signes qui « dévoile le sens mystérieux du devenir ». La troisième proposition réuni les danses urbaines de Strasbourg et Montréal dans une même soirée. Avec GUEST, la breakeuse Noémie Cordier signe une ode au clubbing et à la liberté émancipatrice des cultures underground.

Adepte du popping, Elie-Anne Ross s’inspire de l’iconique Mrs. Dalloway de Virginia Woolf dans FLUX. Usant de l’écriture automatique qui produit des juxtapositions improbables et recrée le monde chaotique de l’imaginaire, elle plonge dans un état mental lui permettant de ralentir les vagues de sa conscience et de se réapproprier son corps. À l’issue de cette représentation, les deux danseuses proposent au public un Acte 2 participatif.
Héritages d’Amérique Latine
Deux projets nous conduisent, eux, en Amérique Latine. Avec leur merveilleux Como una baguala oscura, Nina Laisné et le danseur et chorégraphe Néstor ‘Pola’ Pastorive rendent hommage à la grande pianiste argentine Hilda Herrera.

Les souvenirs comme les accords de celle qui fut la seule femme compositrice à avoir durablement marqué le folklore de son pays dialoguent avec les virtuoses zapateos de son compatriote dans une mise-en-scène sensible et captivante. Le bouleversant Sous les fleurs de Thomas Lebrun nous emmène, lui, au Mexique, à la rencontre des Muxes, reconnues dans la culture zapotèque comme un troisième genre. Cinq danseurs vêtus de somptueux costumes fleuris qui évoquent Frida Kahlo leur prêtent leurs visages, leurs gestes précis et leurs présences intenses tandis que, régulièrement, l’une des plus emblématiques d’entre elles, Felina Santiago Valdivieso, nous livre son témoignage recueilli par le chorégraphe lors d’une résidence de travail dans la ville de Juchitán de Zaragoza.

Saisons revisitées et puissance de la douceur
Last but not least, la violoniste Jolente De Maeyer et Michiel Vendevelde s’associent à l’ensemble BRYGGEN – Bruges Strings pour Quatre saisons en mouvement, un concert chorégraphié de la recomposition des Quatre saisons de Vivaldi par le musicien britannique Max Richter. Présenté pour la première fois en France, ce spectacle étonnant dans lequel mélodies et mouvements s’épousent voit dix-huit musiciens et musiciennes jouer debout, par cœur, et écrire « de leurs pas des motifs sans fin, parfois soulignés, parfois contredits par ceux d’une danseuse solitaire ». Nouvelle co-directrice de l’Agora, cité internationale de la danse, Jann Gallois, enfin, propose sa dernière création Imminentes. Construite en deux irrésistibles crescendo, elle rend palpable la Puissance de la douceur chère à la philosophe Anne Dufourmantelle à travers le corps de six danseuses qui de rondes en contacts charnels puisent leur liberté et leur énergie dans le soin qu’elles portent à chacune d’entre elles.

Une exposition du duo d’artistes Clara Chichin et Sabatina Leccia mêlant photographie, dessin et broderie et questionnant la notion de paysage et sa représentation, une soirée Sunset composée d’un Drag Show hosté par Ana Dolly et d’un DJ Set avec le collectif Zam Zam invitant à se déhancher sur le dancefloor, une journée de clôture avec des performances, un atelier de danse parents-enfants, des cours de yoga, de hip-hop ou de tango et même une giga barre complètent cet enthousiasmant programme.
Delphine Baffour
La Quinzaine de la Danse
Du 6 au 21 mars 2026 à La Filature, Scène nationale de Mulhouse, l’Espace 110 – Centre culturel d’Illzach et au Théâtre de la Coupole, Saint-Louis.