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« Panache ! Les origines équestres et militaires du cirque »

Après Acrobates (2018), No Animo Mas Anima (2023) et Fiers saltimbanques ! (2024), Panache ! Les origines équestres et militaires du cirque est la quatrième exposition de préfiguration du musée des Arts du cirque. Celui-ci ouvrira ses portes en 2029 dans l’ancienne caserne Chanzy de Châlons-en-Champagne.

Notre plongée dans l’histoire du cirque moderne commence dans un espace en arc de cercle, une amorce de piste de cirque dont le diamètre fut fixé à 42 pieds, soit environ 13 mètres, en 1768, par l’écuyer et entrepreneur de spectacle équestre anglais Philip Astley (1742-1814), dans sa Riding school de Lambeth Marsh, près de Londres. Nous sommes guidés dans notre visite par Marika Maymard, chercheuse, autrice et collectionneuse, co-commissaire de l’exposition avec Enora Gault, directrice adjointe des musées de Châlons-en-Champagne, et Pascal Jacob, auteur, directeur artistique du cirque Phenix et collectionneur.

Tandis que l’équipe d’Enora Gault s’active et finit d’accrocher les 300 pièces provenant de la collection Jacob-William, riche de plus de 5 000 objets couvrant l’univers du cirque et du fonds familial Fratellini donné à la ville par Valérie Fratellini ainsi que de prêts exceptionnels de la Cité des arts du cirque de Montréal, du musée de l’Armée, du musée d’Orsay et du Louvre, nous accommodons notre œil dans le demi-jour et nous focalisons sur les précieuses archives fixées au mur côté cour et aux objet placés sous verre. Marika Maymard commente ces signes et vestiges qui retracent l’évolution d’une forme équestre et acrobatique apparue dans un cadre théâtral qu’Astley n’osait à ses débuts nommer cirque.

Ainsi que le rappelle Benoît Apparu, le maire de Châlons, dans le beau catalogue illustré publié à cette occasion, « C’est dans les manèges militaires qu’ont résonné, dès le XVIIIe siècle, les premières voltiges équestres, prélude à la naissance du cirque moderne. (…) La discipline, le mouvement, la musique cadencée, les uniformes, la précision des gestes : tous ces codes partagés ont donné forme à un art populaire et exigeant, qui s’est inscrit naturellement dans le paysage châlonnais. Au fil du temps, la ville a renforcé son empreinte circassienne : la construction du cirque en dur en 1899, le développement du Centre national des arts du cirque – parmi les meilleures écoles au monde avec celle de Montréal –, l’essor du festival Furies puis la création du PALC, pôle national cirque, ont façonné une identité culturelle singulière. »

Enora Gault nous y apprend que le terme « circus » fut employé par Charles Hughes et Charles Dibbin, fondateurs à Londres, en 1782, de la Royal Circus and Equestrian Philharmonic Academy, afin de « légitimer leur ancrage dans l’héritage de la Rome antique »,  de même que Philip Astley avait fait le choix d’utiliser le mot « amphithéâtre » pour « désigner l’ellipse créée par les pas du cheval sur la piste ». Hughes et Dibbin abandonnent l’espace oblong hérité des hippodromes grecs au profit du cercle. Lorsque la famille Franconi ouvre en 1827 le Théâtre du cirque olympique, boulevard du Temple, sont pérennisés le lien à la Rome antique et la référence hellénique attachée à l’adjectif « olympique ». La quadrature du cercle opposant les tenants du « théâtre » et du « cirque » est levée avec leur inauguration de l’hippodrome de l’Étoile en 1845.

Le répertoire circassien est en un premier temps constitué d’« oympiades » factices. Des écuyers virtuoses comme Alessandro Guerra sortent du lot. Des pantomimes exotiques sont présentées à l’hippodrome de l’Alma de Charles Zidler, consacrées, par exemple, à Néron ; suivent au début du XXe siècle, sous le chapiteau du Grand Cirque de France, des spectacles tels qu’un « Ben-Hur vivant » ayant pour vedettes les Grüss ; ces productions avec courses de chars en veux-tu en voilà influencent outre-Atlantique l’arène de Barnum and Bailey – sans parler du cinéma muet italien et hollywoodien. Enora Gault observe que « le dos du cheval devient un espace scénique à lui seul ».

Ce que montreront bien des années plus tard les pyramides humaines de la troupe hongroise des Karoly (milieu du XXe siècle) et, plus récemment, plus subtilement, les spectacles du théâtre équestre Zingaro.

Parmi les œuvres exposées à Châlons, certaines nous touchent particulièrement : l’estampe de Zalder sur le Cirque olympique de Vienne au début du XIXe siècle, le bois-gravé publicitaire du Cirque royal de France de Victor Franconi en 1840, l’estampe de Debucourt, d’après Carle Vernet, montrant Mme Franconi dans un exercice debout en équilibre sur une jambe à dos de cheval à l’Enclos des Capucines en 1802, la gravure de William Walker présentant Thomas Johnson debout sur un, deux et trois chevaux lancés à grande allure en 1758, celle de Nussbiegel portraiturant le cavalier Jacob Bates en 1766, la magnifique composition d’un hussard de la Garde peinte par Géricault en 1812, la lithographie d’une ballerine équestre du cirque Renz dessinée vers 1855, l’affiche de 1951 d’Antonin Magne pour l’Hippodrome Pinder, la lithographie en couleurs signée Robert Wilkinson en 1815 présentant l’intérieur de l’amphithéâtre d’Astley sur Surrey Road. Et ce n’est là qu’une partie de ce qu’offre l’historique monstration.

Nicolas Villodre
Vu le 14 novembre 2025 au musées de Châlons-en-Champagne.L’exposition se tient en ce musée châlonnais jusqu’au 16 mars 2026.

 

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