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Les Hivernales #48 – Le souci de la diversité

Les Hivernales – CDCN d’Avigon, l’un des plus anciens festivals de danse en France propose du 3 au 21 février 2026 une édition riche de 21 propositions dans 24 lieux partenaires avec l’ambition de présenter un spectre d’esthétiques le plus large possible dans une diversité de formats qui ont en commun une exigence artistique et une singularité des écritures.

Loin des fureurs estivales, le Centre de développement chorégraphique national d’Avignon nous invite au cœur de l’hiver à ce temps fort qui réunit dans la cité des Papes et aux alentours un florilège passionnant de la création chorégraphique contemporaine. Sa directrice, Isabelle Martin-Bridot revendique cette singularité : concevoir un festival qui a pour exigence et ambition de « faire de la danse un art vivant, questionnant et généreux avec une attention portée à la qualité des gestes et à l’audace des propos ». 




En prélude, les HiverÔmomes présentent 4 spectacles plus particulièrement destinés aux plus jeunes, un des marqueurs du festival soucieux de faire émerger le public de demain et de former leur regard. Michel Kelemenis ouvre le bal avec L’amoureux et Madame Muscle, spectacle ludo-anatomique à la découverte du corps et de son mouvement. Sylvain Huc reprend son infatigable relecture du Petit Chaperon rouge réfutant toute morale au profit d’un traversée des émotions du plaisir à l’effroi. EUPHORIA de Caroline Breton nous convie à un dialogue entre deux chouettes qui au gré de rencontres « saugrenues et poétiques » en viennent à s’interroger sur le sens de la vie. Christine Fricker complète cette affiche avec Little Cailloux, un trio chorégraphique et musical joyeux à destination des tout petits.





Fabien Almakiewicz, talentueux touche-à-tout donnera la primeur de sa création, Aujourd’hui je tenterai une danse (pour vous), un solo conçu comme un parcours qui débutera avec l’habillage de son propre corps, prologue à une déambulation sollicitant le public avant un final dansé explorant à la fois la métamorphose et la contrainte. Nans Pierson, danseur formé à l’école de l’Opéra de Paris et qui a longtemps travaillé avec Noé Soulier nous plonge dans un Danse immersive électro qui réinvente le clubbing dans des lieux dédiés à la danse et qui là aussi en appelle au public et à ses souvenirs de soirées dansantes. On suivra la sortie de résidence de Thi-Mai Nguyen ÉMEUTE où le plateau est jonché de coquilles d’œufs telle une métaphore de la cassure et du faux-pas. Le spectacle sera créé à l’automne 2026.

La délicieusement sulfureuse Marina Otero sera présente sur la scène nationale de Cavaillon pour Kill me, dernière partie de sa trilogie autobiographique dansée, Recordar para vivir (Se rappeler pour vivre [notre article]. Avec Branle, Madeleine Fournier nous invite au bal qui se veut un ballet d’émotions mêlant danseurs et musiciens construit sur une bourrée traditionnelle du Berry transformée en mouvement perpétuel « pour tenter d’approcher un sentiment d’éternité » explique la chorégraphe [notre article].

On ne présente plus Marco da Silva Ferreira. Le chorégraphe portugais, coqueluche de la scène européenne, investira la prestigieux Opéra Grand Avignon avec l’irrésistible CARCAÇA qui fait se lever le public depuis sa création il y a 4 ans. Cette pièce pour 10 interprètes intègre dans son récit les danses du passé venues du folklore pour les débarrasser de leur carcan normatif et patriarcal et les habiller des sons électroniques conçus par Luis Pestana [notre article]. GORGO est la nouvelle création en solo de Flora Détraz qui sera en résidence aux Hivernales comme une contraction de gorgones sous les traits d’un clown qui se heurte au réel et à l’absurdité. Vânia Vaneau aime conjuguer ses recherches chorégraphiques avec d’autres univers et se servir de la scénographie et des costumes comme vecteur sensoriel de la danse, ce qu’elle appelle « une archéologie du passé et du futur, du corps et de son environnement » qui s’incarner dans Heliosfera [notre article]. Chloé Zamboni présentera quelques choses, sa dernière création vue en novembre dernier à l’Atelier de Paris [notre critique]. Ce trio chorégraphique pensé comme un théâtre d’objets aura eu le temps de murir.

 

Explorer des formes hybrides et confronter la danse avec d’autres formes artistiques, c’est aussi l’ambition des Hivernales. Erika Zueneli fait ainsi dialoguer parole, musique et chorégraphie dans LE MARGHERITE, sa toute dernière création pour 5 interprètes qui explorent le doute, le chemin qui égare, les trajectoires qui se perdent. C’est aussi un mélange audacieux que fait naitre Quelen Lamouroux dans L’imprévue en convoquant la danse, la voix, le violon et le théâtre dans un solo qui invite à se heurter au mur du possible en jouant avec des costumes aussi encombrants qu’une cotte de maille ou une armure. Avec Notre dernière nuit, Nacim Battou demande au spectateur de se faire acteur d’une expérience sensorielle et immersive via une proximité du public et des interprètes.

C’est aussi en solo que Doria Belanger poursuit dans Nuit intérieure un travail passionnant avec l’outil vidéo, se proposant d’explorer le temps long et « la perception sensible de la durée ». Marion Blondeau reprend Organicitées qui s’interroge sur l’invisibilisation du corps féminin mature. Artiste associée au CNDC d’Angers, Léa Vinette créera Éclats, un trio qui cherche son point d’équilibre entre l’individu et le corps en relation avec les autres ou « comment lâcher le contrôle tout en restant attentif à ce qui nous relie » détaille la chorégraphe dans sa note d’intention [notre article]. 

Julien Andujar se promène depuis plus de trois ans avec un spectacle à la fois tragique et joyeux. Tatiana est une performance bouleversante où il met à profit son immense talent de transformiste pour se raconter. Un hommage à sa sœur disparue le 24 septembre1995. Elle est la première de celles que l’on nommera les disparues de la gare de Perpignan. Contrairement aux autres victimes, son corps n’a pas été retrouvé. Julien Andujar lui redonne vie hors des pages de journaux consacrées aux faits divers et raconte les difficultés de la résilience quand le mystère n’est pas résolu [notre entretien].

C’est Massimo Fusco, artiste associé aux Hivernales-CDCN depuis 2022 qui refermera cette édition et pour son ultime spectacle comme chorégraphe résident, il a imaginé un Bal Magnétique, hommage à ses parents qui étaient professeurs de danse bénévoles avec la promesse de porter un regard contemporain sur ces danses de couples quelque peu désuètes qui ont scandé son enfance. Comme à l’accoutumée, s’ajouteront à cette riche programmation des projections, des masterclass, des stages et des ateliers ludiques pour tous les publics, des plus jeunes aux plus âgés. De quoi affronter chaleureusement les frimas de l’hiver.

Jean-Frédéric Saumont

Festival Les Hivernales – CDCN d’Avignon du 3 au 21 février 2026.
https://www.hivernales-avignon.com/

Photo de preview : Héliosfera de Vania Vaneau © David Le Borgne

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