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À Pôle-Sud, CDCN de Strasbourg, l’année commence une nouvelle fois avec elles

Née de la volonté de donner plus de visibilité aux œuvres chorégraphiques crées par des femmes, le festival « L’Année commence avec elles » revient à Strasbourg pour une cinquième édition.

Qu’ont à nous dire les femmes chorégraphes, au-delà de leurs origines et des pays où elles exercent ? Pour la cinquième édition du festival qui leur est consacré par Pôle-Sud, elles nous font part de leurs parcours ou de celui de leurs interprètes, donnant souvent à ces récits intimes une couleur politique. Toujours conscientes du monde qui les entoure, elles inventent des rituels qui célèbrent le vivant comme la puissance du féminin, qu’il s’agit encore de défendre tant, malgré des avancées, nos sociétés restent ultra normées et inégalitaires.

Le désir de se raconter ou quand l’intime devient politique

Avec son formidable Histoire(s) Décoloniale(s), Betty Tchomanga dresse le portrait de quatre interprètes qui tout en se racontant, à travers le krump, le raï, la pantomime ou les danses traditionnelles béninoises, nous offrent un nouveau regard sur l’histoire souvent douloureuse et les rapports complexes qui unissent l’Afrique et l’Occident.

Créé lors du dernier Festival d’Avignon dans le cadre de « Vive le sujet ! », Logbook réunit la danseuse Solène Wachter, qui a notamment collaboré avec Maud Le Pladec et Boris Charmatz, et Bryana Fritz, dont la pratique croise la performance et le numérique. Les deux complices puisent dans leurs anciens travaux respectifs des bribes faites d’images ou de chansons qu’elles fusionnent dans un chaos réjouissant et discontinu qui nous raconte toute la richesse du vivant.

Sandrine Lescourant réunit pour RAW quatre danseuses hip-hop qui nous confient, par le geste autant que la voix, leurs parcours, leurs états d’âme et leurs réflexions de femmes dans un milieu réputé viril.

Redonner leur juste place aux femmes

Célébrant elle aussi la puissance du féminin, la passionnante Hortense Belhôte nous parle dans Performeuses des flamboyantes et subversives Loïe Fuller, Divine, ou Joséphine Baker. D’icônes queer en danseuses de génie, mêlant comme à son habitude références savantes et triviales, elle nous livre une conférence d’histoire de l’art délicieusement décalée et pétillante.

Dans À l’aune de leurs peaux, Marie Barbottin s’associe à la philosophe Camille Froidevaux-Metterie pour mieux donner la parole à des femmes de cinquante ans qui furent « dans son regard de jeune interprète, des figures inspirantes et fondatrices ». À rebours du jeunisme si présent dans l’art chorégraphique comme dans notre société, elle nous dévoile une sororité dans laquelle les corps matures sont libérés de la norme et où le désir artistique bien loin de mourir se réinvente.

Avec Maldonne, Leïla Ka nous dit à travers cinq jeunes interprètes ce que c’est qu’être une femme. En rang serré, portées par leurs souffles sonores, les corps couverts de robes fleuries, de chambre, de soirée ou de mariée, elles défaillent, s’affirment, luttent, vibrent, et nous avec elles.

Célébrer les éléments

Sensibles et conscientes du monde qui les entoure, deux chorégraphes s’emparent des éléments pour célébrer le vivant. Avec Agwuas Marcela Santander Corvalán nous propose une immersion dans le liquide. Accompagnée par le musicien Gérald Kurdian (aka Hot Bodies), elle convoque eau, océans, larmes ou sueur pour un rituel organique où le mouvement se nourrit du souffle et de la voix. Un chant choral né d’un atelier prévu en amont du spectacle est interprété par des amateurs pendant celui-ci.

Louise Vanneste, elle, s’intéresse avec 3 jours, 3 nuits à la métamorphose des roches, à l’érosion, à la formation des montagnes.

En solo, elle entre en résonnance avec la géologie et son temps étiré, pour mieux faire vibrer notre présent.

Se questionner et expérimenter

Et puisqu’il s’agit de voir, de découvrir, mais aussi de réfléchir et d’expérimenter, une rencontre et trois ateliers complètent ce programme « avec elles ».
Marie Barbottin et Camille Froidevaux-Metterie nous proposent de nous interroger, à la librairie L’indépendante, sur « la place du corps-sujet féminin dans la création artistique et la société » alors que la chorégraphe nous invite également à participer à un atelier chorégraphique à partir des témoignages de cinquantenaires qu’elle a récoltés. Ashley Beckett (interprète de RAW) et Adèle Bonduelle (interprète de

Maldonne), nous convient elles aussi à pratiquer à leurs côtés.

Delphine Baffour

Du 13 au 29 janvier 2026 à Pôles-Sud, CDCN de Strasbourg.
https://www.pole-sud.fr/

 

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