« Poétique des Ailleurs » : la Carte blanche de Fattoumi & Lamoureux au musée du quai Branly – Jacques Chirac
Sous le titre Poétique des Ailleurs, Héla Fattoumi et Eric Lamoureux imaginent deux week-ends de danse et de musique live, où se croisent leurs propres créations et celles d’artistes invités issus des cultures caribéennes.
En février 2026, le musée du quai Branly – Jacques Chirac invite Héla Fattoumi et Éric Lamoureux pour deux week-ends de danse et de musique live placés sous le signe des circulations, des métissages et des imaginaires du monde. Les chorégraphes revendiquent depuis longtemps une démarche nourrie par la pensée d’Édouard Glissant, et cette Carte blanche en est l’expression la plus directe : « La mise en relation des imaginaires s’affirme comme le fil rouge de notre complicité artistique », écrivent-ils. Une vision qui trouve une résonance particulière dans ce musée dédié à la diversité culturelle.

Le premier week-end s’ouvre avec Parades, solo de Clémence Baubant, constellation de figures féminines caribéennes revisitées dans une danse libre et contemporaine. Il se poursuit avec Gounouj in situ de Léo Lérus, pièce inspirée des paysages de Guadeloupe et des rythmes gwoka, où les corps explorent l’équilibre fragile entre l’humain et son environnement. À 17h, Fattoumi & Lamoureux présentent TOUT-MOUN [lire notre entretien], pièce pour dix danseurs dont les singularités se tressent dans une écriture chorégraphique polyphonique. Portée par le jazz incandescent de Raphaël Imbert, la pièce célèbre la créolisation des gestes, des langues et des voix, dans une scénographie de voiles et de paysages mouvants.
Le week-end suivant dévoile Les Auras, création in situ imaginée pour le Plateau des collections. Cinq danseurs y dialoguent avec les œuvres, leurs gestes irradiés par la voix exceptionnelle du contre-ténor Serge Kakudji, qui était la star de Coup Fatal un chef-d’œuvre d’Alain Platel [notre critique]. Masques, statuettes, silhouettes translucides : la pièce fait vibrer les « auras » des objets, ces halos mystérieux que Jean Nouvel a conçus pour le musée. À 17h, AKZAK [notre critique] réunit neuf danseurs et un percussionniste virtuose, Xavier Desandre Navarre, dans une célébration du rythme et de la jeunesse. Née d’un projet reliant Afrique et Europe, la pièce compose un « bloc d’humanités aux singularités entremêlées », traversé par des éclats lumineux et une énergie collective irrésistible.
Pour Fattoumi & Lamoureux, cette Carte blanche est l’occasion d’affirmer une esthétique du lien, du frottement et de la transformation : « Nous préférons à la notion de diversité la puissance de la dissemblance comme vecteur d’élargissement de l’imaginaire ». Une invitation à penser le monde depuis ses circulations, ses hybridations, et la vitalité des rencontres.
Agnès Izrine
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