« no.W.here » de Kubilai Khan Investigations

Il est rare que la danse contemporaine prenne, avec une telle évidence, le parti d’une expérience partagée entre les interprètes et le public. Sans être un spectacle participatif, no.W.here dégage une charge d’empathie hors du commun.

Le titre fait allusion à la possibilité de décomposer le mot anglais de nowhere, à la fois en no/where, et en now/here (ici et maintenant). En choisissant l’hybride de no.W.here, Franck Micheletti ouvre les portes d’un entre-deux émotionnel et physique.

Vidéo des répétitions :

 

Sur un univers musical sensuel et envoûtant, créé sur le plateau par Micheletti (électronique) et Jean-Loup Faurat (guitare électrique), les danseuses Victoria Andersson et Sara Tan guident le spectateur vers le lâcher-prise et l’oubli de soi, dans un état juste avant l’entrée en transe.

Progressivement, les corps s’entrechoquent, épaule contre épaule, dos contre dos.  Sons, lumières et énergies lancent Tan et Andersson dans un processus de transformation qui aborde l’attirance érotique avec énormément de délicatesse.

Elles s’entrelacent, murmurent et semblent entrer en fusion. Porté vers un ailleurs incertain,  le duo féminin paraît de plus en plus irréel, autant par son vocabulaire chorégraphique que grâce aux lumières. Sobres et discrètes, les projections signées Ivan Mathis contribuent à cette ambiance hallucinatoire où tout passe par l’écoute intérieure des deux danseuses, par la tendresse et la complicité.

S’approchant d’une véritable expérience kinesthésique, no.W.here n’est pas la première pièce de Kubilaï Khan Investigations qui mise sur une charge énergétique résultant d’une fusion entre danse et musique rock jouée live. Mais Micheletti emprunte ici une voie nettement plus intériorisée, moins exubérante, qui brille par sa subtilité.

Thomas Hahn

Création dans le cadre des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis, le 23 mai 2016

www.rencontreschoregraphiques.com

 

 

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